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Train-train et déjà-vu
A
l'écoute des premiers mots, on prend peur. Cela débute par un
calembour si vaseux qu'il produit un malaise bien involontaire,
mais, heureusement, le film se rattrape avec promptitude. Commence
alors une suite ininterrompue de quiproquos, de tromperies et
de portes qui claquent, dont il serait hypocrite de nier la
drôlerie. Mais, car il y en a un, la bouffonnerie tourne court.
Du film se dégage une gêne qui gâte ses éventuelles qualités.
Il a en effet, comme disent les anglo-saxons, un air de déjà-vu.
Pourtant Bruno Chiche s'est évertué à faire du neuf avec
du vieux. S'il reprend le sempiternel triangle des rapports
amoureux - le mari, la femme, l'amant - c'est pour mieux le
distordre et le décliner sous une forme inédite. Le nombre d'amants
passe de un à deux, deux amants de sexe différents. Barnie trompe
en effet sa femme avec une jeune femme et un jeune homme, les
deux étant inconnus l'un de l'autre. La situation a déjà de
quoi laisser perplexe. Les choses vont néanmoins se compliquer
quand Bernard Barniche - c'est son vrai nom - décidera d'écrire
à chacun une lettre de rupture et, Oh malheur!, intervertira
les enveloppes. On le voit, peu s'en faut pour que nous évitions
le boulevard et ses comédies si originales.
Les concessions à l'air du temps, ce jeu sur l'effacement des
frontières sexuelles, permettent de composer un vaudeville nouvelle
manière. Du moins apparemment, car le sentiment de déjà vu est
là , qui rode de manière sournoise. Il imbibe le film à divers
titres. La présence de Fabrice Luchini en est une facteur manifeste.
Il appartient à cette catégorie d'acteurs, au demeurant très
restreinte, dont les noms recouvrent toujours ceux des personnages
qu'ils interprètent. Il est comme par exemple Jean-Pierre Léaud.
Tous deux possèdent une personnalité si forte, un geste et un
verbe si idiosyncrasiques que, sur l'écran, ils ne peuvent qu'être
eux-mêmes. Ils ne le restent pas au sens classique du terme.
Non, ils servent leur personnages et l'histoire tout en ne pouvant
se détacher de leur identité. Ils n'en sortent pas. De cette
impossibilité, ils font une qualité, un signe qui les met à
côté des autres et les distinguent. Telle est leur force. Luchini
a beau changer de vêtements ou de noms d'un film à l'autre,
c'est toujours lui que nous voyons. Ces retrouvailles sont en
soi source d'un grand plaisir puisque, qu'il le veuille ou non,
elles impliquent une complicité.
A sa présence si hégémonique s'ajoutent des péripéties et des
lieux vus et revus par ailleurs. Le burlesque fait une apparition
dans sa forme le plus physique, celle du slapstick, pendant
que l'Orient-express si cher à Howard Hawks et à Agatha Christie
prend la place de la "guest star". Il est remarquable qu'une
comédie d'apparence si française emprunte tant de traits à la
culture anglo-saxone. Le film se passe en partie à Londres,
l'amant est anglais et quelques mouvements évoque la comédie
américaine des années trente, si justement appelées comédie
du re-mariage.
Les airs, pour variés qu'ils soient, sont donc connus. Mais
ils amusent encore, comme lorsque nous nous égayons à faire
comme si, à imiter par jeu et imagination. Et, en général, une
intrigue se déroulant dans un train produit une griserie que
le bruit des rails ne suffit à expliquer. Et, à force d'en abuser,
il s'use de lui-même.
M.Merlet
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