| Just do it.
Il y a quelques
semaines, lexcellent hebdomadaire Courrier International se penchait sur la
question de linégalité des richesses mondiales. Depuis plusieurs décennies
maintenant, les riches senrichissent et les pauvres sappauvrissent. Cest
un fait, personne aujourdhui ne contredit cette information. Plus rien ne semble
nous étonner, pas même le fait que les trois personnes les plus riches du monde
possèdent une fortune supérieure aux P.I.B. cumulés des 48 pays les moins
industrialisés. Cette "anecdote " effarante (et il en existe bien
dautres) ne nous fait même plus réagir. Est-ce parce que nous sommes du bon côté
de la balance ? Lexpérience Michelin du mois dernier nous prouve le contraire.
En réalité, si nous ne réagissons pas, cest que nous sommes anesthésiés et
endormis par notre position sociale. Mais ce mercredi 10 novembre pourrait bien être le
jour de notre réveil
Michael Moore, au
premier abord, nous fait penser au gentil bonhomme Michelin : rondouillard, souriant,
rigolo
les points communs sont nombreux. Mais si le Bibendum était un allier
puissant de la firme de pneumatique, le sympathique cinéaste, lui, demeure son plus
farouche opposant. Sa technique : lhumour. Sa force : limpertinence.
Dans The Big
One (son deuxième long métrage), Michael Moore filme la campagne de promotion de son
livre à travers les Etats-Unis. Son ouvrage parlant avec dérision des aberrations
économiques dues à la mondialisation, Moore a lidée géniale de rendre visite, à
chaque escale de sa tournée, à un grand entrepreneur qui a, au cours de lannée,
licencié des salariés tout en enregistrant de larges profits. Nous voyons donc le
cinéaste remettre à plusieurs reprises le diplôme du meilleur
"licencieur " à des cadres toujours déroutés.
The Big
One est un documentaire original et nécessaire. Dun point de
vue cinématographique, il nest pas très intéressant. Dun point de vue
social, il est indispensable. (On aurait cependant apprécié que Michael Moore se mette
un peu moins en avant.) Alternant séances de dédicaces, extraits de One Man Show et
"remises de diplômes ", le film ne sécarte jamais de son but :
la prise de conscience par le rire, le réveil de lhomme pour sa dernière
révolution. Certes lambition est utopique, mais quand on voit lénergie de
Michael Moore, on se dit que tout est possible. Pour preuve son dernier entretient à
Chicago, avec le président de Nike en personne. Cette entrevue est époustouflante et
vaut à elle seule le déplacement. Lhumour de Moore fait encore des ravages face à
l'un des hommes les plus riches du monde qui semble ici bien petit.
The Big
One ne fera certainement pas changer les choses, mais il nous a déjà rendu un grand
service : il nous montre que face à lhumour et au bon sens, nous sommes tous
égaux. La fortune des puissants na dégale que le sourire des petites gens.
Jonathan
Lecarpentier |