Le
cinéma fantastique actuel n'affiche pas une santé exceptionnelle.
Il se complaît honteusement dans les éditions vidéo de seconde
zone réalisés à la chaîne par des producteurs exploitant le
filon d'un genre au public dévoué. Voici qui s'apparente d'avantage
à un enterrement de première classe qu'à la célébration d'une
catégorie cinématographique autrefois honnie. Et les multiples
parodies post-modernes
au vingtième degré commencent à taper sur les nerfs des spectateurs
les plus patients. Le mépris pour le matériau traité s'affiche
sans complaisance et creuse un peu plus chaque jour la tombe
d'un genre sensuel. L'horreur exige abandon. Pour ressentir
le petit frisson qui parcourt l'échine, la goutte qui perle
sur le front, et tant d'autres signes qui soulignent le malaise,
il convient de se laisser porter. Bien sûr, il est plus facile
de rire que de se laisser gagner par la peur. Des films qui
vous prennent aux tripes, vous fasse douter ou vous fasse
vibrer, il y en a assez peu. Les autres est de ceux-là.
Et moins on en saura en entrant dans la salle, mieux ça sera.
Même si on a la furieuse impression d'assister à une relecture
du Tour d'écrou de Henry James, on ne peut que se laisser
gagner.
Au
lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Grace (Nicole Kidman)
vit seule, en attendant que son époux revienne du front, entourée
de ses enfants atteints d'une curieuse maladie incurable qui
les contraint à ne pas s'exposer à la lumière du jour. Cependant,
afin d'entretenir l'immense château qui leur sert de demeure,
elle embauche un couple de serviteurs accompagné d'une jeune
fille muette. Des éléments extérieurs viendront pertuber la
vie de Grace et de sa famille.
Film
à l'atmosphère pesante, Les autres bénéficie d'une
photographie bien plus aboutie que sur les deux premiers films
de l'Espagnol Alejandro Amenábar,
Tesis et Ouvre les yeux. Le jeune prodige dessine
une œuvre sombre sans être terne, percée par la chevelure
blonde et le teint pâle de Nicole Kidman. L'actrice revêt
l'allure d'une héroïne hitchcockienne, son maintien confine
à la rigidité, la voix est perçante et la diction rigoureuse.
Impeccable jusqu'au bout des ongles, diaphane, elle porte
le film sur ses épaules. Rien de moins.
Gérald
Duchaussoy
Amenàbar, entre Nerval
et Hitchcock
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