Un film par an. Cest un rythme un
peu fou que sest imposé Woody Allen, il y a quelques années de cela. Cette
régularité dhorloger, le cinéaste la paye plus ou moins. Car sil a encore
réussi à nous surprendre agréablement avec des petites perles telles que Tout le
monde dit I love you ou bien son " plus introspectif tu meures " Harry
dans tous ses états, il reste que son opus antérieur, Celebrity, en
avait laissé plus dun froid. Pêché dorgueil, génie créatif insatiable ou
simple coup médiatique, Woody le robot finissait par lasser à force de ne pas faire
attendre. Chaque nouveau film étant reçu avec une certaine forme de méfiance : Est
ce quil va nous faire la même chose que la dernière fois ? ou Va
til encore se donner le premier rôle pour nous faire son numéro ?
Comme la fois dernière (Celebrity,
donc) Woody cinéaste nous fait la surprise de ne pas choisir Allen acteur. Mais tout cela
reste très relatif puisque lacteur principal du film (Kenneth Brannagh) nous
offrait une imitation plus vraie que nature de son réalisateur, ce qui finalement revient
au même. Ici, on se retrouve plus ou moins avec le même problème dego et si le
personnage principal est interprété par Sean Penn (excellent au demeurant) notre sacré
Woody ne se prive pas dintervenir dans son film, comme il se doit, et se paye même
le luxe davoir le premier et le dernier mot.
Mais quavons nous eu
cette fois ci. Et bien lhistoire fort simple et quelque peu romancée dun
musicien de génie : Emmet Ray, qui a vu son talent sacrifié par un ego démesuré
et une vie dissolue et qui a tout simplement disparu de la mémoire collective.
En effet, le récit de la vie
de ce jazzman que lon prétendait presque aussi bon guitariste que Django Reinardt
(le cinéaste samuse à le rappeler souvent) est un vrai gruyère. Aussi Allen se
prend-il au jeu de la reconstitution par anecdotes. Au cours du film interviennent :
un animateur radio, un biographe, un historien et bien sur Woody qui se pose en fan de
Ray. Chacun apporte sa version des faits et soppose sur les anecdotes, ce qui ne
manque pas de donner un tableau des plus vivants du milieu des musiciens de lépoque
(les années 30).
Pour le rôle, Sean Penn nous
offre une de ses compositions les plus survoltées. On est heureux, pour une fois, de le
voir jouer un personnage comique, lui qui est tellement habitué aux rôles de loosers
glauques. Il a fort à faire pour nous rendre sympathique ce salopard alcoolique,
maquereau (à ses heures), extrêmement fier de sa personne (continuellement) et macho
(quand une femme à la folie de laimer). A ce tocard qui samuse à tirer sur
les rats dans les décharges et joue de la guitare comme un dieu, est opposé deux femmes
au caractère tout aussi particulier. Celle interprétée par Uma Thurman fait figure
danecdote sans intérêt quant lautre, jouée par Samantha Morton, offre une
composition des plus touchantes avec un personnage de sourde muette dont la candeur
rappelle celle des actrices du cinéma des premiers temps.
Tout cela serait déjà bien mais
devient encore meilleur lorsque lon se rend compte que le cinéaste décide, pour
une fois, de faire simple. Soit un simple portrait de ce petit musicien qui se rêvait
grand, des femmes qui lont aimé et de ce milieu bien particulier des jazzmen des
années 30. On a le sentiment, assez surprenant chez ce cinéaste, quil a cessé (le
temps dun film certainement) dabandonner ses complexes et sa thérapie de
groupe pour simplement faire son métier consistant à nous raconter une histoire. De
cette manière Woody Allen surprend encore. Tant mieux et à lannée
prochaine !
Yves Le Corre
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