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avec Allociné

 

 

FEMME FATALE
Un film de Brian De Palma
Avec Rebecca Romijn-Stamos, Antonio Banderas, Eva Darlan,
Peter Coyote
É-U / 2001 / 115'


Un long zoom arrière nous dévoile la première image du film : une belle blonde allongée langoureusement sur un lit est en train de regarder un film noir à la télévision. Première hypothèse : Brian De Palma, après l'échec de Mission to Mars, retourne à ses obsessions, le film noir, les ténébreuses femmes fatales, les récits complexes et les mises en scène virtuoses. Historiquement, Brian de Palma vient après. Il le sait et ne cesse d'affirmer la distance qui le sépare de ses modèles pour mieux élaborer des emboîtements d'images vertigineuses dont le sens n'est jamais certain. Il faut rappeler que De Palma est indubitablement l'un des plus grands cinéastes américains de ces dernières années, qui a su miraculeusement marier le plus théorique au plus populaire, pour mieux faire comprendre notre déception à la vision de sa Femme Fatale.

L'histoire n'est pas simple : une voleuse (Rebecca Romijn-Stamos) qui, après avoir réussi un coup spectaculaire au Festival de Cannes, tente d'échapper à ses partenaires. Elle se réfugie à Paris où, dans une église, on la confond avec son sosie. Elle saisit cette opportunité pour vivre une nouvelle vie et épouse un diplomate américain. Quelques années plus tard, son passé la rattrape par le biais d'un paparazzi (Antonio Banderas). Si les films précédents de De Palma prenaient comme références directes les films d'Hitchcock, en particulier Vertigo et Fenêtre sur cour, Femme Fatale semble moins se rapprocher d'un certain cinéma classique que de ses propres anciens films. Ainsi, on pense beaucoup à Body Double et Obsession, pour ces personnage de femme double et de paparazzi manipulé, et pour les lieux marquants du film : l'hôtel, filmé comme le centre commercial du premier, et l'église, qui semble sortie du second.

Problème : si l'art de la citation, de la variation pour parler musicalement, est un des points fort de l'univers depalmien, l'autocitation, elle, signale un appauvrissement de cet univers. Là où De Palma rejouait les figures hitchcockiennes (le voyeur, la spirale, la dépression, le doute, le double), l'autocitation se réduit à des échos, des images d'images, dont toute profondeur est absente. Car, si l'on s'émouvait pour les personnages de Body Double ou d'Obssession, s'ils atteignaient encore la dimension de personnages (dans lesquels on peut se projeter), ceux de Femme Fatale ne sont plus que de pures images. Et il n'est question que de ça dans le film : les images, leur pouvoir d'illusion, de fascination, de croyance. Mais le spectateur, lui, n'y croit plus.

Deuxième hypothèse : De Palma est devenu un gros ours libidineux. Si l'on n'adhère pas une seule seconde à l'histoire qu'il nous raconte, c'est que lui-même ne semble pas y croire, obsédé qu'il est par ses images. Car un film, c'est une succession d'images qui font sens, et surtout, qui produisent des émotions. Et là, on assiste à un désinvestissement total des émotions, lié essentiellement au manque de charisme des acteurs. Rebecca Romijn-Stamos ne parvient pas à donner chair à son corps bi-dimensionnel de mannequin, Antonio Banderas, force virile, est contraint à jouer les folles, et que dire des seconds rôles français, bandits blacks ridicules, et d'Eva Darlan?

Alors on nous dira que De Palma travaille l'idée de la copie, et que la copie est toujours moins bonne que l'original. On pensera plutôt que De Palma s'est laissé aller à son fantasme de metteur en scène tout puissant, capable de faire jubiler le critique et le public avec de purs jeux d'images. Le corps des acteurs et surtout des actrices ressemble ainsi à une simple surface sur laquelle De Palma va projeter ses pulsions. Et c'est là qu'on est franchement dégoûté. On sait depuis longtemps que De Palma aime la trivialité et la vulgarité "affranchie". Femme Fatale va un peu plus loin et affirme haut et fort une misogynie imbuvable qui donne lieu à des scènes "hot" tellement gratuites qu'elles en paraissent déplacées.

Femme Fatale est donc un film "post" : décalqué, dérivé des grands films depalmiens. Film-créature de Frankenstein, cette femme fatale semble faite d'un rapiècement des grands thèmes et des images de l'auteur. Mais, monstre sans âme, il ne parvient jamais à nous toucher.

Laurence Reymond

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