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Histoires de Festival (15.05]

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Au paradis des films : l'enfer de choisir [16.05]

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Rencontre du troisième type avec Woody Allen [16.05]

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La Valse des apparences (17.05]

-- Croisements intérieurs [17.05]

-- Le Jour est gris [18.05]

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Deuxième mouvement symphonique [19.05]

-- Les grands écarts [20.05]


-- Confidences d'évidences [21.05]

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Michael Moore, un nounours en croisade [22.05]

-- Le Passé repensé [24.05]


-- Plage People [25.05]

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A la recherche des mots [25.05]

-- Les dernières marches [25.05]

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Manche finale [26.05]



 


PLAGE PEOPLE

Le Festival de Cannes n'aurait jamais fait la une des journaux s'il ne s'était répandu cette rumeur. A Cannes, en mai, il y a des stars. Du champagne coule à flot et les fêtes sont folles. Il faut s'imaginer un bord de mer envahi par des tentes toutes plus imposantes les unes que les autres. Toutes renchérissent de décoration kitsch, mode, cool. C'est à qui aura le service d'ordre le plus sélectif. Car ces plages ne sont pas accessibles à tous. Il faut le "Pass" ou l'Invitation sésame pour qu'on daigne vous laisser passer. Une fois sur le sable, on remarque que le champagne se fait de plus en plus rare. Et les stars ? J'ai croisé Noël Godin et Ariel Wiesman de nombreuses fois. A l'image de ces rencontres fortuites, vous comprendrez que le concept de stars est ici très relatif. Il faut distinguer les wannabe et les hasbeen, deux catégories de pique-assiettes frimeurs très répandues. Tous s'en défendent, tous déclarent être là pour une bonne raison : la promotion de leur film à venir. Le nombre de gens qui s'attèlent à cette tâche est proprement hallucinant. A tel point qu'on se demande si au milieu de cette cacophonie médiatique, les films en tirent un réel bénéfice.

Au milieu de ce barnum, les stars d'évidence restent sobres et vivent leur vie entre spotlights et petite cuisine. Sharon va au cinéma comme tout le monde, elle se réveille parfois très tôt pour voir les premières séances du matin. Virginie Ledoyen - très petite en vraie - se déchaîne sans complexes sur une lambada, tandis qu'Amira Casar sort des toilettes comme tout le monde (eh oui, il lui arrive aussi, parfois, d'avoir envie de faire pipi). Stars de tous les pays, inconnues ici, adulées ailleurs. Asiatiques, iraniennes, maghrébines… Savez-vous par exemple qui sont Aishwarya Rai et Shahrukh Khan ? Si la belle porte le titre de Miss Univers, tous deux sont des acteurs indiens adorés dans leur pays. L'équivalent de Madonna et de Michael Jackson là-bas. Ils étaient aujourd'hui sur les marches pour présenter Devdas, le film Bollywood de Sanjay Reela Bhansali. Entre indifférence générale et intérêt folklorique, le public semble avoir accueilli le film avec un peu de condescendance. Justifiée ? Certes, cette grosse production indienne est une histoire d'amour à l'eau de rose. Pourtant sa présence à Cannes dénote d'une volonté d'ouverture à un genre peu connu du public occidental. Après Star Wars, avant And Now Ladies and Gentleman, le premier pays producteur de films, l'Inde, nous offre Devdas. On notera ainsi la présence des trois mastodontes appartenant aux plus imposantes industries cinématographiques mondiales. Tous trois sont présentés hors compétition.

Devdas est une meringue. Un film en stuc avec parures, décors et mouvement de caméra à vous rendre ivres ou écoeurés, comme quand vous avez mangé une pâtisserie trop sucrée. Les premières bouchées sont délicieuses. On ouvre grand ses yeux pour profiter de tous les sucs des danses et chansons de cette romance. Les moments musicaux sont enchanteurs, un vrai plaisir des sens. Il faut dire que ces quelques grammes de belle futilité allégeaient une morne journée. Elle débutait avec Plaisirs Inconnus, un film chinois que l'on peut continuer de ne pas connaître. Chronique de deux jeunes chômeurs de Pékin, ce film semble étonnant de vacuité. Je dis semble car une telle absence d'entrain et d'intérêt m'a amenée à quitter la salle avant la fin du film. J'ai beaucoup hésité à accomplir ce geste radical ce matin, lors de la première projection du Fils des frères Dardenne. L'histoire en est exemplaire de moralité : un maître menuisier est chargé de l'apprentissage du meurtrier de son fils. Propos simplissime susceptible de créer l'unanimité. Alors pourquoi partir ? Pour cette façon de faire qui décidément change l'apparence du discours. Voyeuse, la caméra filme le personnage principal en gros plan. Elle le suit sans relâche, l'enferme dans le cadre de l'image. Quoiqu'il fasse, il est regardé sous le microscope du réalisateur. Aussi a-t-il intérêt à bien se tenir. Les moyens techniques, ici employés, chatouillent de façon malsaine notre curiosité. Quand on vous met des œillères pour vous forcer à voir, votre regard cherche désespérément à se nourrir d'un ailleurs. Ici distribué au compte goutte, on se repaît de quelques gouttes de hors-champs. On reste jusqu'à la fin du film, pour en connaître toujours plus, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'on est manipulé et que rien de ce qu'on attend n'arrivera jamais. Pas d'espace, pas de rapports entre les personnages en dehors des tensions présentes à l'image. Un film en surface à l'aspect étouffant. On dira que cela sert son propos. Dialectique sophiste qui justifie de façon malsaine voyeurisme et bonne morale.

Ainsi aucun film ne figure aujourd'hui à mon palmarès. Et M. Schmidt le film d'Alexander Payne dont j'avais promis de vous dire trois mots ? L'essentiel : Jack Nicholson est très bien. Mais encore ? Jack Nicholson est très bien.

Anne-Laure Bell

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