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avec Allociné

Bulworth
de Warren Beatty
Avec Warren Beatty - Halle Berry - Oliver Platt - Don Cheadle
Comédie
USA - 1h49 - 1998


Boudé aux États-Unis lors de sa sortie en 1998, le quatrième film réalisé par Warren Beatty est une vivifiante satire du système électoral américain : fortement inscrit dans l’actualité des primaires de 1996, le propos sur la politique est bien plus énergique que le trop long et classique Primary Colors de Mike Nichols qui fit, quant à lui, l’ouverture du Festival de Cannes la même année.
Se glissant dans la peau d’un sénateur en lice pour les présidentielles, Warren Beatty crée un personnage haut en couleur qui va sortir de la dépression où le plongent les mensonges et les convenances des manœuvres politiciennes - y compris les siennes - en abandonnant sa langue de bois. Poursuivi par un tueur à gages qu’il a lui-même fait engager par un tiers pour se supprimer, Jay Bulworth va ainsi, de sursaut en sursaut, reprendre goût à la vie.
L’histoire, à priori banale pour le cinéma, offre à Beatty de multiples espaces d’improvisation. Toutefois, ni son texte ni le reste des dialogues ne sont laissés au hasard : très travaillés, ils permettent à ce film, bavard au possible, de ne jamais lasser. Le débit de paroles dans lequel se jette Bulworth nous entraîne ainsi dans un rythme trépidant et nous laisse, tel le personnage principal, à la limite de l’étourdissement. La mise en musique du discours du sénateur n’intervient donc ni comme une pause musicale ni comme un accompagnement du discours; le rap, symbole de résistance sociale, vient au secours d’un homme qui n’aurait jamais dû l’adopter.
Le travail sur la bande son, s’il confirme encore le talent de Beatty, ne doit pas laisser dans l’ombre la qualité du jeu de ses autres partenaires. Halle Berry, dans le rôle de Nina, une jeune noire dont s’éprend ce sénateur sur le retour, et Oliver Platt, dans celui de son directeur de campagne désorienté, donnent du corps à ce film, qui jamais ne sombre dans la facilité du collage de numéros musicaux.
Drôle, enlevé et jubilatoire, Bulworth est un vrai moment de fraîcheur. Une seule réserve cependant : le dénouement tardif exaspérera peut-être les spectateurs les moins patients.

Alexandra Borsari

Site du film
http://www.bulworth.com