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Ring
Réal. : Hideo Nakata Avec : Nanako Matsushima, Miki Nakatani, Hiroyuki Sanada. Japon, 1998, 96 mn.


Le cri qui fait peur

Ring est à l'origine d'un phénomène. Adapté d'un roman écrit en 1991 par Koji Suzuki, le film connut un immense succès à sa sortie en 1998. A la suite de celui-ci, un grand nombre de produits dérivés, dont des mangas et une série télévisée, virent le jour. Le scénariste du film Hirsoshi Tkahashi imagina deux suites, Ring 2, mis en images par le même réalisateur, et Ring 0-Birthday, réalisé par un certain Norio Tsuruta. Des opportunistes en profitèrent également pour sortir une kyrielle d'imitations, films d'horreur et d'épouvante en tous genres, avec un bonheur divers. Isola, Frame, Black house, the Mass Murders, Inugami... Autant de titres dont certains seront exportés, tant est grande l'attente friande des spectateurs occidentaux pour ce type de cinéma populaire venu d'Asie. On laisse même entendre qu'un remake de Ring serait en préparation aux Etats Unis. Vrai ou fausse, cette rumeur ne laisse pas moins deviner l'attente que génère ce film.

Face à cette vague, un parallèle s'impose. Le succès de Scream et la résurgence des films d'horreur qui s'en suivit obéit à une logique commerciale de nature similaire. On peut même voir dans les deux films une identique utilisation de la technologie, une manière de faire naître la peur d'une banale sonnerie de téléphone ou d'un écran de télévision grésillant. Dans les deux films, les craintes se réveillent au contact d'un quotidien d'habitude rassurant. Néanmoins la comparaison s'arrête là car ce qui frappe dans Ring, c'est l'étonnant respect des traditions japonaises.

L'histoire s'inspire de récits des théâtres Nô et Kabuki et des figures de sorcières et spectres si souvent utilisées au cinéma dans les années 50. Il s'agit d'un retour à un genre, le film de fantômes, qui était fort prisé par le public local de l'après-guerre. Ainsi, Ring débute sur l'énoncé d'un légende moderne. Des adolescents seraient morts sept jours après avoir visionnés une mystérieuse cassette vidéo venue de nulle part et qui leur annonçait par avance leur fin prochaine. Ce récit circulant dans les cours d'écoles, entre des jeunes avides de peur à bon marché, une journaliste décide d'enquêter sur les causes de ce conte à dormir debout. Rapidement, elle remonte jusqu'à un bungalow perdu dans une région forestière. Et là, elle va se trouver prise dans un engrenage diabolique. L'irrationnel investit dès lors le réel, d'une façon presque naturelle. Fantôme, médium, visions de l'au-delà, malédictions… les portes de l'occulte s'ouvrent le court temps d'une apparition glaciale ou tétanisante. Et tout se passe comme si ces gens avaient toujours vécu, depuis l'enfance, avec un respect pour l'étrange et la présence diffuse des morts.

Plus qu'un devoir appliqué d'un élève doué, Ring est le fruit du travail d'un artisan qui connaît son métier. Il l'a ciselé avec un réel sens du rythme et de l'espace. Les cinq premières minutes sont à ce titre exemplaires, presque mathématiques dans leur déroulement. D'ailleurs, elles ne sont pas sans nous rappeler l'ouverture du premier volet de Scream. Deux jeunes filles qui se racontent une histoire horrible, de la pénombre, des pièces vides, un téléphone dont le gémissement déchire le silence… Puis soudain un visage déformé par la peur. Le train se lance dans le tunnel, et le spectateur s'enfonce dans son fauteuil, mi-amusé, mi-effrayé.

Pourtant une inutile sophistication vient lui gâcher son plaisir. Si l'image sait montrer peu pour suggérer beaucoup, si l'invisible se devine dans le visible, le récit s'encombre de superflu. On peut se demander si les voies alambiquées qu'emprunte l'intrigue ne servent pas à dissimuler un certain manque d'imagination. Quoiqu'il en soit, ces complications ne peuvent que nuire, et la peur, dont la simplicité est le garant, en est la première victime.

Répondrez-vous alors présent à la sonnerie de l'appel ? Rentrerez-vous dans la ronde ? Passerez-vous l'anneau du pacte, celui qui scelle le contrat de l'effroi ? A vous d'en décider, maintenant, et surtout n'attendez pas la vidéo…

M.Merlet

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