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Effet du hasard ou volonté marquée de la part du réalisateur ?
Toujours est-il que le second film de Miguel Arteta (après Star
Maps, en 1997) semble constituer une variation autour du
chiffre 2 et de toutes ses déclinaisons narratives : ambiguité,
bisexualité schizophrénie, balancement, hésitation, opposition,
réunion…
Buck
(interprété par Mike White, coscénariste du film) est un concentré
de nombre de ces aspects : un homme-enfant de 27 ans, homme
de par son état civil et physique, enfant de par son mental.
On le voit souvent entouré de ses jouets, une sucette à la bouche,
enfant gâté, irresponsable et têtu, prêt à fondre en larmes
à la moindre contrariété. En somme, le double négatif de Chuck,
son ami d'enfance, devenu un homme d'affaires accompli en route
vers le succès professionnel, social et matrimonial.
Un
enfant tourné vers le passé face à un homme plein d'avenir -
et le clash est bien entendu inévitable. Le temps a substitué
un dénommé Charles au Chuck avec lequel Buck allait jusqu'à
s'adonner à des relations "homoérotiques" naïves et innocentes
- une substitution à laquelle Buck, ancré dans le passé, ne
peut se résoudre. Il développera ainsi mille stratagèmes, poursuivra
Chuck jusqu'au harcèlement dans le seul but de ressusciter les
relations qu'ils entretenaient dans leur jeunesse - un acharnement
inquiétant, malsain qui provoquera le rejet grandissant de Chuck...
Le
film décrit le parcours initiatique de Buck vers l'âge adulte
- un parcours présenté ici comme fait de renoncements. Pour
grandir, Buck devra apprendre à faire le deuil de son enfance,
à renoncer à ces jouets dont il ne se sépare jamais, à accepter
le mariage de Chuck avec sa nouvelle compagne - renoncement
et évolution vont ainsi de pair, dichotomie soulignée par une
musique ("It's time for a new start") venant accompagner chaque
perte subie par Buck dans sa progression vers l'âge adulte.
Deux
personnages centraux, l'opposition passé/présent, le double-jeu
d'un Charles/Chuck attiré-effrayé par Buck, la paire renoncement-évolution,
etc… Le sentiment de dualité est ici, on le voit, plus martelé
que suggéré, et plombe un film qui en finit par démontrer plutôt
que montrer. Les traits caractérisants sont multipliés jusqu'à
l'indigestion. Le thème musical, à valeur de jingle, répété
pas moins de cinq fois au cours du film, participe aussi de
ce regrettable manque de confiance en la capacité de compréhension
autonome du spectateur.
Le
personnage de Buck et la peinture qui en est faite restent cependant
l'attrait principal de ce film grâce, en partie, au jeu de Jim
White. Homme-enfant, Buck est une anomalie, une créature hybride
touchante dans sa naïveté et son optimisme inébranlable mais
inquiétante, malsaine dans son acharnement et son obsession.
Si le film n'évite pas le cliché de la célébration de l'enfance
comme un territoire magique et paradisiaque, s'il ne manque
pas de glorifier l'être enfant, il souligne cependant l'anomalie
du rester enfant, apportant ainsi quelques nuances à son traitement
de l'enfance - nuances que l'on aurait aimé rencontrer à d'autres
niveaux d'un film autrement trop didactique et assertif.
Thomas
WERTH
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