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avec Allociné


Les Amants criminels
de François Ozon

Avec Natacha Régnier - Jérémie Renier - Miki Manojlovic - Salim Kechiouche - Yasmine Belmadi

France - 1h30 - Couleur - 18 août

* Interview de François Ozon

Natacha Régnier et Jérémie Renier


Tout commence par un meurtre. Un simple assassinat qui va devenir plus qu'un désir. Une envie. Cette envie de plaire à soi-même, de révolter le système social, de lui en mettre plein la vue. Alice erre dans les villes, croise et aime Luc, un sain d'esprit. Dans son lycée, elle désire Saïd, un saint crispé. Elle le veut, elle le baisera avant que ce soit lui qui le fasse. Sa tête tourne, elle sait que le malheur deviendra grand lorsque la fatalité sera inévitable. Un plan. Une simple action. Elle prend une décision. Il la suit. Saïd enfoui à jamais, nos deux amants d'Outre-tombe décident de se réfugier dans les bras de Mère Nature. Mais, celle-ci leur envoie sa bête humaine, une espèce d'homme des bois mi-frustre mi-sage. Le cauchemar peut commencer…

Ozon, cinéaste de la jouissance, a filmé une jouissance inassouvie. Celle de deux paumés, deux adolescents qui vivent leur folie comme si leur vie en dépendait. Alice est une salope, mais quelle salope ! Luc est un crétin mais un crétin loyal. Tout ce qu'il touche se transforme en malchance : le stylo avec lequel il commet une faute d'orthographe dans la lettre d'excuse pour ses parents, le couteau qui deviendra l'arme du crime, le rouge à lèvres qui va pousser Saïd a désirer sexuellement Alice. Tous ces petits détails, Ozon les éclaire par un dialogue brut, sans concessions. Ces mots, ces bouts de phrase recopiés avec le plus grand soin dans son journal intime, Alice les immortalise par une voix sèche mais hésitante, cruelle mais passionnée, limpide mais raisonnée. Ozon imagine, Alice recopie, Luc agit et Saïd subit.

Pourquoi un tel film ? Pourquoi vouloir filmer cette fascination ? On sait tous que la complaisance est l'ennemi du cinéma. L'expérimentation de l'image donne un filmage clair, original et adulte. Le film d'Ozon nous emmène dans ses fantasmes les plus tendres, ses goûts les plus justes, ses désirs les plus charnels. Jamais, il sombre dans la vulgarité gratuite, jamais il explique pour que nous soyons rassurés. Pire, il nous tend quelques bobines de fil qui nous permettront de tisser nous-mêmes notre histoire de ce cinéma.

Le suspense qui tient plus à l'évaporation du temps qu'à sa dilatation, devient de plus en plus explicite. Nous ne voyons pas vivre Alice et Luc, nous vivons avec eux. Ozon nous manipule. Dès la première séquence où Alice joue avec les sens de Luc, dès que Saïd se vante auprès de son ami de la chaleur d'Alice, nous sommes contrôlés par le metteur en scène. Tous ces indices, ces trouvailles visuelles qui renforcent la froideur des sentiments d'Alice pour Luc et Saïd, Ozon les disperse pour mieux nous faire rêver. Le conte de fée peut prendre place…

Cette seconde partie qui se déroule dans la nature sauvage et protectrice confirme la maîtrise totale de François Ozon. Cette cavale meurtrière sera stoppée net. La capture puis la séquestration seront leurs seules récompenses. Une photo digne des plus belles séquences de La Nuit du chasseur accentue la terreur de ce huis clos. Ozon, grâce à son sens du suspense, fait éclater la morale du conte de fée ordinaire. Pour cela, il utilise une narration principalement basée sur des flash-back. On pouvait craindre le pire. Il n'en est rien. Ce travail méticuleux qu'effectua Ozon sur le son démontre son savoir-faire. Le moindre détail est mis en valeur. Ainsi la puissance dramatique de l'Ogre dans chacun de ses gestes, la détresse d'Alice caractérisée par les gros plans sur sa main et ce plaisir interdit que ressent Luc pour l'Ogre sont plus qu'une mise en scène, ils font la mise en scène.

Les Amants criminels sont avec Sombre et Seul contre tous (que notre chroniqueuse du moment avait détesté), la marque d'un cinéma qui ne laisse rien au hasard. Une envie de dépoussiérer l'image, de lui rendre sa vraie place. On pourra dire ce que l'on voudra sur ces films : que le scénario est trop mince ou c'est du déjà-vu, on s'en fout, que l'interprétation est trop frêle, on s'en fout, que la morale est trop négative, on s'en fout, qu'il n'y a pas assez de point de vue sur le social, on s'en fout. Ce cinéma se fiche de tout ce système où l'invraisemblance est roi. Ozon a tout simplement démontré en 90 minutes que la Nouvelle Vague a toujours eu raison. Messieurs, les conservateurs…attention, les jeunes vous regardent !

Samir Ardjoum

Sur le web :

L'interview de fluctuat.net
Le site de François Ozon

Le site des Amants Criminels