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Le Sang des Innocents
un film de Dario Argento
avec Max Von Sydow, Chiara Caselli, Stefano Dionisi, Gabriele Lavia
Italie / 2001 / 110'


Giacomo Gallo revient à Turin. Enfant, ayant assisté, en témoin caché, aveuglé et impuissant, au meurtre de sa mère, il avait quitter la ville. Mais, alors que la mort du principal suspect, "le nain", semblait avoir clos l'affaire, une série de meurtres ressemblant étrangement à celui de sa mère relance l'enquête, dix-sept ans plus tard. Qui est donc l'assassin?

Giacomo Gallo revient à Turin, et Dario Argento revient au giallo. Telle est la bonne nouvelle pour les fans du (plus tellement) grand Dario, qui s'était récemment égaré dans des réalisations bien en deçà de son talent. La mauvaise nouvelle est que, si le
maître est toujours en possession des armes les plus efficaces pour terroriser ses spectateurs, le coeur ne semble plus y être. Le premier quart d'heure, pourtant, fait illusion. On y assiste au meurtre aussi surréaliste qu'angoissant de deux prostitués,
dans un train puis dans une gare. Une véritable leçon de mise en scène de la terreur, où le temps et l'espace semblent réduit en pièce (comme ces pauvres jeunes filles) par un meurtrier tout puissant, et particulièrement sadique. Images et couleurs magnifiques, utilisation brillante de l'espace et de ses replis : l'Argento's touch est bien là.

Malheureusement, dès que l'enquête se déclenche, le film se cantonne peu à peu à une mécanique de giallo (série noire) fort classique : présentation des personnages, de leur passé, de ce qui en fait des suspects probables. Le peu de charisme des acteurs (même Max Von Sydow semble copier son jeu sur celui de l'inspecteur Derrick) et la platitude du scénario rendent ces scènes de plus en plus laborieuses, et vendent assez vite la
mèche. On sent bien que Dario tente d'injecter de l'Argento dans ce labyrinthe, avec des thèmes qui lui tiennent à coeur, comme l'utilisation d'un élément sonore qui pose question, possible détenteur de la vérité et de la mémoire. Mais ceci est un peu trop plaqué, sent un peu trop le gimmick.

Seules les scènes de meurtres semblent intéresser l'italien, qui les soigne particulièrement, et en dresse une déclinaison qui va de la violence la plus crue et gore qu'on ai jamais vu chez lui, jusqu'à des trouvailles des plus pures et belles, telle que la déambulation sur le tapis qui nous conduit aux pieds de la ballerine assassinée. Scènes les plus jubilatoires du film, elles ne parviennent pourtant pas à donner du souffle à un scénario définitivement plombé, et, comble de l'horreur, très prévisible.

Si les grandes heures d'Argento sont bel et bien derrière lui, Le Sang des Innocents relève un peu la barre des dernières productions de l'italien. Oserait-on y lire la promesse d'un retour du grand Argento ? Soyons optimistes, et attendons le prochain.

Laurence Reymond

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