interview
de Julie Gayet
Nag est une prostituée.
Elle aime Simon, commissaire de police. Un soir, dans la lumière électrique d'un
escalier d'immeuble, jaune, criard, il la frappe. Au rouge de sa robe, de ses lèvres,
s'ajoute celui du sang sur son visage. Elle tombe en entraînant Simon dans sa chute. Nag
se retrouve alors à l'hôpital où Hervé, un jeune infirmier, s'éprend d'elle. Le film
suivra, en parallèle, la femme qui se cache et ses deux soupirants qui la cherchent. A
travers ces trois points de vue, nous découvrirons l'univers haut en couleurs d'une
prostituée de banlieue parisienne, sa mère, ses copines, ses clients, ses repères.
Nag, la
bombe est l'observation à la fois rigoureuse et fantasmatique des répercussions du
désir sexuel et amoureux dans la vie sociale. Inversement, les répercussions de la vie
sociale dans la vie intime. Cette relation entre les deux plans d'existence est rendue
simple et possible grâce au personnage de Nag. Femme, amoureuse, prostituée, elle
explique qu'elle ne veut pas arrêter de travailler pour construire son couple. Cette
résolution de s'assumer pleinement et d'être indépendante par rapport à l'homme
qu'elle aime pose problème.
On sent, de la part du
réalisateur un véritable amour des acteurs. Son film est comme une sorte d'écrin qui
voudrait leur permettre de s'épanouir. Très écrit, chaque rôle porte un univers
refermé sur le comédien qui l'interprète. Le jeu des acteurs et celui du scénario
consiste à maintenir l'autonomie de chaque personnage, à mettre en avant sa
singularité, et à l'ouvrir sur les autres en fonction des croisement, des interactions
entre leurs univers. Un film sur la rencontre.
Hélène
Raymond |