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avec Allociné

Sade
Avec Daniel Auteuil, Marianne Denicourt, Jeanne Balibar, Gregoire Colin, Isild le Besco
Réalisé par Benoit Jacquot


Fade

1794: Sade (Daniel Auteuil) croupit dans la prison de Saint- Lazare. Entre les rats et les autres prisonniers, il redoute sa condamnation. A ses premiers plans lugubres, aurait pu succéder le classique retour en arrière ramenant le personnage à son enfance pour mieux le conduire jusqu'à sa mort. Mais Jacquot préfère attraper Sade dans sa maturité et le film continue sa course jusqu'au pensionnat surveillé où le Marquis a été transféré. Mais la suite s'avère moins heureuse. Alors que Sade se dresse contre la rigueur morale de sa société en empruntant des chemins de traverse, le film se fourvoie dans l’académisme et la tradition française. Une pléiade de comédiens utilisés en faire-valoir (Jeanne Balibar, Jean-Pierre Cassel, Jallil Lespert…), peuple les couloirs du pensionnat et entoure Daniel Auteuil pour mieux lui donner la réplique. Afin d'éviter les clichés de la biographie filmée, Jacquot s'attache à représenter le contexte politique de l'époque, montant parallèlement aux aventures de Sade, celles d'un jeune partisan de Robespierre. Mais à force de compter les morts sous la Terreur, Jacquot s’égare dans une simple reconstitution historique. Il ne lui reste alors plus beaucoup de séquences pour traiter du libertinage. Les principes de Sade se voient donc résumés en quelques maximes alimentant les dialogues, égrenées au long du film par le Marquis : « suivez votre instinct », «c'est seulement en côtoyant à l’excès qu’on trouve la liberté »… Et comme le sexe doit tout de même être évoqué à l’image, sont insérés deux ou trois gros plans du godemiché d’ébène du Marquis. Et puis, il y a la scène d'éducation d'Emilie (Isild le Besco), promise par des affiches aguichantes et préparée dès le début par un suspens insistant. Mais ce qui aurait pu être une transposition coquine de La philosophie dans le boudoir, n'offre qu'une scène froide et bien peu excitante. Bridé par un metteur en scène trop chaste, Auteuil contient fiévreusement les fougues et les pulsions du Marquis. Habillé d’une veste rouge, les cheveux en bataille et le regard brûlant, il diabolise son personnage. Réminiscence d’un Satan joué pour Josiane Balasko dans une autre vie (Ma vie est un enfer). Et du philosophe libertin, grand jouisseur des plaisirs de la chair, il ne reste sur l'écran que le portrait d'un 
beau parleur ironisant au rythme des têtes qui tombent.

Laure Charcossey