La crise de la cinquantaine nest pas un
petit sujet dans le cinéma français. Cest un vaste thème observé sous toutes les
facettes et, malheureusement souvent, par des réalisateurs pas toujours très inspirés.
Le cas Kennedy et Moi ne fera vraisemblablement pas date. En effet, si sa
distribution est intéressante, si son ton est plus léger que véritablement déprimé,
il reste que rien ici néveille la curiosité ou létonnement.Simon Polaris est un écrivain en panne. En panne
dinspiration et de volonté. Il traîne son ennui dans sa maison entre une femme
avec qui il ne fait plus lamour et qui le trompe et des enfants dans lesquels il ne
se reconnaît pas. Dans cet environnement peu attrayant, Simon se déplace en traînant
les pieds et en grognant mollement. Son comportement commence alors à devenir
bizarre
Karmann (dont cest le premier
long-métrage après un court : Omnibus qui avait ramassé une flopée de
prix, notamment à Cannes et aux Oscars) a le bon goût de donner le rôle de Simon à
Bacri. Ce dernier arrive, sans trop de difficulté à rendre plutôt sympathique cet
agacé permanent. Toutefois, ce choix est à double tranchant car on est plutôt habitué
à voir Bacri dans son rôle de grand déprimé, énervé après la terre entière (que ce
soit dans les films ou dans la vie dailleurs). De plus, Karmann a la mauvaise idée
de donner à Simon une voix off. Un processus qui est souvent synonyme de lourdeur et qui,
ici, ne fonctionne quà moitié. Un coup, la touche ironique fuse et fait rire
doucement. Un autre, elle ne ressemble quà un gémissement, un marmonnement de
vieux pépère qui trouve que "tout fout le camp !".
Heureusement que lépatante Nicole
Garcia, dans le rôle de sa femme, palit à lexcès de grognerie de Simon. Elle
parvient souvent, par un geste ou un regard amusé, à alléger un peu le misérabilisme
du personnage de Bacri (ou du personnage Bacri, comme vous voulez).
Cela reste toutefois bien peu et Karmann ne
se mouille pas trop pour rendre les situations intéressantes (malgré une histoire de
montre pas si mal qui donne sa justification au titre). Il fait son film tranquillement,
sans prendre le risque de susciter de trop vives réactions le jour de la sortie. Non, son
film emballera vaguement tout le monde. Critiques et public ne verront pas pourquoi il
faudrait bouder un film à ce point "dans lair du temps". Toutefois, une
question quand même. Est-ce quil existe dans le cinéma français
daujourdhui un autre thème à aborder que celui de la crise
existentielle ?
Yves Le Corre |