Deux jeunes gens viennent de faire
l'amour... C'est dans l'ambiance froissée d'une chambre d'hotel encore tiède de leurs
jeux que le film commence. Mais déjà, de les voir si ravis à comparer leurs mains
ouvertes, à profiter de la douche, il apparaît que les amants ont cherhé ici un abri ;
de fait, ils ne resisteront pas longtemps à la pression du dehors.
Buenos Aires vice et versa nous parle des liens inextricables unissant vie
publique et vie privée. C'est un film sensualiste qui envisage avec beaucoup de courage
et d'originalité une dimension "maternelle" de la dictature et tente de
montrer, 24 ans après le coup d'état par lequel le général Videla fût porté au
pouvoir, ce qu'il en est de cette génération argentine, ce que sont devenus les
"petits enfants" là-bas.
Ainsi, le silence, le mensonge, la terreur engendrés par le "processus de
réorganisation nationale" (qui permit, sous prétexte d'erradiquer le terrorisme,
que quelques 40 000 citoyens soient enlevés et torturés par des milices d'extrême
droite soutenues par l'état) produisent-ils chez les personnages mis en scène par
Agresti, des troubles de l'affectivité. Chacun lutte avec ses armes, essayant de renouer
avec l'Autre, son prochain, les liens rompus de la confiance, de l'amour et de la
communauté.
Pour la turbulence du désir qui va dépassant, maladroitement mais avec grâce,
ses limites et son aveuglement même, on pense à Casavettes. La caméra d'Agresti est
souvent portée à l'épaule. Vivace, effrontée, comme ses acteurs, particulièrement ses
deux actrices principales (superbe Vera Fogwill, étonnante Mirtha Busnelli), elle est
animée d'une passion tactile, portant sur le monde un regard d'escrimeur dont l'intention
est de toucher juste, au coeur du sensible, là où ça résiste.
L.N.R.
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