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Le cri qui fait peur
Ring
est à l'origine d'un phénomène. Adapté d'un roman écrit en 1991
par Koji Suzuki, le film connut un immense succès à sa sortie
en 1998. A la suite de celui-ci, un grand nombre de produits
dérivés, dont des mangas et une série télévisée, virent le jour.
Le scénariste du film Hirsoshi Tkahashi imagina deux suites,
Ring 2, mis en images par le même réalisateur, et Ring
0-Birthday, réalisé par un certain Norio Tsuruta. Des opportunistes
en profitèrent également pour sortir une kyrielle d'imitations,
films d'horreur et d'épouvante en tous genres, avec un bonheur
divers. Isola, Frame, Black house, the
Mass Murders, Inugami... Autant de titres dont certains
seront exportés, tant est grande l'attente friande des spectateurs
occidentaux pour ce type de cinéma populaire venu d'Asie. On
laisse même entendre qu'un remake de Ring serait en préparation
aux Etats Unis. Vrai ou fausse, cette rumeur ne laisse pas moins
deviner l'attente que génère ce film.
Face
à cette vague, un parallèle s'impose. Le succès de Scream
et la résurgence des films d'horreur qui s'en suivit obéit à
une logique commerciale de nature similaire. On peut même voir
dans les deux films une identique utilisation de la technologie,
une manière de faire naître la peur d'une banale sonnerie de
téléphone ou d'un écran de télévision grésillant. Dans les deux
films, les craintes se réveillent au contact d'un quotidien
d'habitude rassurant. Néanmoins la comparaison s'arrête là car
ce qui frappe dans Ring, c'est l'étonnant respect des
traditions japonaises.
L'histoire
s'inspire de récits des théâtres Nô et Kabuki et des figures
de sorcières et spectres si souvent utilisées au cinéma dans
les années 50. Il s'agit d'un retour à un genre, le film de
fantômes, qui était fort prisé par le public local de l'après-guerre.
Ainsi, Ring débute sur l'énoncé d'un légende moderne.
Des adolescents seraient morts sept jours après avoir visionnés
une mystérieuse cassette vidéo venue de nulle part et qui leur
annonçait par avance leur fin prochaine. Ce récit circulant
dans les cours d'écoles, entre des jeunes avides de peur à bon
marché, une journaliste décide d'enquêter sur les causes de
ce conte à dormir debout. Rapidement, elle remonte jusqu'à un
bungalow perdu dans une région forestière. Et là, elle va se
trouver prise dans un engrenage diabolique. L'irrationnel investit
dès lors le réel, d'une façon presque naturelle. Fantôme, médium,
visions de l'au-delà, malédictions… les portes de l'occulte
s'ouvrent le court temps d'une apparition glaciale ou tétanisante.
Et tout se passe comme si ces gens avaient toujours vécu, depuis
l'enfance, avec un respect pour l'étrange et la présence diffuse
des morts.
Plus
qu'un devoir appliqué d'un élève doué, Ring est le fruit
du travail d'un artisan qui connaît son métier. Il l'a ciselé
avec un réel sens du rythme et de l'espace. Les cinq premières
minutes sont à ce titre exemplaires, presque mathématiques dans
leur déroulement. D'ailleurs, elles ne sont pas sans nous rappeler
l'ouverture du premier volet de Scream. Deux jeunes filles
qui se racontent une histoire horrible, de la pénombre, des
pièces vides, un téléphone dont le gémissement déchire le silence…
Puis soudain un visage déformé par la peur. Le train se lance
dans le tunnel, et le spectateur s'enfonce dans son fauteuil,
mi-amusé, mi-effrayé.
Pourtant
une inutile sophistication vient lui gâcher son plaisir. Si
l'image sait montrer peu pour suggérer beaucoup, si l'invisible
se devine dans le visible, le récit s'encombre de superflu.
On peut se demander si les voies alambiquées qu'emprunte l'intrigue
ne servent pas à dissimuler un certain manque d'imagination.
Quoiqu'il en soit, ces complications ne peuvent que nuire, et
la peur, dont la simplicité est le garant, en est la première
victime.
Répondrez-vous
alors présent à la sonnerie de l'appel ? Rentrerez-vous
dans la ronde ? Passerez-vous l'anneau du pacte, celui
qui scelle le contrat de l'effroi ? A vous d'en décider,
maintenant, et surtout n'attendez pas la vidéo…
M.Merlet
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