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avec Allociné

Le jour où je suis devenue femme
De Marzieh Meshkini
Avec Fatomeh Tcheraghakhar, Hassan Nebhan, Shabnam Toluoi, Azizeh Sadighi


Elles sont trois. Trois femmes qui ont un point commun : elles croient ce qu'elles ressentent. La première est une petite fille de 9 ans qui profite de sa dernière journée d'enfant avant d'arborer le long voile noir, symbole des coutumes religieuses. La seconde cherche par tous les moyens d'échapper à son mari pour reprendre sa liberté. Quant à la troisième, c'est une vieille femme seule mais qui n'a qu'un but dans sa vie, partir le plus loin possible en emportant avec elle ses propres souvenirs. Trois histoires, trois regards mais un seul fil conducteur : la liberté de la femme.

A la question habituelle qui es-tu ? , Marzieh Meshkini répond par une autre question plus ouverte, de quoi es-tu fait ? Ainsi, son film se développe progressivement et l'on découvre Hava, petite fille, rayonnante et empreinte d'un lyrisme étonnant (la séquence où nous la voyons donner des bonbons à son ami est incroyable de sensibilité), Ahou dont son mari est devenu un fardeau obsessionnel et qui tente par tout les moyens de s'enfuir et cette vielle femme, qui d'un simple regard nous dit je t'écoute, et qui par sa raison sait réparer l'outrage.

La force de ce film est la manière de conter de la réalisatrice. Il faut savoir apprécier cette douce nonchalance qu'utilise Marzieh Meshkini pour décrire le passage de l'enfance à l'adolescence, la lente agonie que peut causer une rupture, et surtout la liberté de la vieillesse. La construction narrative de Le jour où je suis devenue femme me fait penser à toutes ces histoires d'amour qui fonctionnent à moitié. Il y a toujours dans ces trois sketchs une sorte de bref passage à vide qui sera surmontée d'une grosse envie de reprendre goût à la vie. L'auteur parvient, avec une économie de moyen ahurissante, à nous sensibiliser sur ces trois femmes. Le fait qu'elle situe son intrigue dans un endroit paumé, accentue l'atmosphère, ce qui donne une impression de huis clos. Meshkini a écrit chacun de ses plans dans un état de suffocation, comme si sa vie en dépendait. Ce qui donne une atmosphère saccadée, dispersée, morcelée comme le cœur d'une femme soumise.

S'il n'y avait qu'une séquence à garder de ce film, ce serait cette troublante course de vélos. Quelques dizaines de femmes, toutes voilées, font la course. Parmi elles, Ahou, qui tente d'échapper à ses frères et à son mari. Cette course de vélos devient alors un véritable travelling ambulant qui accueille dans son cadre toutes ces femmes de pensées diverses, aux gestes et sentiments divers. Ce mouvement d'appareil est l'élément essentiel du cinéma de Meshkini, un cinéma qui sans arrêt lève son nez avec un vague espoir.

Pour terminer, je dirais que la beauté principale de ce film réside avant tout dans cette idée de cinéma qu'il donne à réfléchir : Le jour ou je suis devenue femme exprime deux concepts, la joie de faire du cinéma et l'angoisse de faire du cinéma. Situation contradictoire ? Oui ! Mais qui ressemble comme deux gouttes d'eau à toutes ces décisions que nous offre la vie.

Samir Ardjoum