Le geôlier porte le nom de Simon. Un jeune homme torturé par une
prisonnière (le film est une adaptation de Proust) dont il aimerait percer le secret dun sourire
surpris un jour à travers lobjectif dune caméra super 8. Ariane, la captive en question, ne lui donne jamais la vérité et la franchise dun tel sourire. Elle le fuit sans
cesse par des mensonges, des regards vides et des mots dénués du moindre sentiment. «Voulez-vous que je vienne Simon ?» Lui demande elle ainsi, quand la jeune
femme sent quil la désire.
En fait ce couple nest quun simulacre dans lequel chacun tente de sauver les apparences, par pitié pour lautre.
Mais la caméra dAkerman, elle, ne ment pas. Le couple ne partage que rarement les mêmes plans. Le reste du temps, Simon prend Ariane en filature dans ce qui
apparaît comme un hommage au "Vertigo" dHitchcock. Dans ces moments, la distance entre le suiveur et la suivie,
donne de la femme une image lointaine et inaccessible digne de la Carlotta, la femme au portrait du film dHitchcock quAkerman va jusquà reproduire à travers une sculpture.
Dans ce jeu de martyres, une scène vient particulièrement dénoncer la mascarade qui se joue entre eux. Celle, sublime, du bain qui les voit séparés par une vitre aux
motifs déformants. Simon tente de caresser limage floue du corps nue de son amante. Seulement, même protégée par cette barrière, le corps dAriane échappe
continuellement à ce contact fictif. Et quand, plus tard, le jeune homme tente de posséder Ariane, il ny parviendra que durant son sommeil. Prenant un plaisir tout
égoïste à se frotter contre elle jusquà la jouissance.
"La captive" nest en fait rien dautre que le récit dune évasion. Celle dAriane qui parvient malgré Simon, linquisiteur de son âme, à garder à jamais sa part de ce que
lon nomme «le mystère féminin».
Yves Le Corre |