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avec Allociné

 

 

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Ali
Réalisation : Michael Mann
Avec Will Smith (Muhammad Ali) - Jon Voight (Howard Cosell) - Jamie Foxx (Drew Bundini Brown) Durée : 2h38


Michael Mann est le réalisateur de Heat et de Révélations. Le premier a fasciné les amateurs de films policiers, le second a calmé les enthousiasmes. Voilà quelqu'un qui sait faire un cinéma à la fois Hollywoodien et un peu personnel. Ali ne déroge pas à la règle. C'est un bon film et c'est presque normal.

Le sujet est acquis à la cause. Les années soixante semblent aujourd'hui être les années fastes d'une Amérique qui en pleine prospérité économique, se cherche une identité et une raison d'être. Les mouvements noirs, le Peace and Love, le combat contre l'ineptie d'une guerre lointaine, le combat contre les inégalités raciales : la beauté de ces engagements entiers est très cinématographique. Alliée au portrait d'un self-made man à l'américaine, on peut prévoir une très forte adhésion du public.

Cassius Clay dit Muhammad Ali est une idole. Mais tout ce qu'il représente appartient à un autre temps. Aussi ce film semble porté par quelques gouttes de nostalgie. Si Will Smith est un bosseur, Michael Mann fait de son travail un vrai sacerdoce. Aussi tous deux ont placé la barre du spectacle très haut. Leur challenge semble être de tout recréer à l'identique. Les décors sont respectés à la lettre. L'acteur se force à une telle transformation physique qu'il en vient à réellement exécuter ses combats pendant le tournage du film. Le réalisme est extrême, le film est inattaquable sur ce plan là. A preuve les photographes présents à chaque séquence. Témoins fictionnels, leur présence atteste néanmoins d'une véracité de ce qu'on voit puisqu'il est certain que la photo existe quelque part.

Des mauvais côtés de Muhammad Ali on ne parle pas, sauf en évoquant ses femmes, toutes suffisamment idiotes pour qu'il soit justifié qu'il les largue. Gentil jusqu'à la moelle, Will Smith sert à merveille son arrogance pleine d'humour. Il est vrai que l'acteur a travaillé pendant un an et demi sur le rôle. Le résultat est si parfait que quelques jours après avoir vu le film, on en vient à confondre les contours des visages. La légende et son image se mêlent définitivement.

Michael Mann reste très classique dans sa façon de filmer la boxe. Pourtant l'image est efficace. Un visage de profil et ses poings qui enchaînent des coups sur un punching-ball. La rapidité du va et vient du sac de sable nous rappelle que nous sommes au cinéma, ici la vitesse de notre regard n'est que de 24 images secondes. Le cinéma a toujours aimé filmer les corps en sueur. De Brando à De Niro en passant par Michele Rodriguez, ici, Ali s'entraîne seul face au monde. Il court dans la lumière bleue du matin tandis que son public se remet d'une soirée bien arrosée. Mann joue sur la superposition de deux mondes. Celui de l'athlète et celui de l'entertainer. L'un courre, l'autre danse mais le même homme place sa dignité au dessus de tous combats. L'un enchaîne pas après pas, coups après coups, l'autre se laisse prendre en charge par un groupe islamiste qui le dépasse. Mais seul compte le combat, car ce qui a fait l'histoire s'est avant tout passé sur le ring. Une réflexion, une tactique, des coups et des respirations en sourdine, le calcul du grand champion pour rester debout et aller jusqu'à la victoire. Ici, toutes les dimensions de l'homme se mêlent.

Michael Mann signe encore un film long et aurait pu nous épargner quelques minutes de kitscherie finale. Comme s'il ne savait sur quelle note laisser son héros, le réalisateur tombe dans les mièvreries les plus insupportables.

Largué par sa femme, le beau boxeur en aime une autre qui lui tombe dans les bras et gagne son combat. Pouvait-il en être autrement ? Fiction et réalité se confondent. L'Amérique aime à se voir belle. Peut-être pouvait-on pousser le film jusqu'à une fin plus sordide. Un Muhammad Ali parkinsonien se réjouissant d'avoir une étoile sur Hollywood Boulevard pour l'occasion. Voilà un vrai visage auquel il est difficile de faire face. Aussi l'Amérique en mal de héros recycle ses vieilles gloires qui à la sauce Michael Mann se regardent avec plaisir.

Anne-Laure Bell

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