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avec Allociné

L'Arche de Noé
de Philippe Ramos. Avec Philippe Garziano - Emmanuelle Cornet - Jean-Claude Montheil
Comédie 
France - Durée : 0h55 - 1999


Philippe Ramos est sur une voie ascendante. Je ne fais pas ici allusion aux références bibliques qui ponctuent L’Arche de Noé, et surtout Ici-bas, court-métrage présenté en complément de programme, mais à une courbe représentant son ascension vers l’art, le beau, le bien, tel l’homme sortant peu à peu de sa caverne, tel cet homme des lumières persuadé d’être engagé sur la voie d’un progrès en marche et sans fin...

Ici-bas, 20mn montre en main...

La vie des prêtres n’est pas réputée pour être follement excitante. Et pourtant, c’est cette vie que choisit l’homme dont on va suivre les pensées tout au long de ce film. Il ne croit pas en Dieu, mais il a perdu sa mère (ce qui explique tout...). Pour ses paroissiens, c’est un curé exemplaire, tout du moins de l’extérieur, jusqu’à ce qu’une créature du diable, je veux parler d’une femme bien sûr, fasse irruption dans sa vie.
Au risque de passer pour une hérétique forcenée, il y a des fois où la parole dictée du Très-Haut laisse froid. Si la beauté de certains cadrages et la présence des acteurs donnent du poids au cinéma de Ramos, il n’en reste pas moins que son verbe, omniprésent jusqu'à la nausée, agace. Etait-il besoin d’en faire tant pour nous donner la mesure du dégoût de l’existence qui habite le personnage principal ?

Car derrière les mots, que dis-je, sous la couche de mots, il y a un regard, une sensibilité, quelque chose qui dit, pardon, qui montre qu’il y a un vrai cinéaste derrière la caméra. La citation de Sous le soleil de Satan, par exemple, m’a tout d’abord fait peur ; j’ai cru à du repiquage besogneux, à du copié collé. Mais je me trompais : ce plan de campagne sur laquelle se met à onduler la robe d’un curé qui vient vers nous est une citation dévoyée, que s’est réappropriée le cinéaste, car ce curé de campagne est confiné sur l’extrême gauche du champ, comme au bord du gouffre. D’ailleurs, la caméra de Ramos ne fait pas de cadeau à ses personnages. En pratiquant le décadrage quasi systématique, ils ne sont jamais loin du hors champ, un hors champ monstrueux qui les engloutit parfois (cf. la tentative de strangulation et de lapidation de la femme pécheresse: cette Fançoise-Madeleine qu’on a bien pris soin de nous présenter comme une dévoreuse d’hommes) avant de les recracher éreintés et blessés, jamais indemnes.

Mais il n’empêche, malgré tous les éléments qui prouvent que Ramos fait du cinéma, ce collage verbal sur l’image ennuie et horripile, comme une nuisance.


L’Arche de Noé, enfin du silence !

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, Ramos a une patte, une signature, une idée de l’art et il s’y tient. On retrouve ainsi dans L’Arche de Noé de beaux cadrages, avec toujours un travail sur les limites (personnages sur les marges, de la vie comme des plans), comme si ce qui est à l’extérieur de l’image l’intéressait d'avantage.

Si les trois acteurs principaux ont de la présence et un certain charisme, le ton monocorde de la plupart des dialogues et leur tempo à l’identique tout au long du film met à l’épreuve le spectateur déjà éprouvé. Et il faut bien dire qu’après Ici-bas, on devient intolérant : il faudrait que le film soit lancé tout de suite, qu’il nous captive dès la première minute, bref, qu’il n’y ait pas d’effort à faire, qu’il soit presque du cinéma pop-corn jetant de la poudre aux yeux à tire-larigot. Mais après avoir lutté avec soi-même, en se disant qu’Ici-bas date quand même de 1997, on peut se laisser aller à suivre les personnages. On peut se laisser aller à faire l’effort de franchir ce mur du silence qui les sépare l’un de l’autre. Mais surtout, on regrette que ce film soit présenté dans la foulée d’Ici-bas.

N’étant pas tout à fait insensible au cinéma de Ramos (la preuve : il m’horripile par moment), j’attends son prochain film en me disant qu’avec le temps les histoires qu’il raconte vont prendre de l’épaisseur, mais qu’il possède déjà l’essentiel : un regard. Parce qu’un film n’est pas  seulement un scénario et qu’un réalisateur se doit de véhiculer un imaginaire fort…


Alexandra Borsari