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avec Allociné

L'Obscénité et la fureur
de Julien Temple. 
Avec les Sex Pistols. 1h 47


" Nous sommes les fleurs dans la poubelle "
(la chanson God save the Queen, 1977)

Je suis là, tranquillement installé au fond de mon siège. Au calme. Et soudain sur l'écran s'affichent quelques mots anodins… presque sans importance… " La véritable histoire des Sex Pistols "… Sex Pistols ?… Une ou deux secondes d'hésitation… Oh non ! Pas les Sex Pistols ! C'est l'ébullition ! … Voilà quelle fut ma réaction à l'annonce du sujet du film… Avouons-le, je m'attendais au pire… Ce serait un calvaire, pensais-je. Comment tenir le choc pendant deux heures d'un documentaire exclusivement consacré à ce groupe phare des années 70 quand on n'est pas spécialement un aficionado de la culture anglaise, et moins encore de la musique punk ? Il ne me restait plus qu'à m'endormir en faisant abstraction du bruit et… du bruit. 

Et bien je dois admettre - et cette confession me coûte - que je me suis lourdement trompé. Sur toute la ligne. Les coupes tendance iroquois, le côté blouson noir et la croix gammée en exergue, ce n'était pas forcément ma tasse de thé. Là, où les punks passent, pensais-je, la musique trépasse. Le réalisateur Julien Temple a réussi (le temps de ce film, je précise) à me convertir à la mythologie des Sex Pistols. Un bref coup d'œil sur sa carrière pour s'apercevoir qu'il n'est pas à son premier coup d'essai, puisque au cours des années 80, il avait déjà tourné une fiction-documentaire sur les rois de la provocation, intitulé La Grande Escroquerie du rock'n'roll. Grâce à de vieux morceaux de pellicule remis au goût du jour (images d'archives, publicités, bulletins des journaux télévisés…), le réalisateur nous plonge dans l'Angleterre de la classe laborieuse sous la coupe d'un conservatisme pur jus. Les Sex Pistols ont laissé des traces dans la culture anglaise et pas des moindres. Décrié, conspué, décrit comme une bande de trublions exubérants, le groupe mythique s'est prêté à toutes les polémiques. " Tous les documentaires jamais tournés sur des groupes montrent que tout baigne, que tout est super. C'est faux. C'est l'enfer ", confie, en guise de préambule, Johnny Rotten, l'ex-chanteur du groupe.

Insultes, crachats, irrévérences et violence, délires scatologiques, les Sex Pistols ont donné naissance au mouvement punk londonien. La folle association de cinq gamins que rien ne prédestinaient à la musique n'aura duré que l'espace de 26 mois et d'un seul album. Quand on sait que le groupe a débuté avec des instruments " volés " aux stars du moment - les Rolling Stones, Bowie ou Stewart - ça nous laisse rêveur sur la suite. 
Le lendemain d'un passage du groupe à la télévision, dans une émission à l'audience énorme, le Mirror titre à sa une : " The Fift and the Fury ", traduisez l'obscénité et la fureur. Comme le montre le documentaire de Temple, ils n'y sont effectivement pas allés de main morte avec le présentateur de l'époque.
La tension monte, les autorités politiques s'en mêlent. Les Sex Pistols défrayent la chronique à chacune de leurs apparitions. En dépit d'un boycottage des médias, " God Save the Queen " devient numéro un des ventes de 45 tours. Les responsables du hit-parade refusent d'inscrire le nom du groupe de coléreux sur les charts. Résultat immédiat : la première place sera donc laissée en blanc pour la seule et unique fois dans l'histoire du hit-parade ! 

Sur un rythme allegro, le documentaire revisite le passé, les entretiens avec certains membres du groupe et s'évertue à aller au fond du problème. Temple soulève le voile sur des coins d'ombre. Il élargit son point de vue sur toute la vague punk et finit par se demander si l'après Sex Pistols n'est pas qu'une mascarade, une manifestation de plus de l'esprit de meute. Les Sex Pistols prônait une totale intégrité physique et mentale et c'est pourquoi ils se sont arrangés " pour scandaliser tous ceux qui [les] faisaient chier ". Scandale et provocation n'étaient somme toute que les ressorts d'une quête identitaire. Alors, les écussons à l'effigie du groupe, les tee-shirts, les affiches et autres objets collectors, tout cela n'était que pure futilité. Et si, incontestablement, les Sex Pistols sont à l'origine de l'esprit punk, jamais, ils ne se sont reconnus dans ce qu'ils avaient engendré, c'est-à-dire un mouvement grégaire, dépourvu d'âme et complètement uniforme. 

Anthony Dufraisse