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avec Allociné

 

 

Audition
De Takashi Miike, avec Ryo Ishibashi et Eihi Shiina, 115 minutes (1999)


Aoyama (Ryo Ishibashi), 42 ans, veuf depuis 7 ans, envisage de se remarier. Afin de rencontrer l'âme sœur, son ami et producteur lui propose un stratagème original : Faire passer une audition à différentes jeunes filles sélectionnées sur dossier, en leur faisant croire qu'il s'agit de décrocher un rôle dans un téléfilm. L'une d'entre elles retient effectivement toute son attention. Ainsi se posent les bases d'Audition, adapté par Miike d'un célèbre roman nippon de Ryu Murakami, connu pour "peindre la dégénérescence de la société Japonaise"( dixit le dossier de presse).

D'emblée, les dialogues pointent la solitude oppressante d'une société dans laquelle les personnages semblent écrasés par des lieux trop grands, froids et sans âme, évocations des toiles d'Edward Hooper. Cette peinture réaliste repose sur un insistant sens du détail qui structure la composition des plans, tant au niveau visuel que sonore. D'ailleurs, le son, d'une richesse infinie (de la musique en passant par les petits bruits d'environnement, jusqu'au "kilikilikili" de l'héroïne dont on vous laisse découvrir la puissance de suggestion), se révèle être le véritable guide du film.

Son titre fait référence à la scène-clé où défilent les jeunes postulantes, mais renvoie également à la démarche que le réalisateur impose à son audience. En effet, "Audition" est dérivé du latin Audire qui signifie écouter, entendre et, par dérivation, comprendre. Ces trois verbes caractérisent autant l'attitude de Aayoma que celle que Miike réclame aux spectateurs. D'abord écouter, c'est à dire prêter l'oreille (au fin filet de voix de la troublante et superbe Asami), ensuite entendre, c'est à dire porter son attention, tendre vers elle (physiquement et moralement), et enfin comprendre (en tout cas essayer), c'est-à-dire saisir intuitivement son essence, approuver le bien fondé de ses motivations.

Ces trois nuances, une première fois contenues dans la scène pivot, seront reprises avec des déclinaisons différentes tout au long du film. Elles se développent aussi bien chez le héros que chez les spectateurs qui n'ont pas d'autres choix que d'épouser son point de vue et dont l'attention est constamment sollicitée. Cela renforce le sentiment d'identification et nous laisse donc d'autant plus démunis pour affronter la séquence finale.

Si ce qui précède est la preuve d'une grande maîtrise, il faut reconnaître que celle-ci est à la fois ludique et jouissive. Miike joue avec notre perception en manipulant nos habitudes et nos sens. Ainsi les codes qui caractérisent les films de genre sont-ils présents mais n'empêchent-ils pas les virages à 180 degrés, sans rupture marquée, car tous les éléments nécessaires étaient déjà contenus dans les scènes précédentes. Le réalisateur s'amuse avec ses spectateurs, les déconcerte, livre des indices au compte-gouttes, change d'atmosphère sans que l'on s'en rende compte, jusqu'à se demander si le projectionniste ne s'est pas trompé de bobine !

Il nous demande donc d'être intellectuellement actif, tout en nous maintenant dans un doute permanent. Ce qui semblait acquis est tout de suite remis en cause et notre état d'esprit est celui de Aoyama, perdu, décontenancé, ne sachant plus à quel niveau de réalité il se trouve (s'agit-il d'expier un passé non digéré ou de la projection d'angoisses liées à l'autre ?).

En tout cas, c'est avec un grand plaisir que l'on suit ce film surprenant qui joue avec les attentes de son audience et qui, en ne lui livrant pas un produit standardisé, lui témoigne ainsi le plus grand des respects.

NB : l'interdiction au moins de 16 ans paraît légitime.

Marc Petit

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