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Belphégor
Le Fantôme du Louvre

Réal.: Jean-Paul Salomé
Avec: Sophie Marceau, Michel Serrault, Frédéric Dienfenthal, Jean-François Balmer, Julie Christie.
2001, 2h.


Le musée aux souvenirs

Il est de ces films où le regard s'égare. Rien de ce qui se déroule devant lui et pour lui ne semble pas le concerner. Tout ce qui s'agite au centre de l'écran lui est très lointain, pour ne pas dire totalement étranger. L'histoire passe, les personnages se croisent, les péripéties s'enchaînent, dans la plus totale indifférence pour ce regard qui ne demande qu'à s'échapper. Il en est ainsi de Belphégor comme de ces films.

Cette troisième adaptation du roman d'Arthur Bernède, après un film muet de 1927 et le célèbre feuilleton télévisé des années soixante, ne retient que peu notre attention. Et pire, par sa profusion d'effets et la laideur de ses images dites virtuelles, ce Belphégor-là fait plus que hanter le Louvre. Il donne à voir ce qui aurait dû rester cacher. Il place en pleine lumière le mystère et l'inquiétude et annihile de lui-même la douce angoisse qui aurait pu nous envahir.

Notre regard y est confronté en permanence à une surface dont le centre ne le captive guère. Aussi il se disperse, il divague. Il se met à scruter les à-côtés, à chercher dans le plan l'élément insignifiant qui pourrait l'amener ailleurs, qui le ferait sortir de là. Une filature dans Paris lui permet d'attraper quelques détails insolites et d'entrapercevoir, au loin, d'étranges fontaines ou, lors d'un détour au Père Lachaise, quelque étonnante pierre tombale. Mais le film par son montage haché ne lui laisse que peu de marge. La respiration y est difficile.

Il n'y a alors plus qu'une solution, se tourner vers les souvenirs. Cette histoire où il n'est question que de vieillesse, de mort et de réincarnation, se voudrait une fantaisie poétique sur le temps qui passe. Elle inviterait à la mélancolie. Las, notre regard se projette de fait vers l'arrière. Il se perd dans l'antériorité de la mémoire, à l'intérieur de soi. Il se projette un film fait d'images éparses. Défilent avec nostalgie les créations de ces grands maîtres de l'épouvante que furent Louis Feuillade et Georges Franju. Les yeux sans visage d'Edith Scob succèdent à la silhouette féline de Musidora, masquée parfois par l'ombre de Judex. Les soupirs nous envahissent et d'une certaine manière on peut penser que ce Beplhégor moderne a atteint bien involontairement son but. Par sa vacuité, il nous offre un cadre où nous nous laissons bercer par les effluves du passé, avec une pointe de regret.

M.Merlet

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