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Le Labyrinthe des rêves
de Sogo Ishii
avec Rena Komine - Tadanobu Asano
Japon - 1h45 - Noir et blanc. |
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Vivre au Paradis
Dans Le Labyrinthe des rêves, l'image est brisée - dès le début - pour
ensuite retomber dans un traitement plus classique mais plus grave. Chez Sogo Ishii, le pessimisme est
infiltré dans l'histoire car la réalité sociale et humaine dans laquelle évoluent ses
personnages est souvent source de malheur. Une jeune femme vient de perdre sa meilleure
amie dans un accident de car. Elle est elle-même poinçonneur de bus. Son beau-frère
ayant survécu miraculeusement est innocenté. Progressivement, ils ressentent une
attirance mutuelle. Leur relation devient concrète mais un cauchemar les guette.
Raconter de cette
manière, on pouvait craindre le pire, c'est à-dire une suite d'histoires sur les
malaises de ces jeunes-sans-terre, désireux de se frayer un chemin dans un abysse de
romantisme à l'eau-de-rose et de fantastique primaire. Mais lorsque nous avons en face de
nous un cinéaste franc-tireur, nous pouvons nous attendre à une vision toute personnelle
des sentiments humains. En quoi réside cet arrangement tant glorifié dans le cinéma
asiatique ?
Tout simplement dans
les rapports amoureux de ses personnages. L'intrusion d'une femme produit un sacré
remous. Fragile, et surtout décalée par rapport au contenu social de l'histoire, la
belle chanteuse vietnamienne est le pivot de cette sérénade à trois. Elle magnifie les
bonheurs exigeants de cet ange déchu et surtout accentue l'atmosphère par des faits et
gestes insignes, décalés. Ces points de détails sont le fruit d'une persévérance,
d'une nécessité d'exister, d'affirmer sa place - même légère - dans une société ou
pouvoir rime avec incompréhension. Et cela, Sogo Ishii le met en propos de façon
détonante. Ce classicisme peut certes irriter mais il permet une dimension religieuse
salvatrice.
Le
Labyrinthe des rêves ressemble à une formule géométrique. Nous avons les
nombres : l'amie décédée, la jeune fille et son amant. Et lorsque nous
additionnons ces trois chiffres, la somme - les actes de ces personnages - constitue un
cercle le destin - vicieux. Il est vrai que cela peut paraître confus. Le
scénario du film a été façonné de sorte qu'il y ait une rotation dans l'histoire.
Cette construction herméneutique, exclusivement signifiée par limage, débouche
sur une mysticité certaine mais déroule plus sûrement la plénitude du thème de la
médiocrité humaine. Aimer et se sentir aimé pour ne devenir finalement qu'un vulgaire
gibier traqué, travailler toute sa vie pour faire valoir sa présence dans ce monde.
Toutes ces désillusions ne sont que les résultats de la bassesse humaine. C'est
amplement mérité ? Dommage que ce soit les plus démunis (moralement et financièrement)
qui en souffrent.
Samir Ardjoum
Lire aussi l'interview
de Sogo Ishii |
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