Philippe Ramos est sur une voie
ascendante. Je ne fais pas ici allusion aux références bibliques qui
ponctuent LArche de Noé, et surtout Ici-bas, court-métrage présenté en complément de programme,
mais à une courbe représentant son ascension vers lart, le beau, le bien, tel lhomme sortant peu à peu de sa caverne, tel cet homme des lumières persuadé
dêtre engagé sur la voie dun progrès en marche et sans fin...
Ici-bas, 20mn montre en
main...
La vie
des prêtres nest pas réputée pour être follement excitante. Et pourtant,
cest cette vie que choisit lhomme dont on va suivre les pensées tout au long
de ce film. Il ne croit pas en Dieu, mais il a perdu sa mère (ce qui explique tout...).
Pour ses paroissiens, cest un curé exemplaire, tout du moins de lextérieur,
jusquà ce quune créature du diable, je veux parler dune femme bien
sûr, fasse irruption dans sa vie.
Au risque de passer pour une hérétique forcenée, il y a des fois où la parole dictée
du Très-Haut laisse froid. Si la beauté de certains cadrages et la présence des acteurs
donnent du poids au cinéma de Ramos, il nen reste pas moins que son verbe,
omniprésent jusqu'à la nausée, agace. Etait-il besoin den faire tant pour nous
donner la mesure du dégoût de lexistence qui habite le personnage principal ?
Car derrière les
mots, que dis-je, sous la couche de mots, il y a un regard, une sensibilité, quelque
chose qui dit, pardon, qui montre quil y a un vrai cinéaste derrière la
caméra. La citation de Sous le soleil de Satan, par exemple, ma tout
dabord fait peur ; jai cru à du repiquage besogneux, à du copié collé.
Mais je me trompais : ce plan de campagne sur laquelle se met à onduler la robe dun
curé qui vient vers nous est une citation dévoyée, que sest réappropriée le
cinéaste, car ce curé de campagne est confiné sur lextrême gauche du champ,
comme au bord du gouffre. Dailleurs, la caméra de Ramos ne fait pas de cadeau à
ses personnages. En pratiquant le décadrage quasi systématique, ils ne sont jamais loin
du hors champ, un hors champ monstrueux qui les engloutit parfois (cf. la tentative de
strangulation et de lapidation de la femme pécheresse: cette Fançoise-Madeleine
quon a bien pris soin de nous présenter comme une dévoreuse dhommes) avant
de les recracher éreintés et blessés, jamais indemnes.
Mais il
nempêche, malgré tous les éléments qui prouvent que Ramos fait du
cinéma, ce collage verbal sur limage ennuie et horripile, comme une nuisance.
LArche de Noé,
enfin du silence !
Quon aime ou
quon naime pas, Ramos a une patte, une signature, une idée de lart et
il sy tient. On retrouve ainsi dans LArche de Noé de beaux cadrages,
avec toujours un travail sur les limites (personnages sur les marges, de la vie comme des
plans), comme si ce qui est à lextérieur de limage lintéressait
d'avantage.
S i les trois acteurs principaux ont de la présence et un certain
charisme, le ton monocorde de la plupart des dialogues et leur tempo à lidentique
tout au long du film met à lépreuve le spectateur déjà éprouvé. Et il faut
bien dire quaprès Ici-bas, on devient intolérant : il faudrait que le
film soit lancé tout de suite, quil nous captive dès la première minute, bref,
quil ny ait pas deffort à faire, quil soit presque du cinéma
pop-corn jetant de la poudre aux yeux à tire-larigot. Mais après avoir lutté avec
soi-même, en se disant quIci-bas date quand même de 1997, on peut se
laisser aller à suivre les personnages. On peut se laisser aller à faire leffort
de franchir ce mur du silence qui les sépare lun de lautre. Mais surtout, on
regrette que ce film soit présenté dans la foulée dIci-bas.
Nétant pas
tout à fait insensible au cinéma de Ramos (la preuve : il mhorripile par moment),
jattends son prochain film en me disant quavec le temps les histoires
quil raconte vont prendre de lépaisseur, mais quil possède déjà
lessentiel : un regard. Parce quun film nest pas seulement un
scénario et quun réalisateur se doit de véhiculer un imaginaire fort
Alexandra Borsari
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