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Astérix & Obélix
Mission Cléopatre

de Alain Chabat
Avec: Gérard Depardieu, Christian Clavier, Jamel Debbouze, Monica Bellucci, Alain Chabat, Claude Rich, Gérard Darmon, Edouard Baer. France, 2001, 1h47.


Les Aventures de Jamel et Edouard
au pays des trucs pointus

Si vous êtes l'une des malheureuses victimes du film commis voilà trois ans par Claude Zidi, oubliez ce que vous avez alors subi. Car disons-le d'emblée, cette nouvelle mouture est une réussite. Alain Chabat est venu et a vaincu là où son prédécesseur avait lamentablement échoué. Avec succès, il a accompli le passage de la verticale à l'horizontale, c'est-à-dire de la page à l'écran.

Dans un sens, l'adaptation est exemplaire. A la fois scénariste et réalisateur du film, Chabat a assimilé et compris les qualités qui ont fait la spécificité et l'originalité de la création de Goscinny et Uderzo. Le jeu sur les noms des personnages, l'anachronisme des situations poussées parfois jusqu'à la satire, les références au contemporain et à une culture populaire supposée commune à tous les français... Ces caractéristiques se retrouvent dans le film mais transposées et transformées par le cadre qui maintenant les accueillent, celui du cinéma. En d'autres termes, l'esprit de la bande dessinée, pleinement respecté, sort de la case pour se manifester en un feu d'artifice de sons et d'images.

Chabat utilise les apports de ce changement pour étendre le champ de l'oeuvre originale. La bande-son bifurque, se brouille ou s'égare. Les musiques se télescopent quand les scènes elles-mêmes déraillent. Soudain surgissent des parodies de comédies musicales ou de kung-fu. Le dessin animé côtoie les prises de vues dites "réelles" si ce mot a encore ici un sens. La mise en abîme produit même une rencontre entre les personnages de papier et leurs incarnations sur pellicule. Ce respect à la lettre permet de pousser la logique initiale jusque dans ses ultimes retranchements, les noms des personnages, par exemple, trouvant leur aboutissements dans des situations inattendues. Elle contribue à une forme libre affranchie du principe de cohérence. Cependant il serait mensonger de parler de film en liberté.

Cette volonté de produire en permanence de la surprise nécessite en effet l'usage d'éléments immédiatement reconnaissables par le spectateur. Elle a besoin de la culture populaire. Et il semble qu'à ce jeu-là, pour Alain Chabat, tout est bon à prendre. Seul le résultat, l'éclat de rire, compte. Ce qui ne va pas sans poser problème. Les liens entre ces éléments si disparates sont parfois lâches. On a alors l'impression d'assister à quelque sketch mis en scène pour le seul plaisir de copains issus d'une certaine chaine payante. Heureusement, rare est cette pensée et fréquent le rire. Un rire quelquefois facile, le trait n'étant pas toujours tel la phrase du regretté Goscinny ou la ligne de l'Uderzo de la grande époque, en l'occurence fine. Cela évoque plus par instants Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ que le Sacré Graal des Monthy Python. On est donc en droit de voir en ce Mission Cléopatre un divertissement festif et assez brillant, dont l'étrangeté n'évite pas l'épaisseur. Film destiné à l'éphémère, il n'en retrouve pas moins l'esprit des célèbres et inusables gaulois, un esprit qu'à la lecture des dernières bandes de leur dorénavant unique auteur, on croyait bien avoir perdu.

M.Merlet

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