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Histoires de Festival [15.05]

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Au paradis des films : l'enfer de choisir [16.05]

-- Rencontre du troisième type avec Woody Allen [16.05]

-- La Valse des apparences (17.05]

-- Croisements intérieurs [17.05]

-- Le Jour est gris [18.05]

-- Deuxième mouvement symphonique [19.05]

-- Les grands écarts [20.05]

-- Confidences d'évidences [21.05]

-- Michael Moore, un nounours en croisade [22.05]

-- Le Passé repensé [24.05]


-- Plage People [25.05]

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A la recherche des mots [25.05]

-- Les dernières marches [25.05]

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Manche finale [26.05]

 


RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE

Woody Allen est de ces types pas communs. Son charme vient d'une sorte d'incertitude, de maladresse inhérente, de manque de confiance avouée, donc de force intérieure cachée. Quand une journaliste demande s'il est supposé se conduire d'une certaine manière en montant les marches, si on lui a recommandé une attitude à avoir pour présenter son film au Festival de Cannes, il répond en faisant rire la salle. "Je crois que je suis sensé sourire. Quand j'ai accepté de venir ici, j'en étais content, c'était bien, une décision positive. Et puis tout le monde m'a dit "Quand tu vas arriver, ça va être la folie, et les marches, il va y avoir un monde fou et ça être exactement comme tout ce qui te rend si nerveux." Donc j'ai commencé à être effarouché. Mais comme j'ai déjà loué le costume, il est trop tard pour reculer." Tout semble paradoxalement sur le fil. S'il amuse la galerie, mine de rien, en répondant aux trois blagues qu'on lui fait par dévotion, quelque chose de tragique est sous-jacent. Comme si l'incohérence de ce glamour cannois était démasquée et qu'elle ne se révélait pas si jolie que cela. A l'écran, un grand professionnalisme. Monsieur Allen est très soucieux de répondre aux questions.

La dernière scène de Hollywood Ending est une sorte d'ôde au public français, seul capable de comprendre les grands réalisateurs, quand bien même ceux-ci auraient réalisé des films en étant aveugle. L'ironie de cette séquence est troublante. On ne sait si Woody Allen est dans la démagogie ou s'il nous fait là une déclaration d'amour.

"Aux Etats-Unis on trouve toujours très très étrange que le public français découvre nos artistes avant que nous le fassions, répond le réalisateur. Que ce soit en littérature, en cinéma, en jazz, ils les apprécient beaucoup plus et bien avant les artistes américains avant nous, donc oui, je pense que le public français est particulier."

Voir Woody Allen sur la croisette est un événement. Habituellement très casanier, le réalisateur n'aime pas quitter Manhattan. Cette année, on l'a vu deux fois de suite. Une première fois à la cérémonie des Oscars, une deuxième fois sur la Croisette : cela signerait-il la fin d'un Woody neurasthénique, caché dans son terrier new-yorkais ?

"C'est une coïncidence explique-t-il. La cérémonie des Oscars j'y suis allé parce beaucoup d'entre nous ont fait des choses après le choc du 11 septembre pour la ville de New-York. L'académie avait choisi de montrer la contribution new-yorkaise au cinéma et je ne dirai jamais non à quelque chose qui pourrait aider New-York. Cannes c'est différent. Les français ont tellement soutenu mes films et depuis longtemps, ils m'ont montré tant d'affection. J'ai été invité de nombreuses fois ici et j'ai montré tant de films au festival, mais je ne suis jamais venu. Et j'avais envie après toutes ces années et faire un geste réciproque, un geste plein de gratitude. J'avais le sentiment qu'il fallait que je dise oui, au moins une fois, et je croyais que ce film en particulier était adéquat pour venir, parce qu'il traite de réalisation. On dirait un changement de religion, mais c'est la concordance de ces deux événements qui en donne l'impression. Je retourne chez moi dans quelques heures et vous n'aurez plus affaire à moi."

Il y a quelques jours, le Congrès Juif appelait au boycott du festival de Cannes. Comparant la France actuelle à celle des années 40, il mettait en exergue les pillages de synagogues et les profanation de sépultures. 30% de bulletins exprimés à Cannes lors des dernières élections présidentielles, étaient favorables au parti de Jean-Marie Le Pen. Comment un réalisateur aussi ancré dans la culture juive que Woody Allen s'inscrit-il dans ce contexte politique ?

"Je n'ai jamais pensé que les français étaient antisémites, répond Woody Allen. Je connais beaucoup de juifs qui vivent en France et ne pensent vraiment pas que la France soit antisémite. Je pense qu'on peut être vraiment fier de la façon dont le pays a réagit aux dernières élections. Le pays en est sorti lavé, via cette déclaration publique qui s'opposait aux idées d'extrême droite, au totalitarisme, à l'intolérance, à la discrimination. Les gens qui n'avaient pas voté depuis des années ont pensé qu'il fallait montrer que la France était une démocratie qui ne pouvait supporter les idées de l'extrême droite. Donc je pense qu'on peut être fier en France. Et je ne pense pas que le boycott soit une bonne idée."

