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avec Allociné


The Big One
de Michael Moore

Documentaire américain
durée : 1h26

Michael Moore

Just do it.

Il y a quelques semaines, l’excellent hebdomadaire Courrier International se penchait sur la question de l’inégalité des richesses mondiales. Depuis plusieurs décennies maintenant, les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. C’est un fait, personne aujourd’hui ne contredit cette information. Plus rien ne semble nous étonner, pas même le fait que les trois personnes les plus riches du monde possèdent une fortune supérieure aux P.I.B. cumulés des 48 pays les moins industrialisés. Cette "anecdote " effarante (et il en existe bien d’autres) ne nous fait même plus réagir. Est-ce parce que nous sommes du bon côté de la balance ? L’expérience Michelin du mois dernier nous prouve le contraire. En réalité, si nous ne réagissons pas, c’est que nous sommes anesthésiés et endormis par notre position sociale. Mais ce mercredi 10 novembre pourrait bien être le jour de notre réveil…

Michael Moore, au premier abord, nous fait penser au gentil bonhomme Michelin : rondouillard, souriant, rigolo… les points communs sont nombreux. Mais si le Bibendum était un allier puissant de la firme de pneumatique, le sympathique cinéaste, lui, demeure son plus farouche opposant. Sa technique : l’humour. Sa force : l’impertinence.

Dans The Big One (son deuxième long métrage), Michael Moore filme la campagne de promotion de son livre à travers les Etats-Unis. Son ouvrage parlant avec dérision des aberrations économiques dues à la mondialisation, Moore a l’idée géniale de rendre visite, à chaque escale de sa tournée, à un grand entrepreneur qui a, au cours de l’année, licencié des salariés tout en enregistrant de larges profits. Nous voyons donc le cinéaste remettre à plusieurs reprises le diplôme du meilleur "licencieur " à des cadres toujours déroutés.

The Big One est un documentaire original et nécessaire. D’un point de vue cinématographique, il n’est pas très intéressant. D’un point de vue social, il est indispensable. (On aurait cependant apprécié que Michael Moore se mette un peu moins en avant.) Alternant séances de dédicaces, extraits de One Man Show et "remises de diplômes ", le film ne s’écarte jamais de son but : la prise de conscience par le rire, le réveil de l’homme pour sa dernière révolution. Certes l’ambition est utopique, mais quand on voit l’énergie de Michael Moore, on se dit que tout est possible. Pour preuve son dernier entretient à Chicago, avec le président de Nike en personne. Cette entrevue est époustouflante et vaut à elle seule le déplacement. L’humour de Moore fait encore des ravages face à l'un des hommes les plus riches du monde qui semble ici bien petit.

The Big One ne fera certainement pas changer les choses, mais il nous a déjà rendu un grand service : il nous montre que face à l’humour et au bon sens, nous sommes tous égaux. La fortune des puissants n’a d’égale que le sourire des petites gens.

Jonathan Lecarpentier