Des sons de guitare rock sur fond d'images rythmées par une
plongée vertigineuse, le dernier film de Carpenter répond
dès le générique de début à nos attentes : des sensations
fortes, des images efficaces, un cinéma qui nous emmène faire
le grand huit sans jamais nous prendre pour des idiots.
C'est
comme toujours avec sérieux que le réalisateur aborde la science-fiction.
A preuve, avant de commencer le tournage de son dix-septième
long métrage dans une carrière du Nouveau-Mexique, il organise
une prière spéciale en hommage aux traditions locales et à
l'esprit du lieu et fait bénir le décor par un sorcier du
coin. Quand bien même on a réalisé Halloween et Vampires,
il semble qu'on ne plaisante jamais avec les forces des ténèbres.
Le scénario est simple : la forme de vie martienne s'est réveillée
et chasse les hommes de sa planète. Ni hommes verts, ni bêtes
gluantes, les martiens sont des fantômes qui se matérialisent
dans les corps des humains. De là naît un "struggle for
life" qui teinte le côté fantastique du film d'un parfum
d'action très peu onirique, art martiaux et cascades à la
clé. Le caractère jubilatoire des films de Carpenter tient
de cette capacité à utiliser les images éculées de nombreux
genres cinématographiques et de les remettre à neuf. Du western
aux dessins animés de Tex Avery, de la critique sociale au
film à effet spéciaux qui tâchent, le film a plusieurs niveaux
de lectures.
Blessés,
coupés, désincarnés puis réincarnés, les corps se transforment
ici sans cesse sous nos yeux. L'horreur se joue dans l'entre-deux
: mi-homme, mi-démon, les fantômes s'auto-mutilent, les chairs
débordent de leur enveloppe. Pourtant, comme s'il avait décidé
que c'était trop confortable pour le spectateur, le réalisateur
ne se contente pas d'inspirer cette répulsion. Aussi il questionne
sans cesse le pacte spectateur-image, secoue notre adhésion
à l'histoire à travers quelques gags gores. De même l'enchaînement
des plans, des répétitions d'images en saute de plans, matérialise
sans cesse la mise en abîme à travers laquelle l'histoire
nous est donnée. Les mouvements paraissent alors saccadés,
comme si on voulait en extraire leur substance et nous montrer
cet essentiel.
A
travers cette histoire Carpenter fait fi du bien comme du
mal et place l'enjeu du scénario entre la vie et la mort.
La police a dans ses rangs l'homme qui fait sauter toutes
les serrures du monde, la prison renferme le héros qui saura
sauver l'héroïne des méchants fantômes. De même, archétypes,
les belles filles à gros seins matent de leurs airs autoritaires
des hommes à petite bite clamant qu'ils savent s'en servir.
Au sein de cette société matriarcale, la puissance n'est plus
phallique. Pourtant il serait naïf de croire que Carpenter
valide cette guerre des sexes. Décapitant la plus "Good Solid
Woman" dès le début du film, il ridiculise à l'acide comico-caustique
féminisme et machisme.
Sur
Mars en 2176, ce n'est pas la techno-folie : les mineurs creusent
à la dynamite, le train en acier lourd semblent encore être
un mode de transport idéal. L'ambiance très industrielle,
n'a rien à envier à notre ère industrielle. Des nuages de
poussières rouges pigmentent les images d'une pesanteur ambiguë
et nous baladent à travers le film. Entre horreur et légèreté
comique Carpenter sait la leçon à merveille et le prouve une
fois de plus : notre bonheur réside toujours dans cette
capacité à nous rassurer après nous avoir fait peur. Aussi
dirons-nous encore : "Fait moi peur Johnny Johnny".
Anne-Laure
Bell
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