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avec Allociné

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La captive
De Chantal Akerman
Avec Stanislas Merhar, Sylvie Testud
France – 1h48 – Couleur.


Le geôlier porte le nom de Simon. Un jeune homme torturé par une prisonnière (le film est une adaptation de Proust) dont il aimerait percer le secret d’un sourire surpris un jour à travers l’objectif d’une caméra super 8. Ariane, la captive en question, ne lui donne jamais la vérité et la franchise d’un tel sourire. Elle le fuit sans cesse par des mensonges, des regards vides et des mots dénués du moindre sentiment. «Voulez-vous que je vienne Simon ?» Lui demande elle ainsi, quand la jeune femme sent qu’il la désire.

En fait ce couple n’est qu’un simulacre dans lequel chacun tente de sauver les apparences, par pitié pour l’autre. Mais la caméra d’Akerman, elle, ne ment pas. Le couple ne partage que rarement les mêmes plans. Le reste du temps, Simon prend Ariane en filature dans ce qui apparaît comme un hommage au "Vertigo" d’Hitchcock. Dans ces moments, la distance entre le suiveur et la suivie, donne de la femme une image lointaine et inaccessible digne de la Carlotta, la femme au portrait du film d’Hitchcock qu’Akerman va jusqu’à reproduire à travers une sculpture.
Dans ce jeu de martyres, une scène vient particulièrement dénoncer la mascarade qui se joue entre eux. Celle, sublime, du bain qui les voit séparés par une vitre aux motifs déformants. Simon tente de caresser l’image floue du corps nue de son amante. Seulement, même protégée par cette barrière, le corps d’Ariane échappe continuellement à ce contact fictif. Et quand, plus tard, le jeune homme tente de posséder Ariane, il n’y parviendra que durant son sommeil. Prenant un plaisir tout égoïste à se frotter contre elle jusqu’à la jouissance.

"La captive" n’est en fait rien d’autre que le récit d’une évasion. Celle d’Ariane qui parvient malgré Simon, l’inquisiteur de son âme, à garder à jamais sa part de ce que l’on nomme «le mystère féminin».

Yves Le Corre

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