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avec Allociné

Barnie et ses petites contrariétés
de Bruno Chiche Avec: Fabrice Luchini, Nathalie Baye, Marie Gillain, Hugo Speer. 1h25.


Train-train et déjà-vu

A l'écoute des premiers mots, on prend peur. Cela débute par un calembour si vaseux qu'il produit un malaise bien involontaire, mais, heureusement, le film se rattrape avec promptitude. Commence alors une suite ininterrompue de quiproquos, de tromperies et de portes qui claquent, dont il serait hypocrite de nier la drôlerie. Mais, car il y en a un, la bouffonnerie tourne court. Du film se dégage une gêne qui gâte ses éventuelles qualités. Il a en effet, comme disent les anglo-saxons, un air de déjà-vu.

Pourtant Bruno Chiche s'est évertué à faire du neuf avec du vieux. S'il reprend le sempiternel triangle des rapports amoureux - le mari, la femme, l'amant - c'est pour mieux le distordre et le décliner sous une forme inédite. Le nombre d'amants passe de un à deux, deux amants de sexe différents. Barnie trompe en effet sa femme avec une jeune femme et un jeune homme, les deux étant inconnus l'un de l'autre. La situation a déjà de quoi laisser perplexe. Les choses vont néanmoins se compliquer quand Bernard Barniche - c'est son vrai nom - décidera d'écrire à chacun une lettre de rupture et, Oh malheur!, intervertira les enveloppes. On le voit, peu s'en faut pour que nous évitions le boulevard et ses comédies si originales.

Les concessions à l'air du temps, ce jeu sur l'effacement des frontières sexuelles, permettent de composer un vaudeville nouvelle manière. Du moins apparemment, car le sentiment de déjà vu est là , qui rode de manière sournoise. Il imbibe le film à divers titres. La présence de Fabrice Luchini en est une facteur manifeste. Il appartient à cette catégorie d'acteurs, au demeurant très restreinte, dont les noms recouvrent toujours ceux des personnages qu'ils interprètent. Il est comme par exemple Jean-Pierre Léaud. Tous deux possèdent une personnalité si forte, un geste et un verbe si idiosyncrasiques que, sur l'écran, ils ne peuvent qu'être eux-mêmes. Ils ne le restent pas au sens classique du terme. Non, ils servent leur personnages et l'histoire tout en ne pouvant se détacher de leur identité. Ils n'en sortent pas. De cette impossibilité, ils font une qualité, un signe qui les met à côté des autres et les distinguent. Telle est leur force. Luchini a beau changer de vêtements ou de noms d'un film à l'autre, c'est toujours lui que nous voyons. Ces retrouvailles sont en soi source d'un grand plaisir puisque, qu'il le veuille ou non, elles impliquent une complicité.

A sa présence si hégémonique s'ajoutent des péripéties et des lieux vus et revus par ailleurs. Le burlesque fait une apparition dans sa forme le plus physique, celle du slapstick, pendant que l'Orient-express si cher à Howard Hawks et à Agatha Christie prend la place de la "guest star". Il est remarquable qu'une comédie d'apparence si française emprunte tant de traits à la culture anglo-saxone. Le film se passe en partie à Londres, l'amant est anglais et quelques mouvements évoque la comédie américaine des années trente, si justement appelées comédie du re-mariage.

Les airs, pour variés qu'ils soient, sont donc connus. Mais ils amusent encore, comme lorsque nous nous égayons à faire comme si, à imiter par jeu et imagination. Et, en général, une intrigue se déroulant dans un train produit une griserie que le bruit des rails ne suffit à expliquer. Et, à force d'en abuser, il s'use de lui-même.

M.Merlet