Giacomo Gallo revient à Turin. Enfant, ayant assisté,
en témoin caché, aveuglé et impuissant,
au meurtre de sa mère, il avait quitter la ville. Mais,
alors que la mort du principal suspect, "le nain",
semblait avoir clos l'affaire, une série de meurtres
ressemblant étrangement à celui de sa mère
relance l'enquête, dix-sept ans plus tard. Qui est donc
l'assassin?
Giacomo
Gallo revient à Turin, et Dario Argento revient au
giallo. Telle est la bonne nouvelle pour les fans du (plus
tellement) grand Dario, qui s'était récemment
égaré dans des réalisations bien en deçà
de son talent. La mauvaise nouvelle est que, si le
maître est toujours en possession des armes les plus
efficaces pour terroriser ses spectateurs, le coeur ne semble
plus y être. Le premier quart d'heure, pourtant, fait
illusion. On y assiste au meurtre aussi surréaliste
qu'angoissant de deux prostitués,
dans un train puis dans une gare. Une véritable leçon
de mise en scène de la terreur, où le temps
et l'espace semblent réduit en pièce (comme
ces pauvres jeunes filles) par un meurtrier tout puissant,
et particulièrement sadique. Images et couleurs magnifiques,
utilisation brillante de l'espace et de ses replis : l'Argento's
touch est bien là.
Malheureusement,
dès que l'enquête se déclenche, le film
se cantonne peu à peu à une mécanique
de giallo (série noire) fort classique : présentation
des personnages, de leur passé, de ce qui en fait des
suspects probables. Le peu de charisme des acteurs (même
Max Von Sydow semble copier son jeu sur celui de l'inspecteur
Derrick) et la platitude du scénario rendent ces scènes
de plus en plus laborieuses, et vendent assez vite la
mèche. On sent bien que Dario tente d'injecter de l'Argento
dans ce labyrinthe, avec des thèmes qui lui tiennent
à coeur, comme l'utilisation d'un élément
sonore qui pose question, possible détenteur de la
vérité et de la mémoire. Mais ceci est
un peu trop plaqué, sent un peu trop le gimmick.
Seules
les scènes de meurtres semblent intéresser l'italien,
qui les soigne particulièrement, et en dresse une déclinaison
qui va de la violence la plus crue et gore qu'on ai jamais
vu chez lui, jusqu'à des trouvailles des plus pures
et belles, telle que la déambulation sur le tapis qui
nous conduit aux pieds de la ballerine assassinée.
Scènes les plus jubilatoires du film, elles ne parviennent
pourtant pas à donner du souffle à un scénario
définitivement plombé, et, comble de l'horreur,
très prévisible.
Si
les grandes heures d'Argento sont bel et bien derrière
lui, Le Sang des Innocents relève un peu la
barre des dernières productions de l'italien. Oserait-on
y lire la promesse d'un retour du grand Argento ? Soyons
optimistes, et attendons le prochain.