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avec Allociné

 

 

Vacances au pays
de Jean-Marie Teno
documantaire 1h15


"à tout pays qui se détourne et s'exaspère de tarir"
Edouard Glissant, "Boises", 1979.

"[ …] un monde à réaliser et à posséder "
Ahamadou Kourouma, Monné," Outrages et défis".

Modernité : marché de dupes

"C'est là une des causes de notre pauvreté et de nos colères qui ne tiédissent pas. Le sous-développement, la corruption, l'impudence avec laquelle sont employés les mots authenticité, socialisme, lutte et développement, cet ensemble de mensonges et de ressentiments, révoltent […]". Ce diagnostic implacable d'Ahmadou Kourouma rejoint, sur le fond, le documentaire de Jean-Marie Teno. Après trente ans d'absence, Jean-Marie Teno est retourné dans son village natal, à Bandjoun, non loin de Yaoundé. Carnet de route plutôt que manifeste, errance plutôt que promenade, "Vacances au pays" se déroule sous le signe de la désillusion. Devant un progrès qui n'a pas tenu ses promesses, devant une modernité sans cesse reportée et différée, Jean-Marie Teno, caméra au poing, nous rapporte les images de ce qu'il appelle ironiquement la "modernité tropicale". Où l'on découvre une modernité parfois guignolesque, le plus souvent désolante et décourageante. Mêlant sa voix aux images, Jean-Marie Téno, très sobrement, nous montre comment une identité culturelle se construit au travers d'une parodie de modernité, d'une mascarade. Comment la terre africaine a rejeté la greffe occidentale. "Confronter mes certitudes et mes espérances d'hier, avec les réalités d'aujourd'hui", tel est le projet qui sous-tend ce documentaire.

Sur un ton amer, Jean-Marie Teno explique comment la modernité occidentale a créé les conditions du naufrage africain, en faisant miroiter un Eldorado matériel qu'elle ne pouvait, dans les faits, réaliser. La modernité n'a rien apporté, sinon le désordre, sinon le sentiment d'avoir été floué.

Mais quelque chose de plus profond que le pessimisme affleure à l'écran. Quelque chose comme des sourires ineffaçables, quelque chose comme la dignité de celui qui croît encore. En vain peut-être. Car ce qui est ressenti le plus fortement par cet enfant du pays, n'est pas nécessairement le plus désespérant. Si les réponses avancées à la question-problème de la modernité, ne sont pas satisfaisantes, Teno souhaite que l'Afrique n'avance pas à reculons dans ce XXIème siècle. En 1985, Edouard Glissant intitulait l'un de ses recueils "Pays rêvé, pays réel". "Vacances au pays", d'une certaine manière, rend compte du fossé et du décalage qui perdurent entre le pays rêvé et le pays tel qu'il est aujourd'hui. Mais Jean-Marie Teno veut encore croire que l'image du pays rêvé est à portée de main. Que tout n'est pas joué.

Anthony Dufraisse

Lire l'interview de Jean-Marie Teno

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