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avec Allociné


Jeanne d'Arc
de Luc Besson

Avec Milla Jovovich, Dustin Hoffman, John Malkovich, Tchéky Karyo, Vincent Cassel…

France – couleur – 2h30. Sortie le 27 octobre.

l'affiche américaine : THE MESSENGER

Parce qu'elle le vaut bien...

Luc Besson n’aime pas la critique. C’est un fait, il ne s’en cache pas et n’hésite pas à tout faire pour l’éviter (pas de critiques négatives parus dans la presse la semaine de la sortie de Jeanne d’Arc). En plus d’être antidémocratique et nuisible à la création artistique, cette attitude dénonce un manque de confiance certain de la part du réalisateur. Ce manque de confiance, on le retrouve jusque dans la mise en scène de son dernier film, l’un des plus attendus de l’année. En effet, il nous est véritablement impossible de savoir pourquoi l’auteur du Cinquième Elément a réalisé sa version de Jeanne d’Arc. Lorsqu’un cinéaste décide de faire un film, il est normalement motivé par une intention particulière. Il a un but a atteindre, un message a transmettre, une idée ou un questionnement sur le monde à faire valoir. Avec Jeanne d’Arc, Besson semble avoir au contraire oublier (peut-être inconsciemment) ce qui l’a poussé à faire ce film. Ou plutôt, il semble ouvrir plusieurs voies dans lesquels curieusement il ne s’aventure pas.

Jeanne d’Arc est d’abord un manifeste contre la guerre. Besson reprend le discours lourd et naïf du Cinquième Elément (" l’amour c’est cool et ça tue les méchants ") en le transposant à un autre thème. C’est donc avec horreur que nous voyons Jeanne la guerrière, la libératrice des français, se retourner sur son champs de bataille et découvrir que (mon Dieu !) la guerre, ça fait des morts. Scène insupportable, mal jouée par Milla Jovovich et mal écrite par Besson, qui conclue toute la première partie du film consacrée aux combats. Notons au passage que pour condamner la guerre et la violence, Besson a la bonne idée d’esthétiser au maximum les longues séquences d’affrontements. La chorégraphie des combats charme le spectateur alors que le cinéaste cherche à nous dégoûter. Besson loupe donc complètement sa cible. Il est en train de rater son film.

Et puis subitement, le réalisateur de Subway et de Nikita entame une nouvelle réflexion, plus intéressante et (enfin) innovante. Dans la dernière partie de son film, après que Jeanne soit arrêtée par les anglais et que commence son jugement, Besson semble vouloir mettre en doute la foi de la jeune " pucelle ". Le cave se rebifferait-il ? Luc abandonnerait-il soudainement son discours politiquement correct ? Le doute subsiste pendant de longues minutes. Les dialogues qu’échangent Jeanne et " sa conscience " (interprétée par Dustin Hoffman) sont assez étonnants. Besson, en bon mécréant qu’il est, laisse planer le doute sur l’existence divine et sur la provenance réelle des voix qu’entend la rebelle. Jeanne est-elle une bonne chrétienne ? Comment Dieu aurait pu mener au combat cette femme alors qu’Il nous avait bien prévenu que " Tu ne tueras point " ? Mais ne rêvez pas trop, Besson n’ira pas plus loin. Et c’est bien dommage car il tenait là un filon intéressant qui aurait pu nous faire oublier le mauvais goût des scènes d’apparition et la surcharge des effets de caméra pendant les scènes d’action. Au lieu de cela, il reprend sa mauvaise habitude moralisatrice et nous répète une fois de plus que " la guerre c’est pas bien, même si c’est le Tout Puissant qui l’a demandé ".

Luc Besson est visiblement amoureux de sa Jeanne d’Arc. Il aime d’ailleurs tout autant la belle Milla (qui n’est toujours pas une actrice). Avec ce film, l’auteur offre son plus beau rôle à sa muse. Et c’est bien ça, en fait, qui semble avoir motiver Besson. Jeanne d’Arc n’est pas un grand film, ce n’est même pas un bon film. Par manque de courage ou de confiance en lui, le réalisateur du Grand Bleu est passé complètement à côté de son sujet qui semblait pourtant (au vue de la dernière partie) prometteur. Mais quand on est technicien, on n’est ni poète ni philosophe.

Jonathan Lecarpentier


LIENS

Le site officiel : La condamnation de Jeanne d'Arc
Le site officieux : jeandarc.com
Les dix plus belles Pucelles de l'histoire du cinéma