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avec Allociné

Buenos Aires vice versa
de Alejandro Agresti

Avec Véra Fogwill - Fernan Miras - Nicholas Pauls - Mirtha Busnelli
 
Argentine - Durée : 2h02 - 1996


Deux jeunes gens viennent de faire l'amour... C'est dans l'ambiance froissée d'une chambre d'hotel encore tiède de leurs jeux que le film commence. Mais déjà, de les voir si ravis à comparer leurs mains ouvertes, à profiter de la douche, il apparaît que les amants ont cherhé ici un abri ; de fait, ils ne resisteront pas longtemps à la pression du dehors.

Buenos Aires vice et versa nous parle des liens inextricables unissant vie publique et vie privée. C'est un film sensualiste qui envisage avec beaucoup de courage et d'originalité une dimension "maternelle" de la dictature et tente de montrer, 24 ans après le coup d'état par lequel le général Videla fût porté au pouvoir, ce qu'il en est de cette génération argentine, ce que sont devenus les "petits enfants" là-bas.

Ainsi, le silence, le mensonge, la terreur engendrés par le "processus de réorganisation nationale" (qui permit, sous prétexte d'erradiquer le terrorisme, que quelques 40 000 citoyens soient enlevés et torturés par des milices d'extrême droite soutenues par l'état) produisent-ils chez les personnages mis en scène par Agresti, des troubles de l'affectivité. Chacun lutte avec ses armes, essayant de renouer avec l'Autre, son prochain, les liens rompus de la confiance, de l'amour et de la communauté.

Pour la turbulence du désir qui va dépassant, maladroitement mais avec grâce, ses limites et son aveuglement même, on pense à Casavettes. La caméra d'Agresti est souvent portée à l'épaule. Vivace, effrontée, comme ses acteurs, particulièrement ses deux actrices principales (superbe Vera Fogwill, étonnante Mirtha Busnelli), elle est animée d'une passion tactile, portant sur le monde un regard d'escrimeur dont l'intention est de toucher juste, au coeur du sensible, là où ça résiste.


L.N.R.