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Le musée aux souvenirs
Il
est de ces films où le regard s'égare. Rien de ce qui se déroule
devant lui et pour lui ne semble pas le concerner. Tout ce qui
s'agite au centre de l'écran lui est très lointain, pour ne
pas dire totalement étranger. L'histoire passe, les personnages
se croisent, les péripéties s'enchaînent, dans la plus totale
indifférence pour ce regard qui ne demande qu'à s'échapper.
Il en est ainsi de Belphégor comme de ces films.
Cette
troisième adaptation du roman d'Arthur Bernède, après un film
muet de 1927 et le célèbre feuilleton télévisé des années soixante,
ne retient que peu notre attention. Et pire, par sa profusion
d'effets et la laideur de ses images dites virtuelles, ce Belphégor-là
fait plus que hanter le Louvre. Il donne à voir ce qui aurait
dû rester cacher. Il place en pleine lumière le mystère et l'inquiétude
et annihile de lui-même la douce angoisse qui aurait pu nous
envahir.
Notre
regard y est confronté en permanence à une surface dont le centre
ne le captive guère. Aussi il se disperse, il divague. Il se
met à scruter les à-côtés, à chercher dans le plan l'élément
insignifiant qui pourrait l'amener ailleurs, qui le ferait sortir
de là. Une filature dans Paris lui permet d'attraper quelques
détails insolites et d'entrapercevoir, au loin, d'étranges fontaines
ou, lors d'un détour au Père Lachaise, quelque étonnante pierre
tombale. Mais le film par son montage haché ne lui laisse que
peu de marge. La respiration y est difficile.
Il
n'y a alors plus qu'une solution, se tourner vers les souvenirs.
Cette histoire où il n'est question que de vieillesse, de mort
et de réincarnation, se voudrait une fantaisie poétique sur
le temps qui passe. Elle inviterait à la mélancolie. Las, notre
regard se projette de fait vers l'arrière. Il se perd dans l'antériorité
de la mémoire, à l'intérieur de soi. Il se projette un film
fait d'images éparses. Défilent avec nostalgie les créations
de ces grands maîtres de l'épouvante que furent Louis Feuillade
et Georges Franju. Les yeux sans visage d'Edith Scob succèdent
à la silhouette féline de Musidora, masquée parfois par l'ombre
de Judex. Les soupirs nous envahissent et d'une certaine manière
on peut penser que ce Beplhégor moderne a atteint bien involontairement
son but. Par sa vacuité, il nous offre un cadre où nous nous
laissons bercer par les effluves du passé, avec une pointe de
regret.
M.Merlet
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