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LA VALSE DES APPARENCES
Le Festival de Cannes
tient sa beauté intérieure des films présentés.
Venus des quatre coins du monde, tous sont ici car ils tiennent
de l'exceptionnel. S'il y a tant d'excitation sur la Croisette,
c'est parce que tout le monde veut trouver le film rare, éprouver
l'intensité d'une émotion forte. Strass à
part, on découvre vite que chacun est là pour
être transporté. Malgré l'apparence des
attitudes frimeuses ou suffisantes, tous les festivaliers
sont des tarés de cinéma, victimes du syndrome
de Peter Pan. A l'intérieure de la coquille à
paillettes, on découvre donc un cur qui bat à
24 images seconde. L'attitude et l'aspect sont différents
d'une nature profonde autrement loin du glamour futile. Ici,
on semble aimer la frivolité avec beaucoup de sérieux,
mais nous en reparlerons plus tard. Aujourd'hui les trois
films présentés en sélection officielle
pourraient se définir de cette manière. Ils
possèdent, chacun différemment une beauté
intérieure qui se révèle de manière
sincèrement troublante à mesure que le film
avance.
Marie-Jo
et ses deux Amants, le dernier film de Robert Guédiguian
a été réalisé avec les acteurs
appartenant à la famille artistique du réalisateur.
On y retrouve sa partenaire à la ville, Ariane Ascaride
interprétant le rôle titre, Jean-Pierre Darroussin,
et le splendide Gérard Meylan. Un trio infernal au
sens propre du terme. Ariane-Marie-Jo aime ces deux hommes
et ne veut en quitter aucun. Elle semble insouciante, paraît
gérer cette histoire de manière frivole mais
elle confie au spectateur, le seul à assister au hors-champs
de sa vie, qu'elle est prête à mourir de ce dilemme
qu'elle n'arrive pas à résoudre. Lequel ? Pourquoi
choisir ? Son moustachu de mari semble être l'homme
parfait pour être cocu. Pourtant ce mot ne convient
pas à celui qui offre un bateau à sa femme pour
son anniversaire afin qu'elle réalise son rêve
de petite fille. C'est un mot trop idiot pour ce mari qui
ne sait comment lui dire qu'il sait ne plus être le
seul dans la vie. Et l'amant, s'il reste amant, aime trop
sa maîtresse pour n'être que cela. Une histoire
tragique autour d'un fait des plus banals, me direz-vous ?
Je serais assez d'accord avec vous. L'interprétation
des acteurs frôle parfois l'emphase, ce qui alourdit
le film. Il en est de même dans Kedma.
Le film reste décevant - malgré l'immense respect
qu'on doit avoir envers le traitement cinématographique
de sujets si politiques et si engagés. La gravité
appesantit énormément le propos. Empêchés
d'entendre ce qui nous est simplement donné, l'aspect
dramatique confine le spectateur dans une attitude de repli.
Quel parcours pouvons nous faire vers la rencontre de ce film
et de ces personnages, si tous est imposé et qu'il
ne nous reste qu'à l'accepter tel quel ? Malgré
cela Kedma est un film passionnant car il devient source
d'infinies discussions qui pourraient, comme à chaque
fois, constituer le film du film.
Présenté
en dehors de la compétition officielle, Searching
Debra Winger est un documentaire réalisé
par Rosanna Arquette. Bien sûr, nombreux sont ceux qui
se sont échappés avant la fin du film. Il est
vrai que quelques remarques apparemment typiquement américaines
ont de quoi exaspérer (CF les "Sooo
nice, so cute" d'hier). Cependant l'adhésion
l'emporte car la documentariste conduit sa première
expérience avec toute la naïveté de la
sincérité. La démarche est clairement
honnête : savoir si une actrice célèbre
et engagée dans son métier peut avoir une vie
de famille satisfaisante, si elle peut avoir quarante ans
sans être éloignée des plateaux de tournage.
Interrogeant toutes ses amies qui appartiennent à la
catégorie des actrices célèbres, Rosanna
Arquette dévoile un peu la nature du métier
d'actrice, comme de celui de star. Sur le vif, sans trop de
maquillage, au milieu de tablées d'actrices qui semblent
habituellement raconter leurs derniers potins, ce monde hollywoodien
ressemble à un monde parallèle. Sans que personne
ne s'en aperçoive, quelque chose de la vie atone et
ennuyeuse des gens qui nous font habituellement rêver,
se dévoile ici. Troublant, troublé, au milieu
de tous ces événements entre toutes ces montées
de marches pleine de fierté et d'espoir, Star
Wars est un peu passé inaperçu.
Aucun écho d'émeute ou d'esclandre, aucun potin
extraordinaire. Si les producteurs veulent créer un
événement à partir de rien, personne
n'est dupe. Un ennui sidéral semble émaner des
salles de projection de presse qui n'en peuvent plus de subir
les enchaînements d'effets spéciaux. Si Lucas
était venu pour présenter et vendre ses effets
spéciaux, il aurait pu éviter de mobiliser tant
de monde. J'ai moi-même préféré
aller voir un jour avant sa présentation officielle,
le génial Bowling for
Columbine de Michael Moore. Je vous en parlerai
demain, en attendant, j'essaie de le faire répondre
à quelques questions.
Anne-Laure
Bell
[17.05]
Bowling for Colombine, All
for Nothing, Le Sourire de ma mère >>
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