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avec Allociné

 

 

Chuck & Buck
de Miguel Arteta avec Mike White,
Chris Weitz, Paul Weitz, Beth Colt.
USA, 1h36.


Effet du hasard ou volonté marquée de la part du réalisateur ? Toujours est-il que le second film de Miguel Arteta (après Star Maps, en 1997) semble constituer une variation autour du chiffre 2 et de toutes ses déclinaisons narratives : ambiguité, bisexualité schizophrénie, balancement, hésitation, opposition, réunion…

Buck (interprété par Mike White, coscénariste du film) est un concentré de nombre de ces aspects : un homme-enfant de 27 ans, homme de par son état civil et physique, enfant de par son mental. On le voit souvent entouré de ses jouets, une sucette à la bouche, enfant gâté, irresponsable et têtu, prêt à fondre en larmes à la moindre contrariété. En somme, le double négatif de Chuck, son ami d'enfance, devenu un homme d'affaires accompli en route vers le succès professionnel, social et matrimonial.

Un enfant tourné vers le passé face à un homme plein d'avenir - et le clash est bien entendu inévitable. Le temps a substitué un dénommé Charles au Chuck avec lequel Buck allait jusqu'à s'adonner à des relations "homoérotiques" naïves et innocentes - une substitution à laquelle Buck, ancré dans le passé, ne peut se résoudre. Il développera ainsi mille stratagèmes, poursuivra Chuck jusqu'au harcèlement dans le seul but de ressusciter les relations qu'ils entretenaient dans leur jeunesse - un acharnement inquiétant, malsain qui provoquera le rejet grandissant de Chuck...

Le film décrit le parcours initiatique de Buck vers l'âge adulte - un parcours présenté ici comme fait de renoncements. Pour grandir, Buck devra apprendre à faire le deuil de son enfance, à renoncer à ces jouets dont il ne se sépare jamais, à accepter le mariage de Chuck avec sa nouvelle compagne - renoncement et évolution vont ainsi de pair, dichotomie soulignée par une musique ("It's time for a new start") venant accompagner chaque perte subie par Buck dans sa progression vers l'âge adulte.

Deux personnages centraux, l'opposition passé/présent, le double-jeu d'un Charles/Chuck attiré-effrayé par Buck, la paire renoncement-évolution, etc… Le sentiment de dualité est ici, on le voit, plus martelé que suggéré, et plombe un film qui en finit par démontrer plutôt que montrer. Les traits caractérisants sont multipliés jusqu'à l'indigestion. Le thème musical, à valeur de jingle, répété pas moins de cinq fois au cours du film, participe aussi de ce regrettable manque de confiance en la capacité de compréhension autonome du spectateur.

Le personnage de Buck et la peinture qui en est faite restent cependant l'attrait principal de ce film grâce, en partie, au jeu de Jim White. Homme-enfant, Buck est une anomalie, une créature hybride touchante dans sa naïveté et son optimisme inébranlable mais inquiétante, malsaine dans son acharnement et son obsession. Si le film n'évite pas le cliché de la célébration de l'enfance comme un territoire magique et paradisiaque, s'il ne manque pas de glorifier l'être enfant, il souligne cependant l'anomalie du rester enfant, apportant ainsi quelques nuances à son traitement de l'enfance - nuances que l'on aurait aimé rencontrer à d'autres niveaux d'un film autrement trop didactique et assertif.

Thomas WERTH

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