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Hollywood
Ending
Réal.: Woody Allen
Avec: Woody Allen, Tea Leoni, Mark Rydell, Treat Williams,
George Hamilton, Debra Messing.
USA, 2002, 1h50.
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Tristes angoisses
Affirmons-le
d'emblée: le nouveau film de Woody
Allen déçoit. Un rythme laborieux, des facilités dans
l'humour qui confinent à la négligence, un relâchement dans
la description de personnages réduits à des caricatures...
Autant d'éléments qui font douter de la réussite de l'entreprise.
Il est vrai que depuis trois ans, avec Escrocs
mais pas trop et Le
Sortilège du scorpion de jade, la qualité semble avoir
laissé place à la quantité chez le cinéaste new-yorkais. Dans
les années 90, il avait enchaîné comme à son habitude film
sur film, un par an, sans jamais fléchir. Aujourd'hui il est
sur une mauvaise pente. La complexité et la construction erratique
des oeuvres du passé ont disparu au profit d'une linéarité
et d'une simplicité qu'aucune subtilité ne vient relever.
Néanmoins Woody Allen reste lui-même et Hollywood Ending
parvient à retenir notre attention. Satire du cinéma américain
contemporain, ce film conte les mésaventures d'un ratage.
Val Waxman, réalisateur au nom qui fleure bon l'Hollywood
d'antan et double négatif de Woody Allen, n'a pas tourné
de film d'importance depuis des lustres. Une hypocondrie proclamée
en art de vivre l'empêche d'être pris au sérieux par les producteurs.
Pourtant son ancienne femme, devenue conseillère d'un grand
groupe de la côte ouest, décide de l'engager pour un remake
d'un film noir des années 40. Le projet se déroule à New-York
et elle voit en lui le seul homme capable de magnifier ce
décor. Mais, au premier jour de tournage, survient une catastrophe.
Val Waxman est subitement atteint d'une cécité psychosomatique.
Poussé par son agent, il va néanmoins continuer le film, usant
de stratégies tordues pour ne pas révéler sa déficience.
C'est donc l'histoire d'un aveugle qui réalise un film dans
la plus totale ignorance de ce qu'il fait, un récit hanté
par la crainte de l'échec. Le plus étrange est que Woody Allen
choisit de le mettre en scène en utilisant des éléments issus
de la sphère du petit écran. Les acteurs sont plus connus
pour leurs "exploits" télévisuels que cinématographiques,
le chef opérateur, ingrédient important dans la composition
des recettes du chef Allen, a essentiellement travaillé pour
des téléfilms et des productions de série B, les soi-disant
bons mots et les gags burlesques semblent provenir d'une quelconque
pièce de boulevard. Ainsi le cinéaste évoque l'avilissement
du cinéma américain et sa perte de sens en se servant de cette
télévision qui a tant contribué à le grignoter de l'intérieur,
à le corrompre petit à petit. Acceptant d'être produit par
Dreamworks, la maison fondée par Steven Spielberg et chantre
de l'amusement, il paraît avouer son abdication au système,
ou plutôt son incapacité à réagir face à une logique devenue
implacable. Par la satire de Hollywood Ending, il voue
aux gémonies une médiocrité, une bêtise, une absence d'entendement
auxquelles il succombe en partie.
Son hantise de voir l'oeuvre échapper à son créateur l'a submergé.
Lui qui, par le rire, a toujours mis en avant ses angoisses
d'artiste semble avoir été dépassé par elles. De Stardust
memories à Celebrity en passant par Coups de
feu sur Broadway et Deconstructing Harry, il a
su développer une réflexion autour des peurs de l'échec et
de la dépossession, peurs que ses films, par l'évidence de
leur beauté et leur facture si personnelle, venaient miraculeusement
démentir. Dans son dernier en date, il n'atteint pas la finesse
et la justesse dans l'analyse qui lui permettraient d'échapper
à ce dont il prétend être le contempteur. L'effacement devant
le commun et le vulgaire a pris cette fois le dessus. Woody
Allen semble plein d'une amertume qui s'est transformée en
aigreur et qui, au lieu d'élever l'oeuvre par un sentiment
de mélancolie, la plombe, l'enfonce dans le désespoir et l'impuissance.
M.Merlet
Rencontre du troisième type avec Woody
Allen à Cannes
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