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Le troisième film produit et réalisé par Clint Eastwood ressort
cette semaine sur les écrans. Échec commercial injustifié lors
de ses premières projection en 1975, il travaille déjà de façon
étonnante les thèmes les plus chers au réalisateur, la vieillesse,
la liberté, l'ouest. Dans une esthétique calme et pondérée,
faite de longs plans et d'une lumière aux teintes oranges, très
particulière aux films des années 70, on suit le personnage
de Breezy jeune hippie qui au hasard de ses rencontres tombe
amoureuse d'un agent immobilier quinquagénaire.
La confrontation de leurs valeurs à priori opposées soutient
un discours de la sincérité. En dessous des masques des a priori
de l'âge et du pouvoir de la propriété, sommeille toujours un
homme sincère. Tout le défi du film consistera en son éveil.
Eastwood, ne nous présente jamais une leçon, ce n'est déjà pas
son habitude. Il pose judicieusement sa caméra et laisse faire
scénario et acteurs qu'il dirige à la perfection. Les sentiments
et révoltes intérieures se dessinent petit à petit sur l'écran.
Les images si douces et tranquilles soient-elles traduisent
dans une métonymie la violence contenue des personnages envers
ces questions cruciales, chacun jouant sa vie et son intégrité.
Cette confrontation amène le spectateur à vivre une proximité
avec les personnages. Interprétés avec une retenue très intimiste,
tous trahissent leurs peurs au détour d'un plan.
Breezy, comme son nom l'indique est libre comme l'air, joyeuse
comme un tourbillon. Sa situation financière l'amène à s'imposer
peu à peu dans la vie de l'agent immobilier. Tout d'abord refuge
et père protecteur, elle reste l'enfant turbulente face à l'homme
mur et agacé. Bouleversant ses habitudes, elle questionne mine
de rien son mode de vie. Ses apparitions au hasard, sa conception
de l'investissement et de la sincérité, modifie le regard d'un
homme sur les rails sociaux du plaisir. Occupé à son succès
et à la conservation de son pouvoir tant physique que social,
ramenant de belles et riches femmes chez lui le temps d'une
soirée de plaisir, il s'arrête face à ce regard neuf sur le
monde, face à une jeune fille ayant traversé les États-Unis
pour voir l'océan pacifique.
D'abord flatté, il ne s'investira dans cette relation amoureuse
qu'au moment où il posera ses armes, lâchera sa peur du ridicule
et la regardera en tant que femme. L'un à l'égal de l'autre,
ayant la même capacité à blesser l'autre, ils se s'épargnent
aucune douleur, aucune question. Après les avoir résolues sans
complaisance, ils se retrouvent pour commencer à se rencontrer
et tisser les liens d'un couple sans apparats.
Anne-Laure
Bell
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