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avec Allociné

Entretien avec Hélène Angel

Peau d'homme,
cœur de bête

Un film de Hélène Angel
Avec Serge Riaboukine - Bernard Blancan - Pascal Cervo - Maaïke Jansen - Cathy Hinderchied - Virginie Guinand - Guilaine Londez
France - Durée : 1h37 - 1999

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(Jeu-concours ouvert jusqu'au 26.10.2000)


Il y a beaucoup
de force et de coup de théâtre dans ce premier film à la mise en scène chaotique, centrée sur les pulsions et les fantasmes d'une cellule familiale. Hélène Angel signe une œuvre considérable. L'évènement français du mois !

Coco revient après quinze années d'absence dans son village natal. Il y retrouve sa famille, ses amis et surtout cette atmosphère qui l'avait broyé il y a fort longtemps et qui l'avait contraint à quitter son port d'attache. Rassuré, d'un calme étrangement suspect, Coco cache un terrible secret qui va réveiller le passé.
Peau d'homme, cœur de bête c'est le cinéma de la cruauté ("C'est un film sur les émotions primitives, celles qui empêchent de vivre et celles qui donnent envie de vivre" nous dit Hélène Angel). Un genre cinématographique ou l'auteur se sert des propos les plus subversifs pour mieux dévoiler la véritable nature de l'être humain. Passant de l'anecdote amicale à une séquence de tragédie totale, Hélène Angel livre une profonde réflexion sur la peur de l'isolement. Naturaliste forcenée, elle aligne des clichés et leur donne une telle réalité qu'on ne les ressent plus comme tels. Tout cet élan de compréhension et de lyrisme dans la description de ses personnages vient à bout d'un pathos tant redouté.

Coco est le vilain, devenu esprit malsain car on ne lui a jamais donné sa chance, cette raison d'être de vouloir dire : "j'existe !".
La faute reviendrait-elle principalement à ce microcosme familial ? Hélène Angel n'y répond pas. Par contre, elle en filme les désagréments, les décrépitudes, les contours lacunaires de ce noyau inaccessible. L'adage est clair : "On ne peut quitter nos repères familiaux car nos liens de sang sont des alliances indivisibles".
Il faut tout de même souligner dans ce maelström de passions familiales un soupçon de fraîcheur et de renouveau. Si tous les personnages masculins ne sont que de sombres brutes, l'aura féminine, cependant, surgit : la mère, figure emblématique et tutélaire qui ignore volontairement les méfaits de Coco, la bestialité de Francky et le désarroi d'Alex, et les deux jeunes filles de Francky, Aurélie et Christelle. "C'est une sacrée pulsion de vie qui l'emporte à la fin. Les deux fillettes résistent, réagissent. Même Francky, grâce à elles, commence à y voir clair" (Hélène Angel).

Hélène Angel trouve le temps d'exposer ses idées de cinéma : un dérèglement temporel (un huis-clos étouffant où les personnages évoluent sans se soucier du destin), une mise en scène qui centralise l'effort théâtral des acteurs pour mieux en cerner la nervosité, un humanisme fascinant de la part de l'auteur qui à aucun moment ne juge ses personnages. Elle les aime, les dorlote, nous les présente tels qu'ils sont réellement et nous laisse seuls juges de leurs actes.
Nous ne pouvons rester indifférent face à cet élan de générosité, de sincérité et d'espoir. Angel dessine des formes humaines, pas forcément parfaites mais qui ont cette vitalité, cette intelligence dont le cinéma français a tant besoin.

Samir Ardjoum

Entretien avec Hélène Angel