Il y a beaucoup de force et de coup de théâtre
dans ce premier film à la mise en scène chaotique, centrée sur les pulsions et les
fantasmes d'une cellule familiale. Hélène Angel signe une uvre considérable.
L'évènement français du mois !
Coco revient après quinze
années d'absence dans son village natal. Il y retrouve sa famille, ses amis et surtout
cette atmosphère qui l'avait broyé il y a fort longtemps et qui l'avait contraint à
quitter son port d'attache. Rassuré, d'un calme étrangement suspect, Coco cache un
terrible secret qui va réveiller le passé.
Peau d'homme, cur de bête c'est le cinéma de la cruauté
("C'est un film sur les émotions primitives, celles qui empêchent de vivre et
celles qui donnent envie de vivre" nous dit Hélène Angel). Un genre
cinématographique ou l'auteur se sert des propos les plus subversifs pour mieux dévoiler
la véritable nature de l'être humain. Passant de l'anecdote amicale à une séquence de
tragédie totale, Hélène Angel livre une profonde réflexion sur la peur de l'isolement.
Naturaliste forcenée, elle aligne des clichés et leur donne une telle réalité qu'on ne
les ressent plus comme tels. Tout cet élan de compréhension et de lyrisme dans la
description de ses personnages vient à bout d'un pathos tant redouté.
Coco est le vilain, devenu
esprit malsain car on ne lui a jamais donné sa chance, cette raison d'être de vouloir
dire : "j'existe !".
La faute reviendrait-elle principalement à ce microcosme familial ? Hélène Angel
n'y répond pas. Par contre, elle en filme les désagréments, les décrépitudes, les
contours lacunaires de ce noyau inaccessible. L'adage est clair : "On ne peut quitter
nos repères familiaux car nos liens de sang sont des alliances indivisibles".
Il faut tout de même souligner dans ce maelström de passions familiales un
soupçon de fraîcheur et de renouveau. Si tous les personnages masculins ne sont que de
sombres brutes, l'aura féminine, cependant, surgit : la mère, figure emblématique et
tutélaire qui ignore volontairement les méfaits de Coco, la bestialité de Francky et le
désarroi d'Alex, et les deux jeunes filles de Francky, Aurélie et Christelle.
"C'est une sacrée pulsion de vie qui l'emporte à la fin. Les deux fillettes
résistent, réagissent. Même Francky, grâce à elles, commence à y voir clair"
(Hélène Angel).
Hélène Angel trouve le temps
d'exposer ses idées de cinéma : un dérèglement temporel (un huis-clos étouffant où
les personnages évoluent sans se soucier du destin), une mise en scène qui centralise
l'effort théâtral des acteurs pour mieux en cerner la nervosité, un humanisme fascinant
de la part de l'auteur qui à aucun moment ne juge ses personnages. Elle les aime, les
dorlote, nous les présente tels qu'ils sont réellement et nous laisse seuls juges de
leurs actes.
Nous ne pouvons rester indifférent face à cet élan de générosité, de
sincérité et d'espoir. Angel dessine des formes humaines, pas forcément parfaites mais
qui ont cette vitalité, cette intelligence dont le cinéma français a tant besoin.
Samir
Ardjoum
Entretien avec Hélène Angel |