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avec Allociné

 

 

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GERARDMER
FLACH-BACK SUR UNE MANIFESTATION QUI S'EST DÉROULÉE DU 16 AU 20 JANVIER 2002


Le cinéma fantastique connaît un vif regain d'intérêt, qu'on pourrait faire remonter à la réussite, aussi bien artistique que financière, du premier Scream de Wes Craven. Le succès des Autres d'Amenabar, tout aussi retentissant, annonçât la couleur dès janvier : l'année cinématographique 2002 serait marquée du sceau de la peur. Et, en effet, on a pu voir se multiplier sur nos écrans les films fantastiques ou d'horreur, aux ambitions et aux fortunes multiples et variées (From Hell, Donnie Darko, Versus, l'ultime guerrier, l'Ascenseur, niveau 2...).

Alors qu'on commençait à l'oublier gentiment, tant sa programmation naviguait généralement entre le médiocre et le pas terrible, le Festival Fantastic'Arts de Gerardmer, fils du défunt festival d'Avoriaz, a bénéficié cette année d'un fort regain d'intérêt. Aussi bien vivier de recherches formelles et narratives que terrain de jeu avec le classicisme du genre, le fantastique est redevenu l'un des genre les plus innovants et donc passionnants du moment, offrant une nouvelle jeunesse à un festival qui en son temps, accueillait régulièrement des John Carpenter, Brian de Palma ou George A. Romero en grande forme. Dans sa nouvelle formule, Fantastic'arts se veut avant tout le promoteur du genre fantastique sous toutes ses formes. D'où une profusions d'événements accompagnant les projections de films, tels que des expositions, des conférences, un espace jeu vidéos, et la remise d'un prix littéraire. Un côté kermesse de l'au-delà, qui tenterait de démontrer que le fan de cinéma fantastique de base est quelqu'un à l'esprit ouvert. Qui oserait encore en douter?

Pour en revenir à la compétition, cette année, le festival permit donc de constater que, contre toute attente, le futur du cinéma fantastique ne passera pas par la France, mais plus certainement par l'Espagne, le Japon et les États-Unis, les trois pays à se répartir la totalité des films en compétition. On regrettera que l'Italie, une des mères nourricière du genre, n'ai trouvée sa place qu'hors compétition, grâce au nouvel opus du maître Dario Argento.

Commençons par l'Espagne, qui ouvrît le bal avec Fausto 5.0 d'Isidro Ortiz. Le film est une variation "classique" sur le thème éternel du docteur Faust : le docteur Fausto rencontre un ancien patient auquel il avait du enlever l'estomac, et qui devrait donc être mort. Cet homme, portant la petite barbiche noire, le convainc qu'il peut exaucer tous ses souhaits. S'ensuit un enchaînement qui mènera le docteur au pire. Si la trame est attendue, la puissance de la mise en scène l'est moins. Jouant avec tous les clichés et les passages obligés d'un tel sujet, Ortiz assume totalement la filiation avec le cinéma des Fincher-Amenabar. Mais, si le fils se révèle moins doué que ses deux papas (le film a quelques longueurs, et les personnages sont trop peu travaillés), il parvient dans ses meilleurs moments à distiller une angoisse des plus violentes. À suivre, en tout cas, l'évolution de la famille.

Le deuxième film espagnol, El Espinazo del Diabolo (l'Échine du diable, ou encore Devil) était signé Guillermo del Toro, à qui l'on doit Mimic, film au petit succès d'estime. Sur fond de guerre civile espagnole, un orphelinat isolé semble être hanté par le fantôme d'un enfant. Se rapprochant du Sixième sens ou des Autres par son traitement narratif du rapport entre fantômes et vivants (le fantôme est-il vraiment ton ennemi ?) bénéficiant d'images magnifiques et d'un casting "exportable" (Marisa Paredes et Edouardo Noriega), le film échoue pourtant à créer un climat angoissant, faute de rythme et de réelle originalité.

Du côté du Japon, la tendance était à l'excès, comme il se doit. Très portés sur la question des rapports entre jeux vidéos et cinéma, deux films nous aurons montré le pire et le meilleur en ce domaine. Le pire, St John's Wort de Ten Shimoyama, nous conte l'histoire d'un couple de créateurs de jeux vidéos, qui prépare les décors de leur prochain jeu en visitant un manoir où aurait vécu le père de l'héroïne. Ils se retrouvent bien vite enfermés dans la demeure, harcelés par un ennemi inconnu, qui semble connaître les secrets du manoir. Si le film tente un possible mélange des univers de fiction et de jeu, il échoue complètement par une absence totale de réflexion sur ce que sont les deux médias, se contentant de jouer sur la question : tout cela est-il la réalité (=la fiction), ou le jeu vidéo que les héros sont en train de créer? Devant l'absence de mise en scène et la laideur peu commune des images produites, on se fiche bien vite de la réponse, et on préférerait de loin jouer à Resident Evil.

