|









|
Lire aussi l'interview
de Laurent Cantet |
Ressources humaines
de Laurent
Cantet
Avec
Jali Lespert - Jean-Claude Vallod
France - Durée : 1h40 - 1999 |

|
|
>Gagnez
le Scénar de
Ressources humaines.
(Jeu-concours ouvert jusqu'au 26.10.2000) |
(Res)sources de vie
Etudiant en école de commerce à
Paris, Franck choisit de faire un
stage dans une usine de sa petite ville natale, dans laquelle travaille son père depuis
trente ans en tant quouvrier. Il est affecté aux ressources humaines dans cette
entreprise prospère qui doit négocier les 35 heures. Accueilli avec gêne voir jalousé
par ses anciens amis devenus ouvriers, il est par contre apprécié de ses supérieurs.
Plein de bonne volonté, fort de ses acquis scolaires, il tente un passerelle entre le
patronat et monde
syndical par la voie dun
questionnaire sur les 35 heures. Mais il va sapercevoir que son action
nintéresse pas grand monde et surtout quelle sert de paravent à un projet de
licenciement de douze personne, dont son père.
Présenté comme ça, Ressources
Humaines ne serait
quun film social de plus. Une démonstration vaine par un jeune homme gentiment de
gauche, les bons ouvriers d'un côté, les méchants patrons de l'autre. Mais Laurent
Cantet, déjà remarqué pour son moyen-métrage Les Sanguinaires, est clairement
un cinéaste, s'interrogeant sur le rôle et lintérêt de son travail. Plus
quun film sur le chômage, les 35 heures et les licenciements abusifs, Ressources
Humaines est axé sur ce qui lie les êtres entre eux.
Lusine est une sphère
intime dans laquelle les rapports de classe, les conflits générationnels, idéologiques
et familiaux sexpriment avec évidence et clarté. Laurent Cantet donne une
consistance à ce condensé de société et dhumanité en le filmant avec sensibilité et intelligence. Sobre et
effacé jusquà la transparence, la mise en scène fait surgir la part sensitive des
événements et des rapports sociaux sans jamais tomber dans le sentimentalisme mièvre.
Le cinéaste a cependant un point de vue et va lexprimer sans équivoque. Mais
jamais ce parti pris ne tente de conquérir le spectateur par le chantage émotionnel, sa
cohérence idéologique. Refus du film bien pensant, refus de laspect documentaire,
refus du film propre et posé, Laurent Cantet assume son point de vue, préfère le
discutable à la démonstration.
De ce
bouillonnement vital vont jaillir de manière éblouissante les rapports entre
Franck et son père. Ce dernier a fait beaucoup de sacrifices pour que son fils
réussisse. Mais cette volonté de succès est fondée sur une ambiguïté que ne supporte
pas Franck, la honte de sa classe, ladmiration et le respect archaïque du patronat
que son père a voulu lui inculquer. Dabord conciliant par rapport à son père,
acceptant ses faiblesses et ses défauts, Franck ne peut pas accepter que le père refuse
de faire grève par peur, entre autre, que son fils en subisse les conséquences. Cette
violence, dabord larvée, des rapports entre les deux êtres, puis la cruauté de
lexplosion, sont absolument bouleversants de justesse.
Franck est un personnage qui
cherche sa place, construisant une identité, la sachant éphémère, mais quil veut
la plus juste possible, tiraillé entre le lien défait de ses origines et son avenir, sa culture et ses actes. Admirablement
interprété par Jalil Lespert, seul acteur professionnel parmi les amateurs, Franck est
aussi lincarnation du réalisateur par rapport à son uvre.
Comme lui, le cinéaste a
essayé de mettre sa connaissance et son idéalisme au profit dune cause. Et comme
lui, il a accepté davoir à tout remettre en question, de se salir, de parler de ce
qui fait vraiment mal, de risquer léchec et son avenir. Et comme lui, il a réussi
son uvre. Son avenir est ailleurs et il sera grand.
Christophe Regin |
|
|