Pathétique ou irritant ? Ridicule ou sans intérêt ? On peut hésiter sur les
impressions exactes que nous laisse le nouveau film de Bertrand Blier, mais on reste tout
de même surpris par tant d'incohérence, cette vaste fumisterie que sont Les acteurs.
Le propos central semble être
une réflexion sur le métier, sur les doutes qui assaillent les acteurs de plus de
cinquante ans - cheveux blanchissants, barbes grisonnantes - face à un serveur distrait.
Ce point de départ permet à Blier de dérouler ses séquences faites de dialogues
mi-sarcastiques mi-délirants, rythmées par deux ou trois bons mots de circonstances. A
cette désormais vieille recette (Blier avait déjà donné cette idée à Michel Blanc
pour Grosse Fatigue mais les autres exemples abondent) s'ajoutent en vrac une
pincée de science-fiction débile ( Les acteurs plongés dans une quatrième dimension
où ils sont exécutés par une pseudo-milice ! ), des mises en abîme de mise
en abîme de mise en abîme (
), ou encore quelques private jokes sans intérêt (
sur l'homosexualité de Brialy ou l'accident de moto de Depardieu : on enfonce les portes
ouvertes, les portes ouvertes, les portes ouvertes).
Tout cela s'entrechoque
joyeusement sous le regard désolé du spectateur, vite lassé par ces clins d'il
toujours nombrilistes ; un coup au film lui-même, un coup à ce milieu essouflé de
dinosaures du cinéma hexagonal, et vice-versa. Les acteurs est en fait un film
gênant - on ne pensait pas non plus Blier capable de se perdre dans un tel fatras et
tourner en rond à ce point - gênant à l'image de la dernière séquence du film où, le
réalisateur en personne rendant un hommage à son défunt père, le spectateur ne veut
plus savoir s'il est sincère, ou franchement lourd et déplacé - et a depuis longtemps
fini de se demander ce qu'il fait là. Endormi dans son fauteuil damassé, les moineaux
gueulent. Dans un transat peinard à la campagne, il tape la bavette avec Des Depardieu,
Blier et Serrault, grandeur nature.
Samir
Ardjoum |