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Le frère du Guerrier
de Pierre Jolivet
Avec Vincent Lindon, Guillaume Canet, Mélanie Doutey et François Berléand
(2002), 1 H55.


Le réalisateur urbain de Ma petite entreprise quitte les sentiers balisés pour nous offrir un film d'époque. Il filme l'émergence de l'esprit dans une France du XIIIe siècle, encore assujettie à la puissance des corps.

Avant de mourir, la mère d'Arnaud (Guillaume Canet) lui a transmis sa science des plantes médicinales. Il les cultive, avec ses deux jeunes enfants et son épouse Guillemette (Mélanie Doutey), pour en faire commerce et soigner ceux qui en ont besoin. Un jour, des brigands débarquent et le violentent jusqu'à lui en faire perdre la mémoire. Sa femme, démunie face à cet homme devenu hagard, n'a d'autre solution que de faire quérir son frère Thomas (Vincent Lindon), un mercenaire qui a quitté le domicile familial depuis fort longtemps. A cette époque, il n'est en effet pas concevable qu'une femme puisse survivre sans homme. Nous sommes dans un temps où la force physique règne et l'esprit reste le privilège de l'Eglise. Ses représentants commencent tout juste à recopier des livres destinés à ne pas sortir des édifices sacrés. Or Guillemette, boiteuse obstinée et courageuse, a justement l'idée de dérober celui qui l'aiderait à retrouver les connaissances perdues de son mari.

La recherche et la transmission du savoir ainsi que la volonté de voir triompher l'esprit sur la force brute sont logiquement incarnées par celle qui doit trouver d'autres moyens de subsistance. Pourtant, en usant des services d'un expert en art de la guerre, elle recourt à la puissance physique. De son côté, à travers cette quête, Thomas sert, pour la première fois peut-être, une cause noble et spirituelle. Dans cette rencontre du corps et de l'esprit, chacun survit selon ses moyens.

Au-delà du choix d'une époque peu représentée au cinéma, l'intérêt du film de Pierre Jolivet réside dans le choix de cette thématique, étonnante, qui s'appuie sur un important travail documentaire, jamais ostentatoire, et sur un scénario très rigoureux co-écrit avec Simon Michaël. En outre, la crédibilité de l'ensemble est renforcée par l'utilisation du langage. Ici, pas de longues phrases, mais des mots rares, précis, sans fioritures; des regards, des gestes et surtout des actions. On ne formule pas forcément sa pensée mais on la met en application. La communication se résume au minimum vital car il est uniquement question de survie. Le film a le mérite de rendre cette réalité palpable sans verser dans l'austérité. La franche réussite du travail sur l'image n'y est pas étrangère: lumière avare pour les intérieurs, surabondante pour des extérieurs qui prennent toute leur dimension avec l'utilisation du cinémascope. Tous ces éléments contribuent à un dépaysement total.

Marc Petit

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