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Histoires de Festival (15.05]

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Au paradis des films : l'enfer de choisir [16.05]

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Rencontre du troisième type avec Woody Allen [16.05]

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La Valse des apparences (17.05]

-- Croisements intérieurs [17.05]

-- Le Jour est gris [18.05]

-- Deuxième mouvement symphonique [19.05]

-- Les grands écarts [20.05]

-- Confidences d'évidences [21.05]

-- Michael Moore, un nounours en croisade [22.05]


-- Le Passé repensé [24.05]


-- Plage People [25.05]

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A la recherche des mots [25.05]

-- Les dernières marches [25.05]

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Manche finale [26.05]

 


DEUXIEME MOUVEMENT SYMPHONIQUE

Le Festival de Cannes accélère son rythme de croisette. On dit souvent que l'ordre de passage des films durant les quinze jours que dure le marathon cannois, n'est le fruit d'aucun calcul. Il semble pourtant qu'aujourd'hui signe vraiment le début du festival ou du moins son entrée en phase 2. Après quatre jours assez ternes, deux films majeurs sont présentés ce jour. Il y a un mois, l'annonce de la présence du dernier film de Paul Thomas Anderson en compétition officielle avait fait frémir d'envie les festivaliers. C'est donc avec un fort empressement qu'on s'est rendu à la projection de Punch-Drunk Love. Signe d'un vrai changement dans la carrière pourtant courte de ce jeune réalisateur, ce film surprend par ses nombreux aspects ironiques. On sentait déjà poindre certaines notes à la fois graves et loufoques dans Magnolia. On a l'impression qu'Anderson s'autorise ici à exploiter davantage un style tragi-comique. Contrairement ses précédents films, celui-ci n'est pas un film chorale. L'absence de la fabuleuse Julianne Moore trouble un peu les habitués de la famille cinématographique du réalisateur. JoAnne Sellar, la productrice de ses trois derniers films, confie qu'Anderson souhaitait changer du tout au tout, prônant l'essai de l'inédit : "Il fallait une approche plus intuitive, nous retrouver en terrain vierge par rapport à nos films précédents. Ce qui signifie que tous nous avons dû réapprendre notre métier de façon fondamentale." déclarait-elle.

Punch-Drunk Love n'est pourtant pas un film comique, quand bien même il aura fait rire un public cannois un peu nerveux à force d'enchaîner les courtes nuits de sommeil. La traduction du titre indiquera assez bien le sujet du film sans trop en dévoiler. Un amour qui ressemble à un coup de poing saoul ? Une définition un peu floue qui ressemble cependant au personnage principal qui l'est totalement. Barry Egan ne sait pas par quel côté prendre la vie à bras le corps. Il semble entravé dans cette entreprise par l'attention de ses sept sœurs qui ne cessent de vouloir son bien tout en pensant qu'il est retardé mental. S'il est certainement un peu schizophrène c'est en tous cas loin d'être un fou incohérent comme on semble souvent le considérer. Certes, me direz-vous, c'est un peu dingue d'acheter mille pots de pudding simplement pour bénéficier des kilomètres de voyage gratuits qu'offrent les bons d'achat. Pourtant n'est-ce pas tout aussi absurde de faire planer des clients avec des pots de yaourt ? La mise en scène semble être au service des acteurs. Tous paraissent si libres de leurs gestes, que les personnages en sont placé sur le fil de la vie : en équilibre. Il suffirait d'un rien pour qu'ils basculent dans l'abyme. Ainsi, Paul Thomas Anderson poursuit sa réflexion sur la non-vie. A tel point que ce thème est définitivement marqué de sa patte. Très attendu, le film est loin de la révolution esthétique, loin du choc émotionnel qu'on s'attendait ici d'éprouver. Il est pourtant tout à fait honorable.

C'est de Demonlover que vient la surprise du jour. Le film d'Olivier Assayas, hué par une partie de la presse, est pourtant admirable. Riche, complexe, tant au niveau de la recherche cinématographique que dans l'exploration du sujet, c'est une sorte de thriller financier au cœur de mondes virtuels : le monde des affaires, le monde d'Internet et des sites pornographiques. Certains y verront peut-être une dénonciation du monde moderne. Limitation réactionnaire. Demonlover semble avant tout être une réflexion sur l'incarnation et la virtualité. Aussi cette histoire, peut se voir comme une fantasmagorie, un contre-point du film projeté. Le réel, l'imaginé, la fiction. La pellicule, le champs, le hors-champs. Quel meilleur endroit qu'une salle de cinéma pour mélanger tout ça ? Assayas balade ses spectateurs d'une séquence à l'autre sans établir un clair enchaînement de cause à effet. Il les choque avec des images qui arrivent en vrac : extraits de films américain idiots diffusé dans un avion, trafic financier filmé à hauteur du marché boursier, histoires de cul en forme de manga japonais, histoire de non-amour, de meurtres et de complot. Tout se mélange et se recompose pour se critiquer mutuellement. Le porno-chic-choc, le sexe sexy mais sans amour, la toute puissance de la frigidité, le réalisateur se sert des clichés publicitaires du monde moderne en les retravaillant. Résultat : un film trouble né d'une accumulation d'éléments hétérogènes. Soit un shaker et des ingrédients salés. Une recette explosive à coup sûr, véritable interrogation sur les images que nous offrent nos contemporains. De splendides jeunes femmes toutes puissantes subissant la violence de leur sexualité. Des hommes, toujours dans les sabots du pouvoir financier, dépassé par le visage multiforme de leur opposé féminin. Un film riche : enfin !

Anne-Laure Bell

[20.05] Les grands écarts (Ararat, Intervention divine) >>

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