Kaos II, tout comme Kaos
tourné en 1984, est une adaptation de deux nouvelles de Pirandello dont l'uvre et
la vision du monde ont fortement marqué les frères Taviani : Felice et Les
deux séquestrés, qui composent les deux parties de leur film.
Felice est un ancien baryton
qui travaille sous l'il inquisiteur du fascisme en tant que comptable dans un
opéra. Toutes les nuits, un rêve le fait rire. Son hilarité provoque l'irritation de sa
femme qui le quitte. Lorsque Felice se découvre l'objet des ses propres moqueries, il met
tout en uvre pour se racheter une dignité.
Les deux séquestrés racontent l'histoire de deux kidnappeurs : un jeune
garçon de nos jours est retenu dans une auberge déserte au pied du mont Ballaro où cent
ans plus tôt un docteur du même nom s'est fait enlever par des paysans.
Le deuxième partie du film
montre de façon sociologique ce qui différencie un enlèvement au début du siècle d'un
kidnapping de nos jours et pose par conséquent le problème de la lente déshumanisation
qui s'est opérée. Un constat sombre sur la signification de la violence et ses diverses
formes d'expressions. Cette violence dans l'épisode Felice naît d'un rire dont
la cause sera révélée aux protagonistes.
Les frères Taviani usent
d'ellipses et d'une mise en scène sobre. Pour Felice comme pour le ravisseur d'enfant, il
s'agit de la tragique impossibilité à appréhender son moi véritable. De cet
émiettement de la personnalité surgit l'angoisse dont le refuge est la folie ou la mort.
Stéphane Lépreux |