Le visage déformé de Reese Witherspoon, s'apprêtant à s'exprimer fièrement, en gros
plan, arrêt sur image soudain et à l'effet dévastateur pour la plastique de l'actrice.
Une jeune fille occupée à embrasser goulûment sa meilleur amie, rêvassant devant des
matchs de foot féminin et s'épanouissant dans une école catholique pour jeune filles.
Un prof à l'oeil affecté qui déraille lentement pour finir guide de musée... C'est sur
ces quelques images, ces quelques instants que tout vacille dans L'Arriviste, que
ce qui aurait pu n'être au vu du scénario qu'un autre teen-movie, se transforme en
quelques éclairs, en une comédie joliment satirique, à l'humour occasionnellement
corrosif.
Ainsi L'Arriviste brille avant tout par son sens du décalage. On ne peut
d'ailleurs éviter ici de penser au récent Rushmore, aux
personnages parfois similaires, à son ironie mais aussi à l'inattendue tendresse qui
s'en dégage. Tout ceci est servi par une réalisation enjouée et dynamique, qui doit
beaucoup à Scorsese et à ses narrations à voix off multiples, mais qui sait également
s'accorder des intermèdes, presques des interludes musicaux où la simplicité et la
douceur reprennent le dessus. Quelque part donc entre Scorsese et les vidéos de Belle
& Sebastian, L'Arriviste s'impose en alternant les rythmes. Et même si le
film s'enlise un peu dès qu'il suit de trop près l'intrigue propre à l'élection
(Witherspoon veut a tout prix devenir Présidente de l'Assemblée des lycéens), l'humour
qui prédomine sauve l'ensemble.
Ainsi, on découvre avec ce second film d'Alexandre Payne, une comédie aussi sympathique
que déroutante, dès lors qu'elle s'autorise à suivre l'école buissonnière.
Erwan
Leduc |