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avec Allociné

 

 

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Avalon
Un film de Mamoru Oshii
Avec Malgorzata Foremniak, Wladyslaw Kowalski, Jerzy Gudejko, Dariusz Biskupski
Japon / 2001 / 106'


Dans un futur indéterminé, les jeux vidéos constituent la seule alternative pour se soustraire a un climat lugubre et dictatorial. Avalon, jeu de guerre, attire de nombreux citoyens qui, le temps d'une partie, se retrouvent dans son univers virtuel, où ils doivent accomplir des missions à haut risque pour espérer toucher une prime. Ash, ex membre des Wizards, une équipe de jeu, est la meilleure joueuse-guerrière d'Avalon. Un jour, elle découvre que Murphy, un ancien des Wizards, est devenu un "non-revenu" : il est resté pris au piège du jeu, et son corps gît inanimé dans un hôpital. Pour le sauver, Ash tente d'atteindre le niveau suprême, la " classe A ", où se trouverait l'âme des non-revenus.

On comprend vite qu'Avalon est un film complexe, mêlant différents niveaux : celui du jeu, celui du réel, celui du sens et celui de l'image. Une complexité qui a perdu un certain nombre de spectateurs en route. Et pourtant, Avalon est, si l'on prend la peine de se laisser entraîner dans son univers, un film d'anticipation des plus classiques, fondé sur la quête de son personnage principal pour délivrer un ami. A l'instar de Ghost in the Shell, Oshii place son héroïne dans un environnement à la fois hyper technologique (aux hommes cyborgs succède le monde virtuel) et crépusculaire. Dans ce mélange d'archaïsme et de modernité, les hommes semblent plus seuls que jamais. Ash partage son sombre appartement avec son chien, seule présence "humaine" dans sa vie. On pense évidemment à Blade Runner, et plus précisément à la scène où le personnage d'Harrison Ford tente de percer le secret d'une photographie en l'agrandissant toujours plus, jusqu'à littéralement se retrouver à l'intérieur de l'image. Avalon, c'est le prolongement de cette idée purement cinématographique, qu'abordait déjà Antonioni dans Blow up : se retrouver et évoluer à l'intérieur de l'image.

C'est par le biais du jeu vidéo qu'Oshii réalise ce souhait latent chez de nombreux cinéastes. Mais, là où un film comme Matrix utilisait le sujet comme prétexte à une débauche d'effets spéciaux très creux, Oshii trouve avec la double vie - réelle / virtuelle - de son héroïne un terrain propice pour développer ses obsessions, qui sont à l'origine d'un questionnement métaphysique (pour employer les grands mots) parmi les plus passionnants et cruciaux du moment - au cinéma et ailleurs. Dans le rapport du monde réel au monde virtuel se joue en effet le rapport du corps à l'esprit, qui hantait déjà l'héroïne de Ghost in the Shell. Avalon affirme comme principe que l'on peut très bien vivre sans corps. Un postulat plutôt paradoxal pour un cinéaste, sensé travailler avec "l'embaumement du réel" de la pellicule photographique. Et c'est là que tout le travail numérique d'Oshii sur ses images prend tout son sens - notons qu'il est allé jusqu'à gommer certains battements de cils gênants de son actrice. Outre l'impression d'onirisme et la beauté plastique qu'ils ajoutent aux prises de vues directes, ces effets numériques sont plus profondément le résultat de la quête d'Oshii, redoublée par la quête de son héroïne.

Cette quête, rare et cruciale dans le cinéma contemporain, est celle de l'incarnation. Dans Avalon, profitant des différents niveaux du film, elle prend plusieurs formes. A un niveau politique, Oshii tente de figurer, et donc d'incarner, une possible liberté. On notera le pessimisme profond dont il fait preuve, puisque la voix de la liberté dans le film, est réservée aux meilleurs joueurs d'Avalon. Mais, au fond, la question qui fait courir Oshii est toujours celle de l'incarnation "première" : celle de l'âme. Chez lui, la présence du corps dans l'image est aussi mystérieuse que celle de l'esprit dans le corps. Un trouble métaphysique qui traverse tout le film, et qui laisse le spectateur à ses propres réflexions. Ce qui rend ce film sombre et pessimiste tellement jubilatoire, c'est qu'il pose les questions justes. Et ainsi, sous nos yeux ébahis, c'est le mystère lui-même qui se trouve incarné, comme pris dans l'image.

Mais, loin d'être une somme d'abstractions théoriques, Avalon est un film qui parvient à être émouvant. Si son héroïne paraît froide et mécanique, en opposition directe avec celle de Ghost in the Shell, c'est qu'elle appartient déjà au monde virtuel. Tout son parcours vers la "classe A" est donc une quête d'humanité, un retour au monde des "vivants". Ainsi, la dernière partie du film, en dépit d'une musique un peu lourde, est la plus touchante du film. Le sort de cette femme, forte et tellement fragile à la fois, nous concerne directement.

Laurence Reymond

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