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Comment avez-vous fait pour capter l'atmosphère de Londres
?
J'ai essayé de réfléchir, de comprendre comment Londres était
fabriquée, ce qu'il y avait de fondamentalement différent dans
cette grande ville, qui ne me ressemble pas. Surtout, qu'est-ce
qui fait la force, souvent, de ces grande villes ? Et ça m'a
amené à la question : Qu'est-ce qui fait la force et la vitalité
incroyables du cinéma anglais ? Le but que j'avais, à un moment
donné, c'était de capter quelque chose de cette force. Cela
voulait dire, d'abord, passer par un intermédiaire Anglais.
Je me suis laissé guider par Hanif Kureishi, auteur de London
kills me d'où est tiré le film. Nous avons fait de longues
promenades dans Londres. Ensuite il m'a indiqué des endroits
que je suis allé regarder. J'ai passé des heures à regarder
Londres. Dieu sait si elle est devenue vaste, immense.
J'ai essayé de comprendre, vraiment, et au bout d'un moment
il m'a semblé voir que la société anglaise était, d'une certaine
façon, plus radicale que la nôtre. Les classes, même si ça n'est
pas vraiment des classes, sont très importantes parce que les
gens se définissent par rapport à elles. J'ai compris ensuite,
en travaillant avec les acteurs, l'importance des accents. Un
jour j'ai auditionné un acteur, j'en ai auditionné 150, 200,
celui-là je n'ai pas compris un mot, je ne savais pas quelle
langue il parlait (je ne parle pas très bien anglais, mais quand
même). J'ai dit au directeur de production : "Ca n'est pas la
peine, je ne saurai jamais s'il m'a dit le texte ou pas." Il
m'a répondu : "C'est normal, il a l'accent du Nord." J'ai compris
quelque chose de cette importance des accents quand, justement,
le directeur de production m'a dit : "Mais comment allez-vous
faire avec Kerry Fox (Claire) qui a un accent si fort ?", "Elle
a un accent ?", je ne l'entendais pas. Alors, j'ai bien deviné,
en voyant Mark Rylance, qu'il était Ecossais. J'aurais dit Irlandais,
il paraît que c'est grave. Mais je me suis dit : "Je ne sais
pas ces choses-là, c'est trop compliqué pour moi", et j'ai pris
un coach. Même Marianne Faithfull a pris un accent qui n'est
pas à elle pour jouer son rôle, et on m'a dit : "Mais qu'est-ce
que tu as fait avec Marianne, elle n'a plus le même accent !".
Moi je ne l'entends pas.
J'ai pensé qu'il était absolument important de se plier à cette
loi anglaise, et de l'admettre totalement, sans quoi il n'y
aurait rien qui reviendrait de Londres sur l'écran. C'était
le chalenge, le défi. Je suis quelqu'un qui aime profondément
me poser des défis, et qui aime les relever, bien entendu, réussir.
Je me suis dit, il y a un paysage, une société, et j'ai essayé
de regarder, d'aimer tous ces gens comme ils étaient. J'ai appris
beaucoup. J'ai compris que quand un anglais parle devant 100
anglais et anglaises, 50 ne comprennent pas ce qu'il dit. J'ai
compris des choses qui n'existent plus chez nous, qui sont perdues.
Je pense même avoir des problèmes avec les enfants qui n'ont
pas du tout le même accent que leurs parents. Je pense, par
exemple, que les deux enfants, quand ils prennent leur bain
ensemble, n'ont pas le même accent l'un que l'autre. Je pense
(je vais être mauvais), qu'il est totalement impensable que
l'enfant de Claire ait été élevé par ces parents-là, parce qu'il
venait de la banlieue. Il n'a pas le même accent, il a un accent
de gauche.
J'ai essayé de comprendre, et j'ai essayé d'entendre aussi les
choses. Je les ai aimées profondément. Je suis resté dans les
pubs. Hanif m'a fait visiter ce théâtre, et je reconnais
qu'il y a des choses que je n'aurais pas pu inventer. La porte
où il y a écrit : "Théâtre" et "Toilettes", je n'aurais pas
pu l'inventer. Je l'ai vue, j'ai dit : "C'est formidable", ça
a donné une direction dans le scénario, parce qu'une fois il
va au théâtre, une fois il va pisser (comme quoi le scénario
est un travail assez simple parfois). L'entrée du théâtre, je
l'ai reconstituée dans un autre pub, avec un autre escalier.
Par contre, la salle, je suis allé la reconstituer au centimètre
près, en studio. Voilà, j'ai essayé de m'imprégner le plus que
je pouvais, en ne prétendant pas ni juger ni savoir. J'ai essayé
de regarder. Je pense que, quelques fois, le regard que porte
un étranger sur une ville peut être fructueux parce que, probablement,
peut être même, plus amoureux. Il a un regard extérieur et,
en même temps, plus amoureux de la ville.
La musique est importante dans votre film. Comment est-ce
que le rythme s'impose, pour vous, sur l'image ?
C'est à partir du moment où il y a un premier montage qu'on
peut choisir ou composer une musique. Il me semble que le rythme
est d'abord à l'écriture, que la construction du scénario est
une construction qui a à voir avec le rythme. C'est-à-dire,
forcément, savoir ce qu'est le rythme commun, savoir qu'est-ce
qui permet le rythme, ce qui marque l'alternance des temps forts
et des temps faibles, plus rapides, plus lents. C'est une chose
à laquelle je suis habitué à faire très attention depuis toujours.
En plus, je viens d'un métier, le théâtre, qui a tendance à
être plutôt arythmique. Quand j'ai fait de l'opéra, j'enviais
beaucoup le chef d'orchestre de faire respecter le rythme. Mon
activité s'élaborait plus lentement. Quelques fois, j'ai proposé
à des acteurs, au théâtre, d'essayer d'attraper des catégories
intermédiaires entre le texte et la musique. Il me semble que
cette expérience-là m'a fait comprendre que le scénario devait
être travaillé sur le rythme, d'une certaine façon, de la précipitation
des actions. Et dans l'attention qu'on porte à des fragments
d'action, aussi, sur la dilatation des événements dans la vie.
Ca commence là. Après, le rythme est mis en scène entre la caméra
et les acteurs. On répète énormément et on tourne beaucoup,
ça peut aller jusqu'à 25 prises. C'est qu'elles ne sont jamais
tout à fait pareilles ! On attend qu'il y ait un accord miraculeux
entre le rythme des acteurs et celui du scénario. Quand ça arrive,
on le sait exactement, ça apparaît.
Pouvez-vous nous parler de La ménagerie de verre,
dans ce film ?
J'avais besoin d'une pièce et j'ai choisi celle-là parce que
ce n'est pas un rôle pour Claire. Il y a une erreur de distribution,
elle est trop âgée. Il ne s'agissait pas de parler de son absence
de talent, parce qu'on ne peut pas montrer l'absence de talent
à l'écran. Elle, elle peut dire : "Je n'ai pas de talent", mais
la mise en scène ne peut pas le faire. Je n'ai aucun moyen de
montrer un acteur en disant regardez, il n'a pas de talent.
Pour elle, je me suis dit que la seule chose que je pouvais
montrer c'était le cas de gens qui sont des personnes admirables
dans la vie, d'un engagement incroyable, d'une franchise, d'une
clarté incroyables, et qui ne sont pas des bons acteurs parce
qu'ils ne mettent pas le même engagement sur le plateau que
dans la vie. Ils pensent que sur le plateau, quand on joue,
on peut faire semblant.
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de Flu.
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chronique du film Intimité
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