Chroniques

Cinema

dossiers

avec Allociné

 

 

Lire le dossier John Carpenter
Ghost of Mars
Réalisation : John Carpenter
Avec : Natasha Henstridge - Ice Cube -Pam Grier - Jason Statham


Des sons de guitare rock sur fond d'images rythmées par une plongée vertigineuse, le dernier film de Carpenter répond dès le générique de début à nos attentes : des sensations fortes, des images efficaces, un cinéma qui nous emmène faire le grand huit sans jamais nous prendre pour des idiots.

C'est comme toujours avec sérieux que le réalisateur aborde la science-fiction. A preuve, avant de commencer le tournage de son dix-septième long métrage dans une carrière du Nouveau-Mexique, il organise une prière spéciale en hommage aux traditions locales et à l'esprit du lieu et fait bénir le décor par un sorcier du coin. Quand bien même on a réalisé Halloween et Vampires, il semble qu'on ne plaisante jamais avec les forces des ténèbres. Le scénario est simple : la forme de vie martienne s'est réveillée et chasse les hommes de sa planète. Ni hommes verts, ni bêtes gluantes, les martiens sont des fantômes qui se matérialisent dans les corps des humains. De là naît un "struggle for life" qui teinte le côté fantastique du film d'un parfum d'action très peu onirique, art martiaux et cascades à la clé. Le caractère jubilatoire des films de Carpenter tient de cette capacité à utiliser les images éculées de nombreux genres cinématographiques et de les remettre à neuf. Du western aux dessins animés de Tex Avery, de la critique sociale au film à effet spéciaux qui tâchent, le film a plusieurs niveaux de lectures.

Blessés, coupés, désincarnés puis réincarnés, les corps se transforment ici sans cesse sous nos yeux. L'horreur se joue dans l'entre-deux : mi-homme, mi-démon, les fantômes s'auto-mutilent, les chairs débordent de leur enveloppe. Pourtant, comme s'il avait décidé que c'était trop confortable pour le spectateur, le réalisateur ne se contente pas d'inspirer cette répulsion. Aussi il questionne sans cesse le pacte spectateur-image, secoue notre adhésion à l'histoire à travers quelques gags gores. De même l'enchaînement des plans, des répétitions d'images en saute de plans, matérialise sans cesse la mise en abîme à travers laquelle l'histoire nous est donnée. Les mouvements paraissent alors saccadés, comme si on voulait en extraire leur substance et nous montrer cet essentiel.

A travers cette histoire Carpenter fait fi du bien comme du mal et place l'enjeu du scénario entre la vie et la mort. La police a dans ses rangs l'homme qui fait sauter toutes les serrures du monde, la prison renferme le héros qui saura sauver l'héroïne des méchants fantômes. De même, archétypes, les belles filles à gros seins matent de leurs airs autoritaires des hommes à petite bite clamant qu'ils savent s'en servir. Au sein de cette société matriarcale, la puissance n'est plus phallique. Pourtant il serait naïf de croire que Carpenter valide cette guerre des sexes. Décapitant la plus "Good Solid Woman" dès le début du film, il ridiculise à l'acide comico-caustique féminisme et machisme.

Sur Mars en 2176, ce n'est pas la techno-folie : les mineurs creusent à la dynamite, le train en acier lourd semblent encore être un mode de transport idéal. L'ambiance très industrielle, n'a rien à envier à notre ère industrielle. Des nuages de poussières rouges pigmentent les images d'une pesanteur ambiguë et nous baladent à travers le film. Entre horreur et légèreté comique Carpenter sait la leçon à merveille et le prouve une fois de plus : notre bonheur réside toujours dans cette capacité à nous rassurer après nous avoir fait peur. Aussi dirons-nous encore : "Fait moi peur Johnny Johnny".

Anne-Laure Bell

Lire le dossier John Carpenter

Réagissez à cette chronique sur le forum de Flu.
---