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Action Gitanes et Médiatopia poursuivent leur entreprise de
distribution de l'oeuvre de Tatsumi Kumashiro, "maître de l'érotisme
japonais". Débutée il y a quelques mois avec la présentation
de deux films ("Désirs
humides" et "Le
rideau de Fusuma"), elle se poursuit depuis le 28 Juillet
avec trois nouveaux longs métrages couleur : "Sayuri
strip-teaseuse" (1972), "Les amants mouillés" (1973)
et, "La femme aux cheveux rouges" (1979). Trois petites
merveilles de légèreté loufoque qui mêlent gracieusement les jeux
du corps et ceux de la société. Car jamais l'érotisme à l'écran
n'est séparé de sa représentation soigneusement mise en scène dans
la fiction à travers des personnages (strip-teaseuses ou autres
marginaux) aux prises avec le monde du travail.
Il
y a un Art de l'érotisme au Japon si l'on en croit Tatsumi Kumashiro.
C'est-à-dire une tradition, un travail de la figure ancré dans la mémoire
et dans le temps. "Sayuri strip-teaseuse" nous montre, par
exemple, la jeune Harumi qui s'entraîne avec une candeur stupéfiante
pour présenter, à la fin de son spectacle, un sexe dont la fontaine
soit plus abondante que celle de Sayuri, sa rivale. De ce sexe nous ne
voyons rien, mais de cette scène nous voyons le regard fasciné du
spectateur pour qui l'entrejambe de la jeune femme se dévoile. La présentation
d'un tel apprentissage fait passer à l'arrière plan, c'est heureux,
cette psychologie balourde qui nous afflige,
nous autres occidentaux, de complications montées de toutes pièces
à l'encontre desquelles effectivement, pour exister, il faut que le désir
se dresse en une espèce de mouvement autoritaire. C'est le fantasme
du viol et la culpabilité du plaisir qui fonctionnent le plus souvent
dans nos représentations érotiques. Or s'il faut, certes, que
quelque chose se dresse pour que le désir s'accomplisse, il faut
aussi que quelque chose s'ouvre. La suspension érotique qui sous-tend
toujours les films de Tatsumi Kumashiro repose sur la question de
cette mystérieuse ouverture. C'est le fantasme de l'écran noir et du
hors-champ qui fonctionne dans ce cinéma là. Comme l'enseigne
Heidegger, ce qui arrive par l'ouvert pour l'Homme, de toute éternité,
c'est le monde. L'érotisme ici se décoince, il prend le large et ce
qu'il perd en démonstration clinique, car les plaisirs délictueux
demandent à être constatés, il le gagne en sensualité diffuse.
Alors, tout s'embrase et les dunes, les roseaux au milieu desquels
"Les amants mouillés" s'activent semblent vibrer à
l'unisson de leur union charnelle. Et voilà que soudain les décors
aussi nous émeuvent.
Pour
finir on pourrait tenter cette interprétation : à la différence
d'un érotisme (d'une jouissance) phallique (dont Lacan a pu dire,
dans une formule géniale, qu'elle est la jouissance de l'idiot), il
nous est offert, avec Tatsumi Kumashiro, d'entrer à tâtons dans les
limbes sans fin d'une
jouissance vaginale. A voir absolument !
Hélène
Raymond
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