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Pas de scandale
de Benoît Jacquot
Scénario : Benoît jacquot
et Jérôme Beaujour
Image : Romain Winding
Décors : Sylvain Chauvelot
Avec : Fabrice Luchini (Grégoire Jeancourt), Isabelle Huppert (Agnès Jeancourt),
Vincent Lindon (Louis Jeancourt), Vahina Giocante (Stéphanie), Sophie Aubry (Véronique),
Andréa Parisy (Mme Jeancourt).
Durée : 1h43 |

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Grégoire Jeancourt, patron dune entreprise de 8 000 personnes, sort de prison
après un séjour de quatre mois. Convaincu dabus de bien social, il paie pour sa
caste le prix des petits arrangements grâce auxquels les grands bourgeois appréhendent
le bien public comme leur propre patrimoine. Replongé violemment dans la vie courante de
la centrifugeuse parisienne, Grégoire flotte au-dessus du monde et des gens. Fabrice
Luchini incarne à sa façon ce bourgeois borderline, souvent drôle, rêveur, joueur
libéré animé de mille pensées. Les yeux grand ouverts, apportant avec lui le silence
chargé de lobservateur philosophe. Il découvre un monde dans lequel il ne
sétait jamais donné la peine dentrer, où les coiffeuses sortent avec des
loubards tandis que les gens sans chauffeur prennent le métro. Bienveillant, mutin, neuf,
Grégoire trouble sa femme et son frère, journaliste vedette de la télévision, emporté
par le flot quotidien des obligations et des tracas domestiques. Vincent Lindon est drôle
et attachant en cocker nostalgique de lenfance, où les frères peuvent tout
partager sans avoir à se le dire. Là, il suivra malgré lui lenseignement de
Grégoire, décidant in fine demprunter lui aussi la voie de la vérité et
du détachement. La vie est finalement plus simple quand on sen moque.
Pas de scandale
a suscité autant déloges que de critiques. Les uns comme les autres sont justes,
dans la mesure où, au-delà du film, ils décrivent lambiguïté des univers
bourgeois et ses ruptures de rythme. Le XVI° arrondissement et ses rues faussement
animées offrent un cadre idéal aux turpitudes de ces gens biens effrayés par le
scandale, préférant les secrets de familles ancestraux aux mots prononcés trop fort.
Dans les vastes appartements de larrondissement, les rapports humains sont
compliqués, et faire à nouveau lamour avec sa femme relève dune épopée
tragi-comique. Lorsque Grégoire finit par demander à sa femme la permission de la
rejoindre au lit, celle-ci lui répondra par un accord castrateur (" vous
navez plus quatre ans, mon ami "). Isabelle Huppert finit, mais cest
sans doute lobjectif, par agacer dans son rôle de bourgeoise nihiliste et distante,
réfugiée dans les apparences pour éviter de sinterroger sur le sens de sa vie.
Belle mais finalement peu passionnante, celle qui vouvoie son mari mais tutoie son
beau-frère finit en simple spectatrice du monde moderne (" je ne reste pas, je
suis en double file ").
Le trait de génie
du film réside sans doute dans le bouleversement introduit par la mise à lécart
du personnage clef de ce microcosme. Comme Martin
Guerre, il est parti et revient dans un monde qui a changé, qui peut
sorganiser et se perpétuer sans lui. Mais, contrairement à Martin Guerre,
Grégoire nest parti que quatre mois, à peine une saison. Cet échappement,
paradoxalement offert par la prison, suffit pour redécouvrir avec un il neuf la
société ainsi que son entourage et à provoquer une remise à plat de ses projections
existentielles.
Kz |
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