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DEUXIEME MOUVEMENT SYMPHONIQUE
Le Festival de Cannes
accélère son rythme de croisette. On dit souvent
que l'ordre de passage des films durant les quinze jours que
dure le marathon cannois, n'est le fruit d'aucun calcul. Il
semble pourtant qu'aujourd'hui signe vraiment le début
du festival ou du moins son entrée en phase 2. Après
quatre jours assez ternes, deux films majeurs sont présentés
ce jour. Il y a un mois, l'annonce de la présence du
dernier film de Paul Thomas Anderson en compétition
officielle avait fait frémir d'envie les festivaliers.
C'est donc avec un fort empressement qu'on s'est rendu à
la projection de Punch-Drunk Love. Signe d'un
vrai changement dans la carrière pourtant courte de
ce jeune réalisateur, ce film surprend par ses nombreux
aspects ironiques. On sentait déjà poindre certaines
notes à la fois graves et loufoques dans Magnolia.
On a l'impression qu'Anderson s'autorise ici à exploiter
davantage un style tragi-comique. Contrairement ses précédents
films, celui-ci n'est pas un film chorale. L'absence de la
fabuleuse Julianne Moore trouble un peu les habitués
de la famille cinématographique du réalisateur.
JoAnne Sellar, la productrice de ses trois derniers films,
confie qu'Anderson souhaitait changer du tout au tout, prônant
l'essai de l'inédit : "Il fallait une approche
plus intuitive, nous retrouver en terrain vierge par rapport
à nos films précédents. Ce qui signifie
que tous nous avons dû réapprendre notre métier
de façon fondamentale." déclarait-elle.
Punch-Drunk
Love n'est pourtant pas un film comique, quand bien même
il aura fait rire un public cannois un peu nerveux à
force d'enchaîner les courtes nuits de sommeil. La traduction
du titre indiquera assez bien le sujet du film sans trop en
dévoiler. Un amour qui ressemble à un coup de
poing saoul ? Une définition un peu floue qui ressemble
cependant au personnage principal qui l'est totalement. Barry
Egan ne sait pas par quel côté prendre la vie
à bras le corps. Il semble entravé dans cette
entreprise par l'attention de ses sept surs qui ne cessent
de vouloir son bien tout en pensant qu'il est retardé
mental. S'il est certainement un peu schizophrène c'est
en tous cas loin d'être un fou incohérent comme
on semble souvent le considérer. Certes, me direz-vous,
c'est un peu dingue d'acheter mille pots de pudding simplement
pour bénéficier des kilomètres de voyage
gratuits qu'offrent les bons d'achat. Pourtant n'est-ce pas
tout aussi absurde de faire planer des clients avec des pots
de yaourt ? La mise en scène semble être au service
des acteurs. Tous paraissent si libres de leurs gestes, que
les personnages en sont placé sur le fil de la vie
: en équilibre. Il suffirait d'un rien pour qu'ils
basculent dans l'abyme. Ainsi, Paul Thomas Anderson poursuit
sa réflexion sur la non-vie. A tel point que ce thème
est définitivement marqué de sa patte. Très
attendu, le film est loin de la révolution esthétique,
loin du choc émotionnel qu'on s'attendait ici d'éprouver.
Il est pourtant tout à fait honorable.
C'est
de Demonlover que vient la surprise du jour.
Le film d'Olivier Assayas, hué par une partie de la
presse, est pourtant admirable. Riche, complexe, tant au niveau
de la recherche cinématographique que dans l'exploration
du sujet, c'est une sorte de thriller financier au cur
de mondes virtuels : le monde des affaires, le monde d'Internet
et des sites pornographiques. Certains y verront peut-être
une dénonciation du monde moderne. Limitation réactionnaire.
Demonlover semble avant tout être une réflexion
sur l'incarnation et la virtualité. Aussi cette histoire,
peut se voir comme une fantasmagorie, un contre-point du film
projeté. Le réel, l'imaginé, la fiction.
La pellicule, le champs, le hors-champs. Quel meilleur endroit
qu'une salle de cinéma pour mélanger tout ça
? Assayas balade ses spectateurs d'une séquence à
l'autre sans établir un clair enchaînement de
cause à effet. Il les choque avec des images qui arrivent
en vrac : extraits de films américain idiots diffusé
dans un avion, trafic financier filmé à hauteur
du marché boursier, histoires de cul en forme de manga
japonais, histoire de non-amour, de meurtres et de complot.
Tout se mélange et se recompose pour se critiquer mutuellement.
Le porno-chic-choc, le sexe sexy mais sans amour, la toute
puissance de la frigidité, le réalisateur se
sert des clichés publicitaires du monde moderne en
les retravaillant. Résultat : un film trouble né
d'une accumulation d'éléments hétérogènes.
Soit un shaker et des ingrédients salés. Une
recette explosive à coup sûr, véritable
interrogation sur les images que nous offrent nos contemporains.
De splendides jeunes femmes toutes puissantes subissant la
violence de leur sexualité. Des hommes, toujours dans
les sabots du pouvoir financier, dépassé par
le visage multiforme de leur opposé féminin.
Un film riche : enfin !
Anne-Laure
Bell
[20.05]
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