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avec Allociné

Ainsi soit-il
de Gérard Blain
Avec Paul Blain - Sylvie Ollivier - Michel Subor - François d'Aubigny - Dominique Valéra
Drame
France - 1h20 - 1999


Ainsi soit-elle, la tragédie du monde moderne.

Un père de famille est assassiné. Se sachant menacé, cet homme d'honneur avait préparé pour son fils aîné, Antoine Vasseur (Paul Blain), un dossier qui lui apprend les causes de sa mort et une lettre où il lui demande de transmettre à la justice les preuves réunies contre son employeur, coupable de détournement de fonds publiques. Le film est suspendu à la réalisation de cette tâche qu’Antoine n’effectue pas immédiatement. Le soir des funérailles, ayant lu ce qui constitue son héritage, ce dossier dont il est le seul à connaître le contenu, il s’endort, la tête sur la table, comme un enfant sur ses devoirs. Le lendemain il s’occupe de sa mère, de ses sœurs, de son travail, ne disant rien de ce qu’il sait. Les jours passent. Le jeune homme entame une réflexion silencieuse à la fin de laquelle il aura fait son choix sur la façon de rendre justice, d’être à la mesure de l’intégrité de son père, digne de son amour et de sa confiance.

Sur cette question de justice Gérard Blain pose un cas de conscience. La justice doit-elle être rendue par Antoine, ou bien doit-elle se faire grâce à lui qui transmettra le dossier ? Peut-on se fier à l’appareil judiciaire ? La loi sociale est-elle capable de répondre au drame qui frappe la famille Vasseur ? Rétablir la justice est ici une question cruciale car il s’agit de rendre à la vie des Vasseur un sens que la mort injuste du père lui a brutalement fait perdre.

Ainsi soit-il est animé d’une passion (au sens chrétien) politique (au sens révolutionnaire). A la fois romantique et matérialiste ce film fait l’effet d’une eau calme, celle du réel et de la quotidienneté où Gérard Blain puise la matière des situations qu’il met en scène, mais une eau dont la tranquillité est inquiétante, parce qu’elle recouvre une injustice intolérable. Ainsi cette eau dormante est-elle animée d’un mouvement conduisant inexorablement Antoine vers le sacrifice.

Les plans, souvent fixes, laissent aux actions le temps de se dérouler, accordent à Antoine celui de la méditation. Leur insistance sur le réel filmé parle du poids que peut prendre un regard et de la responsabilité du cinéaste, dont le travail est de donner une forme au regard qu’il porte sur le monde. On pense évidemment à Bresson; Antoine y fait explicitement référence lorsqu’il dit au commissaire de police qu’il travaille dans le "cinématographe". Mais on pense aussi à la philosophie de Lévinas et à sa réflexion sur l’autre : en tant qu’être humain je suis responsable de l’humanité entière qui m’interroge à travers son regard. Le regard caméra d’Ainsi soit-il actualise dans le film la figure du père disparu, victime de l'injustice. Il se pose sur les personnages, questionnant depuis le néant où il se trouve leur responsabilité et leur devoir.

Hélène Raymond