Cette énième version de la plus mystérieuse des affaires criminelles
n'est malheureusement pas à la hauteur de son sujet. Il existe
d'ailleurs très peu de films qui ont su traiter du cas Jack
l'éventreur avec intelligence et pertinence. From Hell
des frères Hughes n'échappe pas à la règle.
Johnny
Depp y incarne le détective Frédéric Abberline qui enquêta
sur les célèbres crimes de Whitechapel. Pour ce film, ce dernier
se voit doté d'un pouvoir invraisemblable : il a des
visions d'événements passés ou à venir. Consécutives à de
trop fortes absorptions d'opium et d'absinthe, elles lui permettent
de mieux se concentrer sur le tueur fou. De fil en aiguille,
il s'éprendra de la charmante Mary Kelly (Heather Graham),
une prostituée amie de longue date des victimes de l'éventreur,
et, contre toute attente, finira par trouver le fin mot de
cette histoire abracadabrante.
Très
peu de choses à dire sur ce film qui ne vaut pas tripette.
On ne croit pas une seule seconde à la thèse du complot. Pire
que cela, on finit par s'en lasser. La faute à qui ? Aux deux
jeunes réalisateurs qui n'ont pas su redéfinir l'atmosphère
fantomatique propre au mythe du tueur. Certes, le graphisme
est très recherché mais ce travail enchantera avant tout les
amateurs de clips vidéos. On aurait bien voulu voir plus de
profondeur dans les caractères des personnages, notamment
dans ceux d'Abberline et du supposé assassin, plus de sérieux
dans la thèse du complot, pas si nouvelle que cela si l'on
se réfère au Meurtre par décret de Bob Clark, en clair
moins de démonstration et plus d'originalité.
Les
deux auteurs de Menace 2 Society ont trop privilégié
les reconstitutions picturales et, par conséquent, ont oublié
de mettre en propos tous les aspects de cette période assez
trouble. Pas un mot sur les autres enquêteurs, les divers
suspects ou le médium de la reine, un des personnages-clés
de ce fait-divers historique. Les frères Hughes se vantent
d'avoir réfléchi sur l'affaire de l'éventreur avec sérieux
et rigueur. Pourtant tout dans ce film nous laisse perplexe,
y compris la séquence finale qui frise le ridicule. Au lieu
de succomber sous ses coups, lisez plutôt la somme écrite
par Alan Moore et enluminée d'une encre noire par Eddie Campbell.