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PLAGE PEOPLE
Le Festival de Cannes
n'aurait jamais fait la une des journaux s'il ne s'était
répandu cette rumeur. A Cannes, en mai, il y a des
stars. Du champagne coule à flot et les fêtes
sont folles. Il faut s'imaginer un bord de mer envahi par
des tentes toutes plus imposantes les unes que les autres.
Toutes renchérissent de décoration kitsch, mode,
cool. C'est à qui aura le service d'ordre le plus sélectif.
Car ces plages ne sont pas accessibles à tous. Il faut
le "Pass" ou l'Invitation sésame pour qu'on
daigne vous laisser passer. Une fois sur le sable, on remarque
que le champagne se fait de plus en plus rare. Et les stars
? J'ai croisé Noël Godin et Ariel Wiesman de nombreuses
fois. A l'image de ces rencontres fortuites, vous comprendrez
que le concept de stars est ici très relatif. Il faut
distinguer les wannabe et les hasbeen, deux
catégories de pique-assiettes frimeurs très
répandues. Tous s'en défendent, tous déclarent
être là pour une bonne raison : la promotion
de leur film à venir. Le nombre de gens qui s'attèlent
à cette tâche est proprement hallucinant. A tel
point qu'on se demande si au milieu de cette cacophonie médiatique,
les films en tirent un réel bénéfice.
Au milieu
de ce barnum, les stars d'évidence restent sobres et
vivent leur vie entre spotlights et petite cuisine. Sharon
va au cinéma comme tout le monde, elle se réveille
parfois très tôt pour voir les premières
séances du matin. Virginie Ledoyen - très petite
en vraie - se déchaîne sans complexes sur une
lambada, tandis qu'Amira Casar sort des toilettes comme tout
le monde (eh oui, il lui arrive aussi, parfois, d'avoir envie
de faire pipi). Stars de tous les pays, inconnues ici, adulées
ailleurs. Asiatiques, iraniennes, maghrébines
Savez-vous par exemple qui sont Aishwarya Rai et Shahrukh
Khan ? Si la belle porte le titre de Miss Univers, tous deux
sont des acteurs indiens adorés dans leur pays. L'équivalent
de Madonna et de Michael Jackson là-bas. Ils étaient
aujourd'hui sur les marches pour présenter Devdas,
le film Bollywood de Sanjay Reela Bhansali. Entre indifférence
générale et intérêt folklorique,
le public semble avoir accueilli le film avec un peu de condescendance.
Justifiée ? Certes, cette grosse production indienne
est une histoire d'amour à l'eau de rose. Pourtant
sa présence à Cannes dénote d'une volonté
d'ouverture à un genre peu connu du public occidental.
Après Star
Wars, avant And Now Ladies and Gentleman,
le premier pays producteur de films, l'Inde, nous offre Devdas.
On notera ainsi la présence des trois mastodontes appartenant
aux plus imposantes industries cinématographiques mondiales.
Tous trois sont présentés hors compétition.
Devdas
est une meringue. Un film en stuc avec parures, décors
et mouvement de caméra à vous rendre ivres ou
écoeurés, comme quand vous avez mangé
une pâtisserie trop sucrée. Les premières
bouchées sont délicieuses. On ouvre grand ses
yeux pour profiter de tous les sucs des danses et chansons
de cette romance. Les moments musicaux sont enchanteurs, un
vrai plaisir des sens. Il faut dire que ces quelques grammes
de belle futilité allégeaient une morne journée.
Elle débutait avec Plaisirs Inconnus,
un film chinois que l'on peut continuer de ne pas connaître.
Chronique de deux jeunes chômeurs de Pékin, ce
film semble étonnant de vacuité. Je dis semble
car une telle absence d'entrain et d'intérêt
m'a amenée à quitter la salle avant la fin du
film. J'ai beaucoup hésité à accomplir
ce geste radical ce matin, lors de la première projection
du Fils des frères Dardenne. L'histoire en est
exemplaire de moralité : un maître menuisier
est chargé de l'apprentissage du meurtrier de son fils.
Propos simplissime susceptible de créer l'unanimité.
Alors pourquoi partir ? Pour cette façon de faire qui
décidément change l'apparence du discours. Voyeuse,
la caméra filme le personnage principal en gros plan.
Elle le suit sans relâche, l'enferme dans le cadre de
l'image. Quoiqu'il fasse, il est regardé sous le microscope
du réalisateur. Aussi a-t-il intérêt à
bien se tenir. Les moyens techniques, ici employés,
chatouillent de façon malsaine notre curiosité.
Quand on vous met des illères pour vous forcer
à voir, votre regard cherche désespérément
à se nourrir d'un ailleurs. Ici distribué au
compte goutte, on se repaît de quelques gouttes de hors-champs.
On reste jusqu'à la fin du film, pour en connaître
toujours plus, jusqu'à ce qu'on comprenne qu'on est
manipulé et que rien de ce qu'on attend n'arrivera
jamais. Pas d'espace, pas de rapports entre les personnages
en dehors des tensions présentes à l'image.
Un film en surface à l'aspect étouffant. On
dira que cela sert son propos. Dialectique sophiste qui justifie
de façon malsaine voyeurisme et bonne morale.
Ainsi
aucun film ne figure aujourd'hui à mon palmarès.
Et M. Schmidt le film d'Alexander Payne dont
j'avais promis de vous dire trois mots ? L'essentiel : Jack
Nicholson est très bien. Mais encore ? Jack Nicholson
est très bien.
Anne-Laure
Bell
[25.05]
A la recherche des mots (Irréversible)
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