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L'Afrance
Réal.: Alain Gomis
Avec: Djolof Mbengue, Delphine Zingg, Samir Guesmi, Théophile Moussa Sowié, Thierno Ndiaye Doss, Bass Dhem, Albert Mendy.
France, 2001, 1h30.


On part d'un point et on chemine à travers l'ensemble du paysage. On débute avec une histoire devenue trop banale, celle d'un Sénégalais venu étudier à Paris et qui se retrouve en centre de détention pour avoir oublier le renouvellement de ses papiers. Tout commence là, dans cet espace que l'on croyait balisé à force d'en avoir entendu souvent parler. Puis l'itinéraire s'élance hors des frontières et traverse des contrées plus secrètes, plus mystérieuses. Il nous conduit au coeur de l'individu et de ses contradictions. En le suivant, on pensait explorer un territoire familier ou du moins connu, et on se découvre à se perdre dans les méandres d'une vie, forêt vierge immense et opaque.

Ce trajet qui prend des sentiers sinueux et longs nous procure en sa fin un sentiment de parcours global. Grâce à une caméra voyageuse, ce sont toutes les données d'une existence qui semblent passer sous nos yeux. Les distances de l'espace et du temps s'effacent. Les événements du passé, du présent et du futur se déroulent en un ordre énigmatique. Le puzzle se reconstitue mais d'une manière non conventionnelle. Les morceaux se collent par la force des émotions et des remémorations, par les liens qui, sous terre, sous la peau, unissent des moments a priori sans rapport. Le tableau apparaît alors dans toute son ampleur. Ce n'est cependant qu'une vie, une vie coincée entre désirs et principe de réalité et non exempte de hiatus.

El Hadj se croit, comme l'affirme le discours, intégré. Mais il ne veut ni ne cherche à être Français. Il pense terminé tranquillement son mémoire en France puis rentrer au Sénégal, son pays d'origine, pour y entreprendre de grands travaux. Il espère se servir des outils de l'ancien colonisateur occidental, de sa culture et de sa réflexion, et ainsi aider son peuple à retrouver une véritable indépendance. De fait, il se débat dans un paradoxe. L'oppresseur est effet à la fois celui qui a conduit à l'asservissement et qui propose par ses soi-disant services de se libérer de son joug. El Hadj aimerait trouver une alternative à cette situation. Il veut participer à un mouvement qui permettrait au Sénégal de forger par lui-même et en lui-même les armes de son affranchissement. Dans cette volonté, dans cette aspiration au retour se trouve, croit-il, sa raison d'être et les contours de son existence.

Mais survient l'arrestation et l'emprisonnement pour manque de titre de séjour. L'épisode est bref mais intense. Il conduit à une rupture. El Hadj se brise. Les certitudes se fissurent et, en elles, en lui, s'insinue une schizophrénie identitaire, écho des contradictions qui déjà le travaillaient. Elle ne concerne pas seulement la sphère du politique et du social. Elle ne perturbe pas que son projet. C'est toute sa vie qui est alors prise par le doute. Les bouts se détachent, deviennent lâches. Il n'y plus d'avenir, le présent devient mouvant, le passé plus incertain. Par un acte, un moment dans une vie, tout semble remis en cause.

Ce premier long-métrage d'Alain Gomis, jeune réalisateur n'ayant jusqu'à ce film qu'un court à son actif, frappe par sa richesse. Il peint à la fois la force vive contenue dans un instant et le caractère structurel de toute existence, architecture à l'intérieur de laquelle chaque pas est susceptible de modifier ceux qui le précèdent ou devancent. L'homme est un et indivisible, déclare L'Afrance. A l'heure du découpage et du réductionnisme de l'individu pour mieux le faire entrer dans les cases de sa fonction et de son emploi, c'est à ces mots qu'il faut nous rallier.

M.Merlet

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