| Parce qu'elle le vaut bien...
Luc Besson
naime pas la critique. Cest un fait, il ne sen cache pas et
nhésite pas à tout faire pour léviter (pas de critiques négatives parus
dans la presse la semaine de la sortie de Jeanne dArc). En plus dêtre
antidémocratique et nuisible à la création artistique, cette attitude dénonce un
manque de confiance certain de la part du réalisateur. Ce manque de confiance, on le
retrouve jusque dans la mise en scène de son dernier film, lun des plus attendus de
lannée. En effet, il nous est véritablement impossible de savoir pourquoi
lauteur du Cinquième Elément a réalisé sa version de Jeanne dArc.
Lorsquun cinéaste décide de faire un film, il est normalement motivé par une
intention particulière. Il a un but a atteindre, un message a transmettre, une idée ou
un questionnement sur le monde à faire valoir. Avec Jeanne dArc, Besson
semble avoir au contraire oublier (peut-être inconsciemment) ce qui la poussé à
faire ce film. Ou plutôt, il semble ouvrir plusieurs voies dans lesquels curieusement il
ne saventure pas.
Jeanne dArc est dabord un manifeste contre la guerre. Besson
reprend le discours lourd et naïf du Cinquième Elément
(" lamour cest cool et ça tue les méchants ") en le
transposant à un autre thème. Cest donc avec horreur que nous voyons Jeanne la
guerrière, la libératrice des français, se retourner sur son champs de bataille et
découvrir que (mon Dieu !) la guerre, ça fait des morts. Scène insupportable, mal
jouée par Milla Jovovich et mal écrite par Besson, qui conclue toute la première partie
du film consacrée aux combats. Notons au passage que pour condamner la guerre et la
violence, Besson a la bonne idée desthétiser au maximum les longues séquences
daffrontements. La chorégraphie des combats charme le spectateur alors que le
cinéaste cherche à nous dégoûter. Besson loupe donc complètement sa cible. Il est en
train de rater son film.
Et puis
subitement, le réalisateur de Subway et de Nikita entame une nouvelle
réflexion, plus intéressante et (enfin) innovante. Dans la dernière partie de son film,
après que Jeanne soit arrêtée par les anglais et que commence son jugement, Besson
semble vouloir mettre en doute la foi de la jeune " pucelle ". Le cave
se rebifferait-il ? Luc abandonnerait-il soudainement son discours politiquement
correct ? Le doute subsiste pendant de longues minutes. Les dialogues
quéchangent Jeanne et " sa conscience " (interprétée par
Dustin Hoffman) sont assez étonnants. Besson, en bon mécréant quil est, laisse
planer le doute sur lexistence divine et sur la provenance réelle des voix
quentend la rebelle. Jeanne est-elle une bonne chrétienne ? Comment Dieu
aurait pu mener au combat cette femme alors quIl nous avait bien prévenu que
" Tu ne tueras point " ? Mais ne rêvez pas trop, Besson
nira pas plus loin. Et cest bien dommage car il tenait là un filon
intéressant qui aurait pu nous faire oublier le mauvais goût des scènes
dapparition et la surcharge des effets de caméra pendant les scènes daction.
Au lieu de cela, il reprend sa mauvaise habitude moralisatrice et nous répète une fois
de plus que " la guerre cest pas bien, même si cest le Tout
Puissant qui la demandé ".
Luc Besson est
visiblement amoureux de sa Jeanne dArc. Il aime dailleurs tout autant
la belle Milla (qui nest toujours pas une actrice). Avec ce film, lauteur
offre son plus beau rôle à sa muse. Et cest bien ça, en fait, qui semble avoir
motiver Besson. Jeanne dArc nest pas un grand film, ce nest même
pas un bon film. Par manque de courage ou de confiance en lui, le réalisateur du Grand
Bleu est passé complètement à côté de son sujet qui semblait pourtant (au vue de
la dernière partie) prometteur. Mais quand on est technicien, on nest ni poète ni
philosophe.
Jonathan
Lecarpentier |