Michael Mann est le réalisateur de Heat et de
Révélations. Le premier a fasciné
les amateurs de films policiers, le second a calmé
les enthousiasmes. Voilà quelqu'un qui sait faire un
cinéma à la fois Hollywoodien et un peu personnel.
Ali ne déroge pas à la règle.
C'est un bon film et c'est presque normal.
Le
sujet est acquis à la cause. Les années soixante
semblent aujourd'hui être les années fastes d'une
Amérique qui en pleine prospérité économique,
se cherche une identité et une raison d'être.
Les mouvements noirs, le Peace and Love, le combat contre
l'ineptie d'une guerre lointaine, le combat contre les inégalités
raciales : la beauté de ces engagements entiers est
très cinématographique. Alliée au portrait
d'un self-made man à l'américaine, on peut prévoir
une très forte adhésion du public.
Cassius
Clay dit Muhammad Ali est une idole. Mais tout ce qu'il représente
appartient à un autre temps. Aussi ce film semble porté
par quelques gouttes de nostalgie. Si Will Smith est un bosseur,
Michael Mann fait de son travail un vrai sacerdoce. Aussi
tous deux ont placé la barre du spectacle très
haut. Leur challenge semble être de tout recréer
à l'identique. Les décors sont respectés
à la lettre. L'acteur se force à une telle transformation
physique qu'il en vient à réellement exécuter
ses combats pendant le tournage du film. Le réalisme
est extrême, le film est inattaquable sur ce plan là.
A preuve les photographes présents à chaque
séquence. Témoins fictionnels, leur présence
atteste néanmoins d'une véracité de ce
qu'on voit puisqu'il est certain que la photo existe quelque
part.
Des
mauvais côtés de Muhammad Ali on ne parle pas,
sauf en évoquant ses femmes, toutes suffisamment idiotes
pour qu'il soit justifié qu'il les largue. Gentil jusqu'à
la moelle, Will Smith sert à merveille son arrogance
pleine d'humour. Il est vrai que l'acteur a travaillé
pendant un an et demi sur le rôle. Le résultat
est si parfait que quelques jours après avoir vu le
film, on en vient à confondre les contours des visages.
La légende et son image se mêlent définitivement.
Michael
Mann reste très classique dans sa façon de filmer
la boxe. Pourtant l'image est efficace. Un visage de profil
et ses poings qui enchaînent des coups sur un punching-ball.
La rapidité du va et vient du sac de sable nous rappelle
que nous sommes au cinéma, ici la vitesse de notre
regard n'est que de 24 images secondes. Le cinéma a
toujours aimé filmer les corps en sueur. De Brando
à De Niro en passant par Michele Rodriguez, ici, Ali
s'entraîne seul face au monde. Il court dans la lumière
bleue du matin tandis que son public se remet d'une soirée
bien arrosée. Mann joue sur la superposition de deux
mondes. Celui de l'athlète et celui de l'entertainer.
L'un courre, l'autre danse mais le même homme place
sa dignité au dessus de tous combats. L'un enchaîne
pas après pas, coups après coups, l'autre se
laisse prendre en charge par un groupe islamiste qui le dépasse.
Mais seul compte le combat, car ce qui a fait l'histoire s'est
avant tout passé sur le ring. Une réflexion,
une tactique, des coups et des respirations en sourdine, le
calcul du grand champion pour rester debout et aller jusqu'à
la victoire. Ici, toutes les dimensions de l'homme se mêlent.
Michael
Mann signe encore un film long et aurait pu nous épargner
quelques minutes de kitscherie finale. Comme s'il ne savait
sur quelle note laisser son héros, le réalisateur
tombe dans les mièvreries les plus insupportables.
Largué
par sa femme, le beau boxeur en aime une autre qui lui tombe
dans les bras et gagne son combat. Pouvait-il en être
autrement ? Fiction et réalité se confondent.
L'Amérique aime à se voir belle. Peut-être
pouvait-on pousser le film jusqu'à une fin plus sordide.
Un Muhammad Ali parkinsonien se réjouissant d'avoir
une étoile sur Hollywood Boulevard pour l'occasion.
Voilà un vrai visage auquel il est difficile de faire
face. Aussi l'Amérique en mal de héros recycle
ses vieilles gloires qui à la sauce Michael Mann se
regardent avec plaisir.
Anne-Laure
Bell
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