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avec Allociné

Mifune,
Dogme III
de Soren Kragh-Jacobsen

Avec Anders W. Berthelsen, Sidse Babett Knudsen, Iben Hjejle, Jesper Asholt, Sofie Grabol
Film danois, Comédie dramatique (1999). Durée : 01h 38mn


Mifune est le dernier chef d’œuvre issu du cinéma danois contemporain, dans la veine de Festen et des Idiots. Il s’inscrit explicitement dans cette lignée, le sous titre ‘Dogme III’ indiquant que Soren Kragh-Jacobsen a construit son film selon les règles fixées par le club de cinéastes avant-gardistes auquel appartiennent Thomas Vintenberg et Lars Von Triers, Dogma 95.

Les réalisateurs adhérant à Dogma 95 doivent appliquer à la lettre les 10 commandements cinématographiques établis en 1995. Le réalisateur ne doit notamment pas utiliser de décors, il ne peut pas ajouter du son autre que celui qui existe sur le tournage, il doit tenir la caméra à l'épaule, les lumières artificielles sont interdites, ainsi que les filtres, les armes, les meurtres. En adoptant ces contraintes formelles et thématiques, les cinéastes du Dogme veulent faire émerger un cinéma collectif où le réalisateur ne doit plus se considérer comme un créateur mais comme un observateur du présent, même au détriment de l'esthétique et du bon goût.

Jeune cadre dynamique et performant, Kresten (Anders W.Berthelsen) vit à Copenhague ou il est promis a une brillante carrière. Mais, le lendemain de sa lune de miel, vécue intensément avec Claire (Sofie Grabol), la fille de son patron, un appel téléphonique vient bouleverser ce destin. Son père est mort. La nouvelle est embarrassante pour Kresten, qui a laissé croire à ses proches et à sa femme qu'il n'avait plus la moindre famille. Le retour a la ferme familiale, délabrée et sale, isolée sur l'île de Lolland, est rude. Il y retrouve son frère aîné, Rud (Jesper Asholt), un simple d'esprit qui attend la venue des extra-terrestres et qui sait pouvoir compter, en cas de problèmes, sur Mifune, le valeureux samouraï qui habite à la cave, et à qui Kresten donne vie en lui prêtant sa voix. Incapable d'assumer ses origines de plouc, dépassé par les événements et impatient de retrouver sa vie trépidante à Copenhague, Kresten décide de faire appel à une gouvernante. Lorsque la très belle et très séduisante Liva (Iben Hjejle) arrive, tout change : l’humeur de Rud s’améliore et l’impatience de Kresten se calme. Call-girl soucieuse de se mettre au vert, Liva apporte pourtant ses propres tracas dans ses bagages, sans que Kresten et Rud ne le sachent. L’histoire se complique encore lorsque Claire, qui brûle de retrouver son mari, se présente dans cette maisonnée un peu spéciale, accueillie par une gouvernante sexy et un simple d’esprit vêtu d’un slip et d’une cagoule.

Grand Prix du jury et Ours d'argent à Berlin en 1999, Mifune est un film beau, drôle et touchant. Profondément humains et généreux malgré leurs inquiétudes respectives, les personnages offrent un visage intense. Autour d’eux, la campagne danoise est superbe, capturée avec une simple caméra numérique portée à l’épaule. Les chaumes, la forêt, les couchers de soleil, les murs, de pierre ou de bois, frappés de biais par le soleil, restituent de superbes images, pleines de quiétude. Au milieu de ce décor, Liva (Iben Hjejle) est d’une beauté indescriptible. Le grain de sa peau, l’expression de son visage et sa silhouette riante (il faut la voir en bottes, salopette et fichu) la transforment en un objet de désir étrangement proche. La façon dont elle est filmée donne l’impression qu’en tendant les lèvres, on pourrait l’embrasser.

Kz

Pour en savoir +

http://www.mifune.dogme3.com/
www.dogme95.dk
http://www.berlinale.de/english.html

A noter

Un Dogma 4 est en projet, réalisé par Kristian Levring, le quatrième signataire de la charte Dogma en 95. Le réalisateur, danois encore, souhaite revisiter l’histoire du roi Lear dans un film intitulé The King is alive. Le succès des films issus de ce mouvement attire désormais de nombreux réalisateurs. Un Dogma 5, intitulé House of Klang, serait déjà en préparation par Paul Morrissey. Cet événement marquerait le retour du réalisateur américain après onze ans d’absence et la sortie du premier Dogma en langue anglaise. Enfin, Jean-Marc Barr vient également d'écrire et de réaliser son premier long métrage selon les principes de la charte, Lovers. Pour cela, il a du obtenir l'accord des quatre signataires. Elodie Bouchez y tiendra le rôle principal, dans une histoire où il est question d'un coup de foudre entre une Française et un Yougoslave (Sergej Trifunovic).