Début des années 90, perdue au fond du Nebraska, la jeune Teena Brandon devient
Brandon Teena, se bâtissant au hasard des rencontres une véritable identité masculine.
Elle séduit les jeunes filles, provoque l'amitié virile de leurs frères en usant de son
étrange charisme, de cette allure incertaine, de ce désarmant sourire ; allant
jusqu'à devenir un petit phénomène de popularité au sein de cette communauté blanche
de l'Amérique profonde. Et ce jusqu'au jour où ressort sa véritable identité sexuelle,
où la "crise" que vit la jeune fille finit par la rattraper, dévoilant une
nouvelle réalité qui va tout faire basculer.
Boys don't cry se
pose donc, à partir d'un fait divers réel, comme un drame de l'intolérance, où
l'insoumission innocente d'une femme cherchant à recréer une réalité plus
satisfaisante pour elle va se heurter violemment aux préjugés et à la haine de sa
communauté d'origine.
Mais plus que cette trame un
peu pesante, c'est le portrait au vitriol de cette Amérique perdue qui marque le regard
du spectateur, de cette contrée noyée dans sa misère et secouée par ses contradictions
internes ; de cette jeunesse "white trash" qui erre entre bars miteux et
rodéos sauvages sur le toit de jeeps pourries, et dont la violence et la haine ne
demandent qu'à exploser.
Quelques séquences, aux plans
et à l'atmosphère tendus à l'extrême, permettent à Kimberley Pierce de dégager son
film d'un sujet de départ qui s'enlisait, donnant également l'occasion aux actrices et
acteurs de s'épanouir pleinement, que ce soit pour découvrir les talents cachées de
Hilary Swank ( ex miss karaté kid et pin-up dans la série Beverly hills) ou pour
retrouver la toujours troublante Chloé Sévigny ( Voir Kids ou Gummo, autres films sur le
Sud profond des Etats-Unis, mais autrement impressionants et novateurs.) Ainsi Boys
don't cry, s'il présente quelques passages intéressants, ne parvient toutefois pas
à se débarasser d'une certaine lourdeur sur le fond comme sur la forme, en témoigne
cette fin inutilement violente dont nous vous laissons libres de goûter - ou non - la
sensiblerie.
Samir
Ardjoum |