Savoir vivre avec le présent
"Le
cinéma libanais va très mal". Cest le douloureux constat de Khalil Joreige.
Même sil est vrai que les films libanais se font rares sur nos écrans, il est
difficile de croire ce jeune metteur en scène après avoir vu Autour de la maison rose,
long métrage quil a co-réalisé avec Joana Hadjithomas.
A Beyrouth, deux
familles de réfugiés squattent depuis le début du conflit un vieux palais communément
appelé la maison rose. Mais le nouveau propriétaire de lhabitation décide
de les expulser pour construire à la place du palais un gigantesque centre commercial.
Tout le quartier va alors se diviser en deux clans, pour ou contre ce grand projet de
rénovation
.
Autour de
la maison rose nest pas un film sur la guerre. Même si les traces en sont
encore visibles à lécran, les personnages ne semblent pas en être affectés. Les
impacts de balle, les éclats dobus, sont recensés, photographiés, mémorisés,
mais ne sont en aucun cas diabolisés. La guerre, par cette présence insidieuse, se fait
inévitablement oublier. Le discours dAutour de la maison rose est donc
très original, car il place cet événement de telle façon quil nous semble
lointain, alors quil est si proche. Cette distance laisse une grande place au
présent. Nous sommes bel et bien après la guerre, dans cette période douloureuse qui
voit bien souvent se mettre en place les tentatives successives de reconstruction, les
essais de retour à la vie normale. En refusant de se voiler la face, de se cacher la
vérité, Joana Hadjithomas et Khalil Joreige portent un regard sans concession sur cette
période daprès guerre avec un réalisme convaincant et saisissant.
Le film, qui
représentera le Liban aux Oscars 2000, recherche le regard du spectateur plus quil
ne lattend. Sans pour autant nous prendre à témoin, les réalisateurs nous
emmènent sur de multiples pistes narratives sans jamais nous perdre. Libre à nous, par
la suite, de piocher ça et là les éléments qui nous intéressent le plus : une
histoire damour, des conflits familiaux, la place des réfugiés, le rôle de la
télévision et des médias
autant de chemins qui soffrent à nous, simples
spectateurs, mais qui parfois se dérobent sous nos pieds. En effet, qualités et
intérêts de ces différentes pistes sont inégales (ce qui était quasiment
inévitable). Le risque est alors de ne jamais réussir à nous séduire entièrement. Par
trop de richesses, peuvent parfois subsister des doutes ou des hésitations. Mais
heureusement, lensemble du film reste très attractif. Autour de la maison rose
est un film réaliste qui sollicite le regard actif du spectateur.
Si vous, spectateur,
nêtes toujours pas décidé à aller voir cette "essence libanaise", je
vous invite à suivre notre rencontre avec un des deux metteurs en scène, Khalil Joreige,
pour qui réflexion rime avec communication. Un auteur impressionnant qui sait
parfaitement ce quil fait et pour qui il le fait.
Jonathan Lecarpentier
interview de Khalil Joreige |