Chroniques

Cinema

dossiers

avec Allociné

Breezy
De Clint Eastwood
Avec William Holden et Kay Lenz


Le troisième film produit et réalisé par Clint Eastwood ressort cette semaine sur les écrans. Échec commercial injustifié lors de ses premières projection en 1975, il travaille déjà de façon étonnante les thèmes les plus chers au réalisateur, la vieillesse, la liberté, l'ouest. Dans une esthétique calme et pondérée, faite de longs plans et d'une lumière aux teintes oranges, très particulière aux films des années 70, on suit le personnage de Breezy jeune hippie qui au hasard de ses rencontres tombe amoureuse d'un agent immobilier quinquagénaire.

La confrontation de leurs valeurs à priori opposées soutient un discours de la sincérité. En dessous des masques des a priori de l'âge et du pouvoir de la propriété, sommeille toujours un homme sincère. Tout le défi du film consistera en son éveil. Eastwood, ne nous présente jamais une leçon, ce n'est déjà pas son habitude. Il pose judicieusement sa caméra et laisse faire scénario et acteurs qu'il dirige à la perfection. Les sentiments et révoltes intérieures se dessinent petit à petit sur l'écran. Les images si douces et tranquilles soient-elles traduisent dans une métonymie la violence contenue des personnages envers ces questions cruciales, chacun jouant sa vie et son intégrité. Cette confrontation amène le spectateur à vivre une proximité avec les personnages. Interprétés avec une retenue très intimiste, tous trahissent leurs peurs au détour d'un plan.

Breezy, comme son nom l'indique est libre comme l'air, joyeuse comme un tourbillon. Sa situation financière l'amène à s'imposer peu à peu dans la vie de l'agent immobilier. Tout d'abord refuge et père protecteur, elle reste l'enfant turbulente face à l'homme mur et agacé. Bouleversant ses habitudes, elle questionne mine de rien son mode de vie. Ses apparitions au hasard, sa conception de l'investissement et de la sincérité, modifie le regard d'un homme sur les rails sociaux du plaisir. Occupé à son succès et à la conservation de son pouvoir tant physique que social, ramenant de belles et riches femmes chez lui le temps d'une soirée de plaisir, il s'arrête face à ce regard neuf sur le monde, face à une jeune fille ayant traversé les États-Unis pour voir l'océan pacifique.

D'abord flatté, il ne s'investira dans cette relation amoureuse qu'au moment où il posera ses armes, lâchera sa peur du ridicule et la regardera en tant que femme. L'un à l'égal de l'autre, ayant la même capacité à blesser l'autre, ils se s'épargnent aucune douleur, aucune question. Après les avoir résolues sans complaisance, ils se retrouvent pour commencer à se rencontrer et tisser les liens d'un couple sans apparats.

Anne-Laure Bell