Sur un même sujet (enfin, presque), mais se situant à l'extrême opposé, on trouve le magnifique Avalon de Mamoru Oshii, l'auteur du déjà sublime Ghost in the Shell. Pour sa première réalisation en chair et en os, Oshii nous plonge dans un monde post-apocalyptique, où jouer à des jeux vidéos peut être une profession, dont la reine serait Ash, meilleure joueuse du jeu de guerre le plus abouti : Avalon. Véritable maître d'arme dans le monde virtuel, elle mène une vie de misère, seule avec son chien dans la réalité. Pour retrouver son ancien coéquipier, pris au piège d'Avalon, et ne pouvant revenir à la vie "réelle", elle va courir tous les risques du jeu. Développant sa réflexion au delà de l'opposition entre réalité et jeu vidéo, Oshii réussit à créer un univers qui questionne la limite entre réel et virtuel. Si les personnages, très stylisés, ne dégagent que peu d'émotion, c'est parce qu'ils sont déjà passé dans cet autre monde, qui pourrait bien être plus habitable que le notre. D'une grande beauté plastique, Avalon opère une remise en question cruciale de notre point de vue. Un film magistral abordant des questions cruciales, dont on reparlera bientôt.

Les habitants d'un village touché par la malédiction de la spirale se mettent à voir des spirales partout, à les fuir, et dans une phase ultime, se transforment en escargots. Dernier film japonais, présenté en séance spéciale, comme Avalon, Uzumaki de Higuchinsky est une espèce de film-concept totalement barré. Fondé sur une idée purement picturale, le scénario se résume à une succession de représentations de spirales, toutes plus tordues les unes que les autres (fumée-spirale, corps-spirales, la plus classique oreille-spirale, etc...), qui amuse pendant un temps, mais qui vire assez vite au catalogue.

Alors qu'on les attendait fort éloignés des extrêmes japonais, les films américains présentés cette année ont étonné par leur originalité. Mis à part From Hell des frères Hugues, présenté hors-competition, et sans grand intérêt , les trois autres films ont apporté à la sélection sa dose indispensable de perversion et d'angoisse. Jeepers Creepers de Victor Salva, film de boogeyman à la poursuite d'adolescents, et Donnie Darko de Richard Kelly (se reporter à la critique du film) ont ainsi remportés un franc succès, aussi bien auprès d'un public de fantasticophiles avertis, venus exprès pour se faire dresser les cheveux sur la tête, qu'auprès de la critique internationale.

Le film qui créa sans doute le plus grand trouble n'était pourtant pas le plus fantastique (au sens surnaturel) du lot, ni le plus défendable. Frailty, premier film de l'acteur Bill Paxton, a tout d'un psycho-thriller des plus efficaces et troublants. Alors qu'il vient au commissariat dénoncer son frère pour une série de meurtres, Fenton (Matthew McConaughey) révèle que leur père (Paxton) se croyait investit d'une mission par dieu : détruire les mauvais esprits qui se seraient emparés d'enveloppes humaines. Devenu "la main de dieu", il exécute des personnes désignés par le tout puissant, sous le regard horrifié, puis avec l'aide forcée de ses deux jeunes fils. Alors que Fenton tente d'arrêter ce père meurtrier, son frère semble, lui, beaucoup plus sensible à ses aspirations. Si Paxton parvient à distiller une angoisse croissante dans ce drame familial, portrait d'américains du sud un peu trop éclairés par dieu (et portrait d'une Amérique bien peu reluisante, presque lynchienne), le malaise saisit le spectateur dans le dernier quart d'heure du film, lorsque la nature "inhumaine" des victimes se trouve avérée (viols, meurtres...), semblant ainsi justifier les actions de la "main de dieu". Un retournement final qui devient, du coup, beaucoup plus angoissant que tout le reste du film. Simple ratage scénaristique ou réelle perversion de la part de Paxton ? La question reste en suspend.

Plutôt bien fourni en bonnes surprises, le Festival Fantastic'Arts de Gerardmer aura donc tenu sa promesse d'émotions et de frissons. Reste à guetter la sortie des films sur nos écrans et à se réjouir de la renaissance du genre fantastique, qui, tel un bon mort-vivant, rejaillit de sa tombe alors qu'on s'y attendait le moins.

Laurence Reymond

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