A la fin de Hollywood Ending, le réalisateur part pour la France, pays du succès à venir. Il est vrai que retrouver le réalisateur en France, c'est comme assister à la suite du film, en off. "Il est vrai que cela ajoute une qualité ironique au film d'être là. Mais j'avais effectivement pensé quand j'ai fait ce film que ce serait un bon film pour le festival de Cannes, car je pensais que le sujet du film serait apprécié ici. Ceci reste à prouver. Mais je pensais que ce film était très à propos dans la mesure où je venais ici."

De nombreux films hollywoodiens se ressemblent, comme s'il y manquait une vision du réalisateur, comme s'il n'existait même pas parfois. Hollywood Ending, comme le succès de tous les films de Woody Allen semblent être un contre-point au courant idéologique des blockbusters. Ici, un réalisateur aveugle, réalise un film pour une grosse entreprise de production. On peut considérer l'handicap du réalisateur de plusieurs manières : telle une critique du système, telle une interprétation du mythe d'Œdipe… Woody Allen répond qu'il mène ici une réflexion sur la façon de réaliser, de créer.

"Je pense, sans vouloir paraître prétentieux, qu'une œuvre d'art arrive d'une façon inconsciente et dépasse ce que le réalisateur du film aurait pu voir. Vous savez, même s'il le film a l'air si contrôlé, si dirigé, c'est si difficile de faire une œuvre d'art qu'on aurait procédé de manière intellectuelle, cela ne serait pas arrivé. Quant à Hollywood, les films qui en sortent sont calculés de façon vénale dès le début. L'idée est de faire le maximum d'argent. Le fait qu'ils soient bons est une coïncidence. Ils en sont content mais ils seraient plus contents de faire un mauvais film qui rapporte beaucoup d'argent. "On admire les films Hollywoodiens des années 40 et 50, mais déjà à cette époque, Hollywood cherchait à faire de l'argent. Bien sûr certains réalisateurs ont réalisé des grands films, mais ils devaient se battre sans cesse."

De nombreux acteurs n'ont pas eu le scénario complet avant de commencer le film. Tiffany Thiessen déclare que de toute façon comme elle n'est pas dans ces scènes, ce n'est pas important de ne pas avoir le script dans son ensemble, tandis que Julie Markel nous confie que cela accentuait encore plus l'attention de tous, car chacun cherchait à savoir ce qu'il ne savait pas.

Woody Allen a l'air névrosé, cela devient un lieu commun de le dire. On l'imagine sensible aux critiques. D'ailleurs, dans son dernier film il les égratigne joliment en faisant déclarer à un de ses protagonistes qu'ils représentent le plus bas niveau de la culture. Interpellé sur cette séquence, il répond :

"Premièrement laissez-moi vous dire que je ne suis pas sensible aux critiques parce que je ne les lis jamais. La première fois que j'ai fait un film important aux Etats-Unis, j'étais jeune et je ne savais rien, je les lisais. Les Etats-Unis sont un grand pays et je remarquais qu'on me donnait des centaines et des centaines d'articles. Une part du pays pensais quelque chose, l'autre pensais le contraire ce qui était très déstabilisant donc j'ai arrêté et j'ai pensé que moins je lirais d'articles sur moi, plus ma vie serait simple. Donc cela fait des années que je ne lis plus ni les articles, ni les interviews, que je ne regarde plus les films qui sont faits sur moi. En ce qui concerne les critiques, je pense qu'en mon cas ils ont été très très généreux et ont choisi de ne pas trop regarder mes défauts et d'insister sur ce que j'ai fait de bien. La plupart du temps les critiques ont été très généreux envers moi, ils m'ont apporté un grand soutien, donc j'ai une opinion très positive sur les critiques d'après ce que j'en sais."

Woody Allen fait rire des centaines de milliers de personne avec ses films. Est-il la première personne qu'il amuse, ou reste-t-il très froid à chacune de ses blagues ?

"Cela rejoint de façon intéressante ce que je disais tout à l'heure. Quand on écrit quelque chose et plus particulièrement les comédies, cela arrive d'abord à notre inconscient, comme un script qui y serait déjà écrit sans l'être vraiment. Je ne pense pas à ce que je vais dire ou à ce que je vais écrire, cela sort tout seul. Donc j'entends les blagues pour la première fois en écrivant en tant que public et après j'imagine le public et je me dis que cela peut faire rire tout le monde, parfois quand je vois la blague cela me fait rire."

Woody Allen en est à peu près à son trentième film. Le métier de réalisateur devient-il plus facile avec les années ? : "Cela aussi difficile. Ce n'est pas une science exacte, et chaque film est très difficile, le fait que vous en ayez déjà fait ne signifie pas vraiment grand chose. Mais cela ne devient pas plus difficile. Je ressens la même chose que quand j'ai fait mon premier film. J'ai appris quelques petites choses techniques mais toutes les questions cruciales restent les mêmes… " C'est peut-être dans ce petit rien que se dessine la marque de fabrique qui fait que Woody reste toujours Woody… !

Propos recueillis par Anne-Laure Bell le 15 mai 2002,
en conférence de presse à Cannes

[17.05] La valse des apparences / Marie-Jo et ses deux amants, Kedma,
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