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avec Allociné

 

 

Mulholland Drive
Un film de David Lynch
Avec Laura Elena Harring, Naomi Watts, Justin Theroux, Dan Hedaya
E-U / 2001 / 146'


Attendu avec impatience et curiosité après la majestueuse et inattendue lenteur d'Une Histoire Vraie, David Lynch réussit une nouvelle fois l'exploit de nous surprendre totalement et de nous séduire avec élégance. Au sommet de son art de conteur, il nous livre un film étrange et complexe, film-cerveau shooté à l'adrénaline de l'angoisse et du désir.

Rita (la brune) est victime d'un accident de voiture sur Mulholland Drive. Amnésique, elle trouve refuge dans un appartement vide. Betty (la blonde) est une jeune actrice qui débarque à Hollywood, des étoiles plein les yeux, pour percer au cinéma. Elle vient s'installer dans l'appartement où se cache Rita. Intriguée par cette rencontre, littéralement sous le charme, elle lui propose de l'aider à retrouver son identité. Entre l'enquête liée à ce mystère et l'essort de sa carrière d'actrice, on assiste à la naissance de l'amour qui l'unira à Rita, juqu'à ce que...

A l'instar de Lost Highway, Lynch renverse totalement la donne. Les mêmes personnages changent de noms, intervertissent leurs identités, mais dans le prolongement de la première partie du film, qui pourrait d'ailleurs n'être qu'un rêve. Si certains indices tendent à le prouver, la grande jubilation provoquée par le film provient en partie de ce champ ouvert aux interprétations qu'offre Lynch. La deuxième partie du film, construite en multiples flash-back et/ou rêves, ne permettra ainsi aucune clôture du récit.

Formidable terrain de jeu spéculatif pour le spectateur, le film multiplie les clins d'oeil et les références à ce qu'on serrait tenté de nommer le "système Lynch" : personnages mystérieux et incongrus, comme cet homme en fauteuil roulant qui semble dominer toute la production cinématographique à Hollywood, ou encore le cow-boy, qui ne s'exprime que par énigme, lieux théatraux où se produisent des phénomènes difficilement compréhensibles... Et surtout, cette façon incomparable de susciter l'angoisse, par de lents mouvements de caméra, l'utilisation de l'obscurité dans le cadre, ou celle, magistrale, de la musique et des effets sonores, véritable marque de fabrique lynchienne.

Là où l'on aurait pu craindre une accumulation d'auto-citations stériles ou ennuyeuses, Lynch suscite l'adhésion par l'humour. Toute la premièrepartie du film, considérée comme le rêve de Betty, est ainsi truffée de scènes hyper-construites, véritables schéma de mise en scène se donnant à voir, et qui, dans leur façon de superposer au récit, laissent imaginer les différentes pistes qu'aurait pu suivre la série Mulholland Drive, si elle avait pu voir la jour. Ces pistes qui mènent souvent à une satire acide d'Hollywood et de ses systèmes de production. On irait même jusqu'à y voir une certaine forme de vengeance, Lynch ayant eu de grands problèmes à produire son film, et s'étant vu refuser la série qu'il avait imaginé.

Si cette accumulation de pistes frôle parfois l'exercice formel vain et virtuose, Lynch maintient la cohérence de son film par la lente montée de l'angoisse et de son pôle opposé, le désir. Véritable moteur du film, la relation qui unit et déchire les deux héroïnes prend un éclairage plus cru et cruel dans la deuxième partie du film. Recentré sur elles, il semble alors vraiment décoler et prendre tout son "sens". Magnifiées par Lynch, les deux femmes aux multiples facettes emportent la partie et distillent un trouble peu commun.

Ses trouvailles formelles, la beauté plastique inouïe des ses images et la liberté qu'il prend avec le récit emmènent Mulholland Drive vers des contrées encore inexplorées par le cinéma. Si le film n'a pas une tonalité dominante aussi marquée que dans les autres films du cinéaste, il n'en provoque pas moins une fascination qui va crescendo, et qui démontre l'incroyable puissance qu'atteint la mise en scène de Lynch.

Laurence Reymond

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